baroque / classique / musique contemporaine / période classique

Caprice & Art Choral | Trois époques se chevauchent et culminent avec le Magnificat

par Alain Brunet

Sous la direction de Matthias Maute, l’Ensemble Caprice et l’Ensemble Art Choral  ont coiffé leur saison 2025-2026 par une aventure consentie, soit l’accueil du violoniste de concert Mark Fewer, iconoclaste du monde classique. Avec sa chemise et ses baskets turquoises, il intervient d’abord  avec l’interprétation de Bellatrix, introduite par une alternance de cris et de lignes aléatoires au violon, discours chromatique apparenté au free jazz ou autres formes d’improvisation libre, mais pourtant écrit par Jeffrey Ryan.

Pour les mélomanes enclins à cette pratique, rien de neuf dans sous le soleil de ce vocabulaire contemporain mais pour le public de Caprice / Art Choral, c’était possiblement une plongée vivifiante dans des eaux inconnues. Plusieurs ont ri d’étonnement, plusieurs ont été divertis, aucune réprobation exprimée, on a plutôt senti l’ouverture pour cette dose de musique nouvelle, preuve du chemin parcouru par ce genre d’esthétique musicale.

Mark Fewer était aussi le soliste pour le Concerto pour violon no 2 en mi mineur, op. 64 MWV O 14 de Felix Mendelssohn, créé en 1845, et qui comporte 3 mouvements – Allegro molto appassionato en mi mineur, Andante en do majeur, Allegretto non troppo – Allegro molto vivace en mi majeur. Le style flamboyant du violoniste invité cadrait bien avec la configuration orchestrale (une quarantaine d’interprètes), car son discours fut intelligible du début à la fin. L’orchestre dirigé par Matthias Maute était clairement au service du soliste et de l’œuvre ici mise de l’avant, une œuvre archi-connue et exécutée cette fois par un orchestre dont l’instrumentation d’époque génère forcément une sonorité différente, plus duveteuse, avec des instruments différents des suivant la période baroque. Encore là, c’est une particularité aventurière de Maute et ses deux orchestres : transgresser les répertoire, superposer les époques et ainsi produire des sons singuliers, qui sortent de l’ordinaire classique et font ainsi vivre des choses différentes aux mélomanes.

Après l’entracte, le Magnificat (BWV 243) de Johann Sebastian Bach, créée en 1723 à Leipzig, est l’œuvre maîtresse au programme, précédée d’une version chorale du célébrissime Jésus, que ma joie demeure (BWV 147), un air gravé dans l’imaginaire collectif occidental et plus encore. L’ œuvre évoque la visite de la Vierge Marie enceinte à sa cousine Elizabeth, aussi enceinte. Le Magnificat est réparti en 12 mouvements, l’œuvre était cette fois exécutée par Caprice et le choeur Art Choral disposé sur scène  avec les instrumentistes (et non derrière l’orchestre), avec pour solistes la soprano Janelle Lucyk, le ténor Angelo Moretti, le contre-ténor Ian Sabourin, le baryton/basse Dion Mazerolle.

Voilà la version plus que bonne d’une œuvre fondamentale du répertoire baroque, exécutée par des musicien.ne.s baroques. Respectueux de l’esthétique baroque et ses vocalises distinctives, les solistes se seront illustrés au 2e mouvement(soprano), au 5e (basse), au 6e (contre-ténor et ténor), au 8e (ténor), au 9e (contre-ténor), au 10e (soprano), au 11 (tous les solistes et choeur), les autres mouvement étant réservés au chant collectif, en apothéose aux 11e et 12e mouvement avec le concert des instrumentistes et leur chef attentionné, doublé d’un animateur hors pair devant son public montréalais.

La combinaison des deux parties au programme nous a donc sortis de l’orthodoxie ou du purisme baroque, nous avons eu droit à l’amalgame étonnant de trois époques, preuve que l’on peut voyager dans le temps, le temps d’un concert.

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