Présence autochtone I Rei: décoloniser par le rap maori, procurer du bonheur

Entrevue réalisée par Michel Labrecque
Genres et styles : Hip Hop / Maori Traditional Music / rap

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Rei est un artiste et musicien Maori de la Nouvelle Zélande. Il se produira au Festival Présence Autochtone samedi 8 août, dans le cadre d’une tournée canadienne qui le mènera aussi à London, Toronto, Rimouski et Sherbrooke. 

Rei fusionne les traditions autochtones maories avec le hip-hop et l’électro. Il chante dans les deux langues de son pays, le maori et l’anglais. Sa performance mélange aussi la politique et le plaisir. Michel Labrecque l’a interviewé, alors qu’il se trouvait toujours chez lui.

« La musique que je fais, j’appelle ça du haka rap », me dit en souriant Rei, depuis sa Nouvelle Zélande. Le haka est cette danse traditionnelle maorie rendue célèbre par l’équipe de Rugby de la Nouvelle-Zélande, qui exécute ce rituel avant ses matchs. 

« C’est vrai que je mélange beaucoup de choses, vous entendez des instruments traditionnels maoris, mais au bout du compte, c’est de la musique de danse et de la bass électronique pour faire danser les gens et donner du plaisir au gens ». 

Son septième album, paru en 2025, s’intitule Moisterize & Decolonise, en français Hydrater et décoloniser. « Une bonne partie de ma musique a une dimension politique, qui parle de donner davantage de  pouvoir au peuple maori, ainsi qu’aux autres peuples autochtones sur la planète. Ça, c’est la partie « décoloniser ». Mais il y a aussi des chansons qui parlent d’amour et de plaisir, qui représentent la partie « hydrater ».

Rei ajoute que pour vaincre les traumatismes du passé, il faut aussi  procurer de la douceur et du plaisir. Ce qui n’est pas rien, quand on y réfléchit.

Comme dans de nombreux pays où on trouve des peuples autochtones, la langue maorie a été négligée, voire censurée, pendant de nombreuses années. Rei fait partie de ces gens qui ont dû réapprendre leur langue maternelle.

 « J’ai suivi des cours au secondaire puis à l’université. J’essaie d’écrire des textes en Maori pour en faire la promotion, pour convaincre  les gens de son importance ». Par ailleurs, il chante aussi en anglais, sa première langue apprise, pour s’ouvrir à un public plus large. 

Rei nous explique aussi que les maoris, qui représentent près de 20% de la population de la Nouvelle Zélande, ont fait des progrès remarquables, tant culturellement que économiquement.

« Jusqu’à un certain point, nous pouvons servir de modèle à d’autres nations indigènes », fait-il remarquer. Depuis les années 80, la culture et la langue ont fait des bonds de géants. « C’est incroyable la quantité d’artistes qui aujourd’hui chantent en Maori, depuis cinq ans, c’est une grande renaissance », ajoute Rei. 

Sur le plan économique, un grand nombre d’entreprises maories se sont développées, bien qu’un écart demeure entre les revenus des autochtones et ceux du reste de la population. « Le gouvernement actuel fait peu de choses pour nous, nous espérons un changement cette année », avoue Rei. 

Son concert du 8 septembre sera son premier à Montréal et ce sera la première fois qu’il se produira au Canada avec son groupe régulier.

 « Vous verrez beaucoup de danse haka, vous entendrez des instruments traditionnels maoris et du hip-hop. Et nous aurons des invités montréalais autochtones », mentionne-t-il en nous promettant une surprise.

Il faut dire que Rei a multiplié les collaborations musicales avec plusieurs artistes canadiens des Premières Nations, surtout de Colombie-Britannique, « notamment Drezus et Hasan Saga, et il y en aura d’autres ».

Ce concert « sera un party , je vous le promets », conclue Rei, qui se déclare résolument optimiste malgré les problèmes des communautés autochtones et de notre planète en général. 

« Nous n’avons pas d’autre choix que de l’être. »

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