renseignements supplémentaires
À la barre de l’ensemble Oktoecho depuis un quart de siècle cette année, la compositrice, oudiste et directrice artistique Katia Makdissi-Warren est devenue une figure incontournable de la musique de création au pays. Incontournable d’abord pour les ponts qu’elle a érigés pour lier les cultures de traditions occidentale et moyen-orientale, et aussi pour l’intégration de traditions autochtones dans son œuvre, Premières Nations ou inuites.
Depuis 25 ans cette saison, ses compositions et projets collaboratifs exécutés par Oktoecho essaiment dans moult sociétés de concerts, orchestres, festivals multi-culturels au Québec et au Canada, comme à l’étranger.
Et puisque l’ensemble Oktoecho est partenaire de PAN M 360 et que des oeuvres de Katia Makdissi-Warren seront jouées par l’Orchestre Classique de Montréal sous la direction d’Andrei Feher, soit le 5 novembre prochain à la Maison symphonique, Alain Brunet s’est entretenu avec la musicienne visionnaire.

PAN M 360: Katia, commençons par les 25 ans de ton ensemble. Je connais Oktoecho depuis ses débuts, je connais aussi son mandat de réunir les esthétiques occidentales et arabes, puisque tu es toi-même issue d’une union des deux mondes – mère libanaise et père écossais. D’où tes nombreuses participations au Festival du Monde arabe de Montréaldans les années 2000 et 2010, après quoi tu as progressivement investi le monde autochtone qui nous entoure.
Katia Makdissi-Warren: J’ai vécu un moment en Europe et, à mon retour au Québec, j’avais le désir de faire le pont entre le Moyen-Orient et l’Occident. Ce n’était pas dans les habitudes des orchestres ou ensembles d’ici de travailler comme ça.
PAN M 360: Il n’y avait aucune habitude, en fait.
Katia Makdissi-Warren: Effectivement, il n’y en avait aucune. Alors, finalement, j’ai fondé Oktoecho pour ça, en disant que je vais pouvoir composer et faire un peu le genre de musique dont j’ai envie. Ça a commencé comme ça, avec des collègues. Puis, tranquillement, pas vite, comme j’ai toujours aimé la musique autochtone, j’avais toujours ça en tête en me disant que ce serait le fun, à un moment donné, qu’on puisse embarquer des Autochtones avec nous. Et j’ai eu la très grande chance de rencontrer l’Inuite Nina Segalowitz en 2009.
À partir de là, on a fait plein de rencontres croisées autochtones, occidentales, moyen-orientales, occidentales. Nina est alors devenue co-directrice artistique d’Oktoecho pour le volet autochtone, avec Lydia Etok, qui est aussi une grande collaboratrice inuite. Elle a aussi participé beaucoup, beaucoup, beaucoup à tout ce qui est la culture Inuite, au sein d’Oktoecho. La Métisse Moe Clark est également une précieuse collaboratrice. Et voilà. 25 ans plus tard, on est là, puis on fait encore plein de rencontres et on continue de faire de la musique!
PAN M 360: Et de quelle manière cela a-t-il évolué? Au départ, il y avait ce projet d’allier tes deux identités, occidentale et levantine. Alors, c’était surtout des musiques libanaises ou syriennes, j’imagine, auxquelles d’autres cultures d’ici se sont greffées.
Katia Makdissi-Warren: Oui, mais étant donné le bassin de musiciens orientaux à Montréal, j’avais travaillé avec Ismail Hakki Fencioglu, qui est turc. I a beaucoup offert à Oktoecho. Il y a eu également les Marocains Khalil Mokadem et Anouar Barrada, etc. Alors nous avons appris, au sein de l’ensemble, à connaître les cultures au-delà de la Syrie et du Liban.
PAN M 360: Ces artistes ont-ils collaboré longtemps ?
Katia Makdissi-Warren: Ismail était présent jusqu’à temps qu’il rentre en Turquie. La même chose pour Ralda Salem qui était là dès le début; joueuse de ney et aussi chanteuse, elle avait même donné des cours de musique arabe aux membres de notre groupe et fut donc très importante. Elle est rentrée au Liban, elle y est toujours et joue actuellement avec l’Orchestre national libanais de musique arabe orientale à Beyrouth, sous la direction d’André Hajj.
PAN M 360: Rappelez-nous la constitution d’Oktoecho.
Katia Makdissi-Warren: En 2006, on avait pris le nom Zeugma, mais un groupe de danse orientale avait aussi choisi ce nom qui désigne une ancienne cité de Turquie, entre le Moyen-Orient et l’Occident, où les deux cultures se mélangeaient jadis. Alors Oktoecho, c’était plus simple pour nous. Ce nom signifie le huitième mode byzantin, nous étions 8 membres de l’ensemble et Byzance (Istanbul) était et est toujours une grande capitale située au croisement de l’Occident et de l’Orient.
PAN M 360: Y a-t-il eu beaucoup de roulement depuis la fondation de l’ensemble ?
Katia Makdissi-Warren: Pas tant. Certains sont repartis dans leur pays, plusieurs sont restés. Par exemple, le percussionniste Bertil Schulrabe est avec nous depuis 2008.
PAN M 360: Tu peux donc compter sur le même noyau?
Katia Makdissi-Warren: Oui, le même noyau auquel se sont greffés les chanteuses autochtones qui assurent une co-direction sur les musiques concernant leurs cultures. Et j’assume la direction artistique dans son ensemble.
PAN M 360: Oui, tu as désormais intégré trois cultures musicales: occidentale, moyen-orientale et autochtone.
Katia Makdissi-Warren: C’est ça et ça continue. Aujourd’hui, on a un jeune qui est avec nous, Wapan Boivin, un jeune Atikamekw de Wemotaci, qui est extraordinaire. Il porte très bien sa culture, il est un très bon percussionniste, très bon danseur, et joue aussi de la guitare.
PAN M 360: De quelle manière les formes musicales ont-elles changé chez Oktoecho, grosso modo? À l’origine, tu faisais aussi dans ladite musique contemporaine. Maintenant?
Katia Makdissi-Warren: Oui, j’en écris encore mais beaucoup moins. D’ailleurs, plusieurs pièces que j’avais composées pour le Festival du monde arabe de Montréal (FMA) en 2001 et 2002 seront jouées par l’Orchestre classique de Montréal et des musiciens d’Oktoecho, et ce dans le contexte du Festival du monde arabe de Montréal (FMA). Ce répertoire est au carrefour des deux cultures mais qui est un peu plus contemporain. Et il y a aussi la création de mon concerto pour contrebasse avec Étienne Lafrance, un collaborateur de longue date. Même quand j’étais au conservatoire, c’est lui qui jouait dans mes compos. Ça faisait longtemps qu’on se disait devoir travailler sur un concerto pour contrebasse, alors le voilà! Il y aura aussi une œuvre de Didem Başar pour kanun et orchestre (et la sœur du compositeur y jouera du kemençe ), et d’autres pièces de Bechara El Khoury, du pianiste turc Fasil Say et du Montréalais Anthony Rozankovic. Andrei Feher dirigera l’Orchestre Classique.
PAN M 360: Et vous serez à Rimouski cet automne.
Katia Makdissi Warren: Oui, à Rimouski, avec l’Orchestre symphonique de l’Estuaire, sous la direction de Léa Moisan-Perrier. On jouera mon œuvre d’inspiration inuite avec des artistes de Bretagne, Chorus Nunavik-Breizh, qui est une rencontre des chants bretons et chants inuits. Il y a quatre solistes avec l’orchestre, notre Bertil Schulrabe y jouera notamment des tablas avec de petites parties solo. L’idée de ce concert est de faire dialoguer deux cultures proches de la mer, bretonnes et inuites. Un mouvement comporte une récitation poétique en inuktitut et en breton, on rassemble ainsi des cultures très différentes, mais qui peuvent se rassembler, notamment parce que les Bretons qui ont un jeu ancien, fondé sur les mimologismes qui consistent à reproduire les sons de la nature avec des mots. C’est très ludique, tout le monde rit là-dedans!
PAN M 360: D’autres événements avant Noël ?
Katia Makdissi-Warren: Oui, après Rimouski, on s’en va en Espagne, dans le Pays basque. Il s’agit d’une collaboration entre Oktoecho et E27 (de Québec).
PAN M 360: Joyeux 25e anniversaire !
PROGRAMME DE L’ORCHESTRE CLASSIQUE DE MONTRÉAL, 5 novrembre, Maison symphonique de Montréal
Répertoire
- Katia Makdissi-Warren
Orient Tango
Double Concerto pour kamanche et kanun
Razzia
Concerto pour contrebasse (création)
Tango sans sang - Didem Başar
Kervan - B. El-Khoury
Sérénade pour cordes No.4 Op.98 - Anthony Rozankovic
Andalous Shoes - Fazıl Say
Symphonie de chambre Op.62
Artistes
- Étienne Lafrance
contrebasse - Oktoécho
ensemble de musique - Didem Basar
kanun - Binnaz Celik
kamanche - David Ryshpan
piano - Bertil Schulrabe et Joseph Khoury
percussion - Andrei Feher
chef
Cheffe d’orchestre: Léa Moisan-Perrier
Solistes d’Oktoecho : Marthe Vassalo, Noluen Le Buhé, Lydia Etok, Nina Segalowitz, chant; Bertil Schulrabe, tablas
Artiste visuelle invitée :
Dominique Paul, œuvre scénique et performance préconcert
Collaboratrice à la performance préconcert :
Sarah Albu, soprano et vocaliste expérimentale
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) – Water Music, Suite no 2 en ré majeur, HWV 349
Katia Makdissi-Warren (née en 1970) – Chorus Nunavik-Breizh
Ralph Vaughan Williams (1872-1958) – Symphonie no 5 en ré majeur























