Présence autochtone | Big Tones et DJ Shub, indigènes du présent et de l’avenir

par Alain Brunet

De la région de Saskatoon, Big Tones et sa compagne Zhe the Free ont été les premiers aimants magnétiques d’un vendredi torride. Le parterre clairsemé s’est progressivement peuplé de curieux, conquis un à un. Le pouvoir attractif de Présence Autochtone sur la Place des Festivals est clairement plus difficile à gérer en période caniculaire, on l’a vu vendredi soir.

Néanmoins, les étincelles produites par ce couple hip-hop ont allumé quelques lumières persistantes jusqu’au couvre-feu.

Est-il besoin de rappeler qu’on est loin du monolithisme country/folk/pow-wow des époques antérieures de la culture pop autochtone; le hip-hop et l’électro s’y sont infiltrés pour le mieux au fil des dernières décennies.

Ainsi, Big Tones et Zhe the Free ont opté pour un set alliant une esthétique old school des années 90, tant pour le flow que pour le beatmaking. 

Les artistes sur scène forment un couple dans la vie, Big Tones étant l’artiste autochtone et Zhee the Free étant une non autochtone ayant grandi avec une mère très proche des Premières Nations en Colombie Britannique. Personne ici se sent obligé d’inclure des matériaux indigènes traditionnels, on s’exprime sur des grooves mis au point par des pionniers du rap new-yorkais et californien, les harmonies sont résolument soul/R&B.

Les origines sont différentes, le destin est commun, une vie autochtone est prioritairement mise en rime car Big Tones est ici mis en valeur, c’est d’abord son show. Une existence mise en rimes, de ses sombres aspects, inhérentes à l’oppression vécue, à une quête de rédemption à l’évidence plus optimiste malgré tout.

Allons je rejoindre après le set, alors qu’il s’adresse à ses nouveaux fans conquis.

PAN M 360 : On apprécie beaucoup ce mélange de rap première mouture et de ta trame narrative, résolument autochtone et moderne. 

Big Tones :  Merci man! Le hip-hop old school a toujours résonné en moi. Enfant, mon père m’en faisait jouer de toutes les façons, jusqu’aux vidéos de musique sur cassettes VHS. J’ai essayé le rap mélodique, ce n’était pas vraiment pour moi.

PAN M 360 : Mais tu chantes parfois, n’est-ce pas?

Big Tones : Oui, je recommence à chanter un peu maintenant, question d’inclure un peu de pop dans mon rap tu vois. C’est un mélange de styles et d’époques, mais je m’en tiens d’abord à l’âge d’or du hip-hop, les années 80-90. J’en reste proche, ce qui ne signifie pas que je refuse ma propre émancipation. Ma cuisine évolue, j’y ajoute de nouveaux ingrédients.

PAN M 360 : Tu rappes depuis l’enfance?

Big Tones : Non, seulement depuis 7 ans environ. Un cousin faisait des beats et je me suis mis au rap, juste pour essayer. J’ai été content du résultat , et voilà.

PAN M 360 : Tu proviens de quelle Première Nation?

Big Tones : Je viens de la Nation Pasqua mais je vis sur le Treaty 6 Territory, soit à Saskatoon où vivent beaucoup d’Autochtones parmi les gens de toutes origines.

PAN M 360 : On aimerait en savoir sur ta partenaire sur scène!

Big Tones : Zhe the Free est aussi ma partenaire dans la vie, et elle mène sa propre carrière. Nous nous supportons mutuellement lorsque l’occasion se présente. Elle fait DJ pour moi et je le fais pour elle, et nous ajoutons nos voix à celle dont c’est le spectacle. Nous grandissons ensemble, artistiquement. Nous formons une bonne équipe. Tiens je lui demande de se joindre à nous!

PAN M 360 : Bonsoir Zhe the Free!

Zhe the Free : Enchantée!

PAN M 360 : Nous parlions de votre complicité mutuelle!

Zhe the Free : Oui, c’est une chance extraordinaire de pouvoir accorder toute sa confiance, et bien comprendre le jeu, la gestuelle, bref tous les réflexes de l’artiste. Nous partageons la même vision et nous pouvons alors modifier notre interprétation en temps réel car nous nous connaissons tellement! Nous valorisons aussi l’amour et le plaisir de divertir les gens, alors tout s’imbrique naturellement.

PAN M 360 : Tu n’es pas de la Nation Pasqua?

Zhe the Free : Je ne suis pas autochtone, mes grands-parents sont venus jadis de Pologne.J’ai grandi dans le Treaty 7 Land, je viens de la petite ville de Black Diamond, dans les Rocheuses. Ma mère a beaucoup travaillé dans les réserves autochtones, j’y suis allée régulièrement depuis l’enfance, j’y ai appris à en imiter les danses et musiques. Ça fait partie de moi. Nous, non autochtones, devrions tous connaître davantage les cultures autochtones. Aujourd’hui, il faut chercher à comprendre d’où proviennent les gens que l’on côtoie. Apprendre les traditions, partager la musique, voilà ce que nous devons faire maintenant. Il faut donc honorer le passé de chacun pour ensuite construire des ponts.

On se remercie mutuellement, puis on se redirige vers la grande scène où vient de démarrer le set d’un maître de la culture moderne autochtone du Canada : DJ Shub, Mohawk de la réserve des Six Nations / Six  Nations of the Grand River, sud de l’Ontario, entre Mississauga et Buffalo), très connu pour sa participation au groupe A Tribe Called Red.

Atterré par la mort récente de son père, Shub a refusé les demandes d’interview, ce qui est tout à fait compréhensible. Cette tristesse profonde s’est néanmoins transformée en énergie positive car l’artiste nous a balancé une grande performance et a attiré plus de monde que le début de soirée ne le laissait présager.

As du scratch mix, redoutable mixer, Shub est parmi les architectes du son électronique autochtone. Ses référents sont innombrables, breakbeats, boom-bap, dub, jungle, footwork, reggaeton, musique pow-wow, soul/R&B, house, dubstep et plus encore. La performance était assortie de projections recherchées, à la fois très incarnées dans la symbolique autochtone et très contemporaine. On aura aussi observé la curiosité de Shub pour notre culture locale, entre un refrain de Boogat et un rigodon keb assorti de big beat.

Voilà où nous en sommes!

Publicité panam

Tout le contenu 360

Towo – Vision

Towo – Vision

Francisca Valenzuela – Maldita

Francisca Valenzuela – Maldita

GA, la Série de shows | Nüshu à la Sala Rossa, vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Nüshu à la Sala Rossa, vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Calamine au Ministère, vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Calamine au Ministère, vers le GAMIQ

Fête de la musique 2026 | Les Étoiles du Conservatoire brillent à Tremblant

Fête de la musique 2026 | Les Étoiles du Conservatoire brillent à Tremblant

Fête de la musique 2026 | Célébration balkanique

Fête de la musique 2026 | Célébration balkanique

Rentrée des ensembles Caprice et ArtChoral: La Flûte enchantée à la Maison symphonique

Rentrée des ensembles Caprice et ArtChoral: La Flûte enchantée à la Maison symphonique

Fête de la musique 2026 | Le classique rock de Wooden Shapes

Fête de la musique 2026 | Le classique rock de Wooden Shapes

Colin Stetson : réinventer les paysages trad avec Brìghde Chaimbeul

Colin Stetson : réinventer les paysages trad avec Brìghde Chaimbeul

Brìghde Chaimbeul et Colin Stetson – All the light in the world

Brìghde Chaimbeul et Colin Stetson – All the light in the world

Souk du Sud 2026 | Une mosaïque musicale haute en couleur

Souk du Sud 2026 | Une mosaïque musicale haute en couleur

Fête de la musique 2026 | Le lyrisme versatile de Cicchillitti et Cowan

Fête de la musique 2026 | Le lyrisme versatile de Cicchillitti et Cowan

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

GA, la Série de shows | Dogo Suicide à L’Esco… vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Dogo Suicide à L’Esco… vers le GAMIQ

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

Fête de la musique | Lumineux Moneka Arabic Jazz

Fête de la musique | Lumineux Moneka Arabic Jazz

GA, la série de shows | Vers le GAMIQ, Smoke Spell ouvre le bal

GA, la série de shows | Vers le GAMIQ, Smoke Spell ouvre le bal

Fête de la musique | Le saxophone en voyage avec le Duo Aster

Fête de la musique | Le saxophone en voyage avec le Duo Aster

Fête de la musique 2026 | Timothy Chooi et son violon envoûtent Tremblant

Fête de la musique 2026 | Timothy Chooi et son violon envoûtent Tremblant

FME 2026 I Double Truck, double violence

FME 2026 I Double Truck, double violence

FME 2026 I Mek’Dr’Dr apporte des pelles et du post-punk décalé à Rouyn-Noranda

FME 2026 I Mek’Dr’Dr apporte des pelles et du post-punk décalé à Rouyn-Noranda

FME 2026 I Hologramme transforme le Petit Théâtre en discothèque torride

FME 2026 I Hologramme transforme le Petit Théâtre en discothèque torride

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné