Sarah Aristidou – Aether

· par Frédéric Cardin

Il faut avoir du front pour réunir dans un même programme Varèse, Poulenc, Handel, Debussy, Adès, du foklore traditionnel suédois et d’autres encore, tout en conservant une cohérence unificatrice. C’est exactement ce que réussit, brillamment, la soprano franco-chypriote Sarah Aristidou. Son truc : un fil conducteur rigoureusement maintenu et talentueusement tissé et exprimé. Ce fil conducteur : l’éther, cette substance intangible supputée par les Grecs anciens, mais également par les Hindous et presque toutes les grandes cultures du passé, d’une manière ou d’une autre. L’éther est ici le symbole d’une connexion au temps, passé, présent et futur, dans une sorte d’immanence éternelle qui peut aussi correspondre à l’âme humaine.

Au-delà des considérations ésotériques et spirituelles liées au terme lui-même, c’est surtout un état d’esprit qui se manifeste dans le chant de la soprano colorature d’exception qu’est Aristidou. À travers les enchaînements habiles d’un style à un autre sans aucun choc stylistique disgracieux (un accomplissement en soi!), la jeune artiste primée et acclamée sur la scène européenne ‘’étherise’’ l’espace et le temps entre elle et nous, dans une sorte de symbiose guidée par le sens des pièces choisies, leur intérêt musical, leur signifiance émotionnelle et son extraordinaire talent de communication. Exception faite d’un vibrato un tantinet ampoulé à de rares occasions, Sarah Aristidou déploie un soprano fin et agile, capable des plus remarquables élans expressifs et des plus subtils chuchotements. 

Qui l’eût cru? On passe sans effort de l’ultra symboliste Debussy (Pelléas) à l’hyper romantique et orientaliste Delibes (Lakmé) comme si tout avait été connecté dès le début! Varèse (Un grand sommeil noir) nous amène de façon surprenamment naturelle vers Poulenc (Stabat Mater), l’opulent Ambroise Thomas (Hamlet) vers le cathartique et onomatopique Jörg Widmann (Labyrinth V, une fantaisie explosive faite de cris, de rires, de clics et de soupirs rythmés pour soprano solo), l’acéré Adès (Tempest) vers le sublime Handel (Il triomfo del tempo e del disinganno). Et je pourrais continuer comme cela encore, les surprises de programmation se mariant continuellement avec le bonheur des relations heureuses que Aristidou nous invite à partager.

L’artiste est accompagnée par un aréopage supérieur de musiciens tels Daniel Barenboim, Emmanuel Pahud et l’Orchester des Wandels dirigé par Thomas Guggeis.

Tout simplement exceptionnel.

Tout le contenu 360

Sous le charme magique de La Flûte enchantée

Sous le charme magique de La Flûte enchantée

Opér’actuel devient un festival biennal : on en parle avec la directrice artistique Marie-Annick Béliveau

Opér’actuel devient un festival biennal : on en parle avec la directrice artistique Marie-Annick Béliveau

Paul Marleyn; Stéphane Lemelin – Tendresse et tragédie

Paul Marleyn; Stéphane Lemelin – Tendresse et tragédie

TransQueb – Maelstrom

TransQueb – Maelstrom

Elinor Frey ; Accademia de’ dissonanti – CPE Bach : Cello Concertos

Elinor Frey ; Accademia de’ dissonanti – CPE Bach : Cello Concertos

Les quatre saisons du Québec : Entretien avec François Dompierre

Les quatre saisons du Québec : Entretien avec François Dompierre

GA, la Série de shows | Tempête solaire… ça chauffe !

GA, la Série de shows | Tempête solaire… ça chauffe !

Towo – Vision

Towo – Vision

Francisca Valenzuela – Maldita

Francisca Valenzuela – Maldita

GA, la Série de shows | Nüshu à la Sala Rossa, vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Nüshu à la Sala Rossa, vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Calamine au Ministère, vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Calamine au Ministère, vers le GAMIQ

Fête de la musique 2026 | Les Étoiles du Conservatoire brillent à Tremblant

Fête de la musique 2026 | Les Étoiles du Conservatoire brillent à Tremblant

Fête de la musique 2026 | Célébration balkanique

Fête de la musique 2026 | Célébration balkanique

Rentrée des ensembles Caprice et ArtChoral: La Flûte enchantée à la Maison symphonique

Rentrée des ensembles Caprice et ArtChoral: La Flûte enchantée à la Maison symphonique

Fête de la musique 2026 | Le classique rock de Wooden Shapes

Fête de la musique 2026 | Le classique rock de Wooden Shapes

Colin Stetson : réinventer les paysages trad avec Brìghde Chaimbeul

Colin Stetson : réinventer les paysages trad avec Brìghde Chaimbeul

Brìghde Chaimbeul et Colin Stetson – All the light in the world

Brìghde Chaimbeul et Colin Stetson – All the light in the world

Souk du Sud 2026 | Une mosaïque musicale haute en couleur

Souk du Sud 2026 | Une mosaïque musicale haute en couleur

Fête de la musique 2026 | Le lyrisme versatile de Cicchillitti et Cowan

Fête de la musique 2026 | Le lyrisme versatile de Cicchillitti et Cowan

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

GA, la Série de shows | Dogo Suicide à L’Esco… vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Dogo Suicide à L’Esco… vers le GAMIQ

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné