baroque / classique / classique moderne / Europe de l'Est / musique traditionnelle juive

Lanaudière 2026 | 360 sur la mandoline

par Alain Brunet

Il ne fait aucun doute que l’Israélien Avi Avital est l’un des grands maîtres de cet instrument, on dit qu’il est le plus en demande dans le circuit classique international. L’après-midi de dimanche lui fut consacré à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, Avi Avital était accompagné par l’ensemble I Musici de Montréal et se posait enfin en Lanaudière – un premier engagement souhaité en 2019 avait dû être reporté… sept ans plus tard, comme l’a relaté le directeur artistique du festival, Renaud Loranger.

Une première partie consacrée à la période baroque nous rappelle que la mandoline, petite sœur du luth, est un instrument très prisé en Europe depuis la fin du 16e siècle. Une première exécution du concerto en sol mineur BWV 1056 de JS Bach nous permet rapidement de voir le potentiel de l’instrument en musique de chambre. La mandoline n’est pas reconnue pour l’exécution virtuose de longues séquences mélodiques, comme on peut l’entendre ici, d’où l’importante contribution d’Avi Avital. Pour apprécier cette prestation, il faut accepter les limites de l’instrument côté résonance, rondeur du son, volume. Encore plus que la guitare classique, par exemple, la mandoline doit être exceptionnelle pour s’imposer. Et voilà qu’un mandoliniste israélien se propose de relever le défi.

Il s’exécute ensuite sur le Concerto pour mandoline en la mineur d’Antonio Vivaldi, on y sent davantage la présence de l’ensemble derrière lui, sous la gouverne du premier violon Julie Triquet. Ce Vivaldi produit une plus grande amplitude sonore que l’exécution du Bach, l’équilibre entre le soliste et son complément orchestral semble supérieur. On sent aussi que la complicité s’installe entre toustes.

La troisième pièce au programme est plus obscure, concerto pour mandoline en mi bémol majeur de Giovanni Paisiello (1740-1816). À l’instar du Vivaldi, ce concerto a surtout le mérite d’avoir été écrite pour la mandoline et donc il sait en exploiter les forces, notamment l’usage de motifs joués au plectre (pic si vous préférez l’anglicisme) qui peut aussi gratter les cordes en certaines occasions.

On sait aussi que la mandoline est plus associée aux formes populaires de la musique occidentale, les communautés folk et bluegrass en font bon usage depuis des lustres et les compositeurs modernes s’en sont inspirés. Béla Bartók en est un bon exemple avec ses Danses populaires roumaines, ici adaptées pour mandoline et orchestre de cordes. Les interventions de la mandoline dans les parties allegro ressortent encore davantage que dans les pièces baroques, les motifs grattés étoffent la facture de l’instrument.

Le discours plus percussif de certaines parties de la pièce suivante porte de très beaux échanges entre les cordes de I Musici et le soliste. Six miniatures sur des thèmes folkloriques géorgiens, du compositeur Sulkhan Tsintsadze (1925-1991), nous mène direct dans le Caucase.

On enchaîne avec le moment hébraïque du programme : les mouvements 3, 4 et 5 de l’œuvre In Chassidic Mood du compositeur Gil Adema (1928-2014), certainement une influence majeure d’Avi Avital. Cette pièce s’inscrivait dans cette esthétique juive en Europe de l’Est : écrite à l’origine pour le légendaire clarinettiste Giora Feidman, surnommé « the King of klezmer », cette pièce perd un tantinet de son impact à la mandoline pour les raisons déjà énoncées mais en préserve bellement l’esprit et conquiert la foule présente. 

On conclut le tout par la Danse espagnole de Manuel de Falla, passage instrumental tiré du drame lyrique La Vida Breve, dont on a ici une transcription pour mandoline comme il en existe pour la guitare classique. 

Voilà, rappel « gondole » inclus, une vision panoramique de cet instrument que proposait en Lanaudière son interprète le plus célèbre de l’heure, voilà une autre niche classique à découvrir si la mandoline vous intrigue.

Tout le contenu 360

QMP 2026 | Subtilités timbrales, chants polymorphes et danse fantasque

QMP 2026 | Subtilités timbrales, chants polymorphes et danse fantasque

FORUM du NEM 2026 |  Quand la relève  fait consensus

FORUM du NEM 2026 |  Quand la relève  fait consensus

FMA 2026 | Amin Reihani : faire de la musique un langage de paix

FMA 2026 | Amin Reihani : faire de la musique un langage de paix

Codes d’accès | Sa directrice artistique explique la diversification des œuvre émergentes et de leurs publics

Codes d’accès | Sa directrice artistique explique la diversification des œuvre émergentes et de leurs publics

Sophianne Girard – Si vivante

Sophianne Girard – Si vivante

Tara Davidson’s Marni Project – The Reflection of an Echo

Tara Davidson’s Marni Project – The Reflection of an Echo

Susan Fancher/Ināra Zandmane – Strange Lights

Susan Fancher/Ināra Zandmane – Strange Lights

Codes d’accès, Re:Configuré | Moodworms, vers d’humeur se tortillant dans le compost virtuel

Codes d’accès, Re:Configuré | Moodworms, vers d’humeur se tortillant dans le compost virtuel

Codes d’accès, Re:Configuré |  Antoine Desrochers-Godin et Zak Colello et la  |||Réfraction||| du verre

Codes d’accès, Re:Configuré | Antoine Desrochers-Godin et Zak Colello et la |||Réfraction||| du verre

Codes d’accès, Re:Configuré | Trevor Van de Velde et Jenn Mong aux commandes de COCKPIT

Codes d’accès, Re:Configuré | Trevor Van de Velde et Jenn Mong aux commandes de COCKPIT

Codes d’accès, Re:Configuré | Kirby Leitz présente Music for the Silenced and Introspective Soul

Codes d’accès, Re:Configuré | Kirby Leitz présente Music for the Silenced and Introspective Soul

Akousma | Baptême du feu pour le duo Audréanne  Filion et Myriam Bleau

Akousma | Baptême du feu pour le duo Audréanne  Filion et Myriam Bleau

Akousma | Ka Baird, radicalisme un peu mince…

Akousma | Ka Baird, radicalisme un peu mince…

Akousma | .618, Vows of Return, échos d’un rituel

Akousma | .618, Vows of Return, échos d’un rituel

Akousma | Constellation d’Alexis Blais, une mécanique céleste et sensible

Akousma | Constellation d’Alexis Blais, une mécanique céleste et sensible

Akousma | Lost In Liquid Noise, quelque part entre l’art et le documentaire scientifique

Akousma | Lost In Liquid Noise, quelque part entre l’art et le documentaire scientifique

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné