Pays : Belgique Label : Trente-quatre centimes Genres et styles : hip-hop Année : 2024

Damso – Vieux sons

· par Sami Rixhon

Dans la nuit du 28 au 29 août, sans réel clair préavis, le rappeur bruxellois Damso déterrait les vestiges de sa carrière en faisant paraître sur les plateformes de streaming Vieux sons, une mixtape retraçant ses premiers pas dans l’impitoyable monde du rap.

Au menu, on retrouve principalement des titres de son premier projet en carrière, Salle d’attente, d’abord lancé sur SoundCloud en 2014. Avant ça, d’autres morceaux disponibles uniquement sur YouTube, comme Comment faire un tube ou Ego, ou encore le single inédit Cosmos, composé alors que l’artiste belge n’était âgé que de 16 ans, viennent également agrémenter les lignes d’une playlist soigneusement concoctée.

C’est un Damso en mode DIY qui lance le bal avec l’arrogant « tutoriel » Comment faire un tube, donnant une leçon de rap à des artistes qui en ont fort besoin selon lui. Le refrain à la base de BSMNT résonne bien dans la tête des vieux habitués. Car si le projet Vieux sons permettra à des néo-fans de découvrir les balbutiements d’une grande carrière bientôt terminée semble-t-il, il ne semblera pas cocher réellement d’autres cases pour les plus vieux d’entre nous.

Quels sont les motifs derrière la réédition d’une playlist comme telle, alors? Démocratiser du vieux matériel? Bien sûr. Le réorganiser et le regrouper ? Aussi. Attirer l’attention médiatique vers soi avant un dernier coup d’éclat? Probablement.

Tant que le processus ne dépasse pas ces limites, tant que l’album n’est pas lancé dans l’aspiration d’une machine à fric à base d’insipides éditions vinyles deluxe, super-deluxe, etc., le projet vaut certainement la peine d’être lancé et écouté. Damso n’étant pas des plus généreux depuis la sortie de QALF infinity, en 2021, chaque miette de la supposément dernière année de sa carrière sera reçue avec enthousiasme par sa fanbase aujourd’hui affamée.

Dans n’importe quel contexte, en l’occurrence dans un contexte de redécouverte, c’est toujours un plaisir d’entendre le Damso des débuts, le Damso aux punchlines cinglantes et haineuses tentant de se frayer un chemin à travers les rues mal famées et oppressantes de Bruxelles. Le contraste avec les projets lancés après Ipséité est absolument énorme, pour ceux et celles qui sont familiers avec l’univers de l’artiste.

Ma putain transpire l’insolence, Brouillard porte ce sentiment de dépaysement qui frappe inévitablement n’importe quel adolescent dans la fleur de l’âge. Il a un don, ce Damso, il a un don pour dépeindre parfaitement des réalités complexes et universelles à travers un vocabulaire souvent cru et extrêmement vulgaire. Il faut creuser avec Damso, mais quand les pépites de ses textes sont déterrées, il est compliqué de ne pas tomber complètement addict au reste du catalogue de l’artiste. La production de Vieux sons n’est pas particulièrement impressionnante, mais le potentiel est plus que palpable, les auditeurs de l’époque devaient déjà se douter qu’ils auraient affaire à quelqu’un de spécial.

Peut-être qu’il avait manqué à certains, d’ailleurs, ce jeune Damso fougueux et hostile. Clairement en fait, Vieux sons réalise le meilleur démarrage de l’année sur Spotify avec 5 millions de streams en 24 heures.

Si la playlist lancée par Damso comble certaines attentes, il est facilement possible de mettre le doigt sur d’autres chansons complètement introuvables sur les plateformes qui auraient dû faire partie de Vieux sons. On pense notamment à Mi amor, Peur d’être sobre, Ouzbek ou encore Jean Reno. Mais on pense surtout à Amnésie, l’indémodable Amnésie qui sonnait la fin de tous les concerts de sa dernière tournée à la manière d’un For Those About to Rock We Salute You. Le morceau relatant le suicide d’une ancienne conquête de l’artiste avait été retiré des plateformes de streaming à la suite d’un souci de droits d’auteurs avec l’artiste français Cortex.

Damso promet aujourd’hui qu’il étoffera sa playlist Vieux sons dès qu’il aura libéré d’autres titres (ou, en d’autres mots, il attend d’obtenir les droits de certains samples), ce qui revient à se demander : pourquoi avoir décidé en premier lieu d’échantillonner des chansons d’autres auteurs sans en avoir demandé les droits? Les artistes sont évidemment les premiers à connaître la dure réalité du métier, ils savent à quel point leur musique peut facilement se faire voler par les auditeurs d’aujourd’hui, et il est toujours un peu étrange de constater à quel point un manque de solidarité entre artisans musicaux peut se faire ressentir à travers des actions comme telle.

Regardez la saga Kanye West avec Vultures, le rappeur américain en devient un maître dans la matière…

Damso fera paraître le projet J’ai menti cet automne, avant de vraisemblablement clôturer pour de bon sa carrière avec l’album BĒYĀH, en mai 2025.

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