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Présenté la Sala Rossa ce mardi 26 octobre, Re:Configuré est le premier programme de Codes d’Accès, un organisme québécois se consacrant depuis les années 80 à la promotion et à la professionnalisation des artistes émergent[e]s du Québec en musique de création. Pour le concept Moodworm au programme, concept qui résulte d’un travail collectif sous la bannière fuit.es, l’organisme derrière tout ça et dont deux représentants se prêtent à l’exercice de l’interview, Mickael Achkar et Jonah Bild-Lowrie.
« Moodworm » forme une écologie cyborg composée d’aliments, d’instruments, de câbles, de textiles, de logiciels informatiques, de costumes et de personnes : John Rich, Ludo Désert, Mickael Achkar, Jonah Bild-Lowrie, Ben Muñoz, ainsi que Rafa Tremblay-van Zuiden et Christian Brun del Re, du duo de performance Glamour Magique. Il met en vedette le Digital Compost, un logiciel synesthésique développé par fuit.es qui digère et transforme des médias mis au rebut à l’aide d’algorithmes inspirés des processus réels de compostage. Le compost remet en question les distinctions dichotomiques entre processus et produit, produit et déchet, ainsi qu’entre instrument et créateur, par le biais d’une fragmentation et d’une recombinaison en direct de matériaux audiovisuels.
PAN M 360: Expliquez-nous comment ce groupe s’est constitué.
Jonah Bild-Lowrie et Mickael Achkar: Notre relation musicale et artistique évolue depuis 2019 : d’abord en partageant un studio à Ahuntsic, puis aujourd’hui à la Place des Arts, en jouant et en enregistrant sous plusieurs noms, en collaborant dans diverses configurations, et en co-développant fuit.es, une plateforme anarchivistique de création collaborative. Ce processus a été au cœur de l’idéation du Digital Compost.
PAN M 360: Le logiciel synesthésique Digital Compost est en quelque sorte le socle des interprètes/compositeurs.trices en temps réel. Très sommairement, comment fonctionne un logiciel synesthésique, et celui-c-i en particulier ?
Jonah Bild-Lowrie et Mickael Achkar: Le Digital Compost digère des sons et des images selon un appétit pour le contraste en mutation constante. Une fois téléversés dans le compost, les fichiers sont segmentés en particules : chaque particule sonore se voit attribuer une couleur selon plusieurs paramètres. Sa teinte est déterminée par son centre tonal, estimé à l’aide d’algorithmes musicologiques, puis situé sur le cercle des quintes. La correspondance entre tonalités et couleurs s’inspire de la roue des couleurs de Scriabine. La saturation dépend du degré de clarté tonale de la particule (ou, à l’inverse, de son caractère bruité ou irrégulier). La luminosité de la couleur est déterminée par le registre de la note : un do aigu au piano donnerait un rouge plus lumineux qu’un do une octave plus bas. Enfin, un fichier sonore plus fort produit des particules plus opaques, alors que les sons plus doux apparaissent plus transparents.
Les Moodworms (vers d’humeur), créatures invisibles mais essentielles, meurent (littéralement) d’envie de déterminer quelles couleurs (de particules de sons et d’images) peuvent se recomposer ensemble. Les particules que ces créatures mangent durant leur vie déterminent quelles couleurs vont s’agglomérer à leur colle d’excrétion. Cette colle est un excrément invisible mais magnétique, laissé à l’endroit où meurt chaque Moodworm. L’appétit pour le contraste du Moodworm est hérité et mute d’une génération à l’autre. Chaque Moodworm porte toujours sa future progéniture en lui : les particules qu’il mange la nourrissent. Disons donc que je mange de l’orange sanguine, du vert bouteille, du jaune moutarde et du noir de charbon. Chacune de ces couleurs possède un degré de contraste unique par rapport à chacune des autres couleurs que j’ai mangées. À la fin de ma vie, lorsque je mets bas, toutes ces quantités sont additionnées pour calculer l’appétit pour le contraste de ma progéniture. L’orange sanguine, le vert bouteille, le jaune moutarde et le noir de jais seront aussi, approximativement, les couleurs des particules qui s’agglomèreront à l’excrément que je laisserai derrière moi à ma mort.
PAN M 360: Comment choisissez-vous les éléments à “composter” et qu’en faites-vous ensuite?
Jonah Bild-Lowrie et Mickael Achkar: Dans le contexte de la pièce « Moodworm », tous les éléments sonores digérés par le compost proviennent en temps réel de la performance de l’ensemble : le saxophone, la clarinette, le piano, les percussions et la voix constituent la matière sonore compostée.
PAN M 360 : Quelles sont les possibilités offertes aux artistes impliqués en temps réel ?
Jonah Bild-Lowrie et Mickael Achkar: Mickael Achkar nourrit le compost d’images, et John Rich décide quels moments musicaux de la performance y sont introduits, et filtre ce qui en ressort avec les mouvements de son curseur. Lorsque le curseur s’approche d’une particule sonore, son volume augmente. Les sons des particules se superposent selon leur proximité : plus une zone est dense en particules sonores, plus le paysage sonore est dense. John, qui improvise à travers ce paysage sonore, fait résonner des fragments du passé de l’improvisation pour contribuer à déterminer son avenir.
Pour en savoir plus sur le fonctionnement du compost, visitez fuit.es/compost/index.
fuit.es + Glamour Magique, Moodworm, instruments et compost numérique, 20′, 2025.
- John Rich (interprète)
- Jonah Bild-Lowrie (interprète)
- Mickael Achkar (interprète)
- Vincent Paradis-Montplaisir (interprète)
- Ludovic Desert (interprète)
- Benjamin Muñoz (interprète)
- Rafa Van Zuiden (interprète)
- Christian Brun del Re (interprète)























