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La première est une violoncelliste, compositrice et improvisatrice qui a participé à la création d’œuvres de nombreux compositeurs dont Sarah Davachi, Geneviève Ackerman, Martin Arnold et Simon Martin tout en s’illustrant dans divers ensembles de musique contemporaine (No Hay Banda, Quatuor Mémoire, Ensemble Éclat) et sur la scène pop expérimentale.
La seconde est compositrice, artiste numérique et performeuse dont le travail, depuis une douzaine d’années, s’inscrit dans la mouvance des arts technologiques et explore cet espace flou où naturel et synthétique se chevauchent. Performances audiovisuelles, œuvres vidéos, installations… elle s’est ainsi produite dans de très nombreux festivals aux quatre coins du monde.
À quelques jours de leur concert, Michel Rondeau s’est entretenu avec elles pour PAN M 360.
PAN M 360 : Comment est née votre collaboration ?
Audréanne Filion : Ça fait plusieurs années que je suis le travail de Myriam. On s’est rencontré il y a peut-être 5 ans. Myriam, je ne sais pas si tu te souviens de l’année, mais on a fait une première collaboration aux ateliers Belleville. Myriam m’avait contactée pour que je joue du violoncelle avec elle sur une de ses pièces, mais après ça, on a aussi parlé d’interactions violoncelle et électronique qu’il serait possible de faire. On a travaillé aussi dans le cadre d’un autre projet avec l’Ensemble Éclat. Myriam a ensuite initié l’idée de faire une pièce ensemble, mais d’explorer davantage, puis d’aller faire une résidence et de vraiment bâtir quelque chose ensemble.
Myriam Bleau : De mon côté, j’avais déjà commencé une série de collaborations avec des instrumentistes. Moi, je suis plus en musique électronique normalement, mais j’ai quand même étudié un peu en composition – je jouais de la guitare avant –, puis là, ça me tentait de retourner et faire un peu de collaboration, donc j’ai fait quelque chose avec d’autres instrumentistes, Charlotte Layec [clarinettiste] et Kalun (Leung) [tromboniste].
Ça me tentait de faire quelque chose avec des violoncelles, donc j’avais contacté Audréanne, mais en même temps, moi je suis toujours intéressée à faire des collaborations avec des gens qui ont un peu des façons de penser similaires – et je vois quand même des similarités dans nos goûts musicaux et nos directions –, donc je trouve tout le temps ça cool d’échanger des idées et je voulais voir si on pouvait développer quelque chose ensemble pour aller un peu plus loin.
PAN M 360 : Quel est l’objet de vos recherches, de votre travail ensemble ?
Audréanne : Moi, j’ai fait déjà un peu de recherches pour faire interagir mon violoncelle avec l’électronique, avec des textures plus ambiantes, dronées, avec feedback un peu, mais c’est toujours un défi pour moi de trouver la manière de jouer de mon violoncelle et de l’électronique en même temps. Pour moi, c’est vraiment ça le cœur de la recherche. Et puis Myriam est vraiment bonne en son, mais aussi en programmation. Il y a vraiment une recherche de l’interaction entre le violoncelle et l’électronique, quand le violoncelle joue telle chose, comment l’électronique va réagir. C’est aussi une recherche esthétique des sons.
Myriam : Ce que je pourrais ajouter, c’est que dans la plupart de mes projets en musique électronique, ce qui ressort, c’est la notion d’un spectre entre ce qui va être un peu préétabli et ce qui va être vraiment performé live en temps réel. Et ça, ça peut aller dans vraiment plein de directions.
Aussi, comme en musique contemporaine les trucs sont tous écrits, l’idée c’est de suivre la partition un peu « à la lettre », donc il y a quand même une notion de quelque chose de préétabli là aussi. En musique électronique, on peut décider dans le spectre à quel niveau on va interagir. Est-ce que je lance des sections qui vont être préétablies ? Est-ce que c’est algorithmique ? Est-ce qu’il y a une partie aléatoire qui va entrer en ligne de compte ?
Dans le fait d’explorer ce genre de système-là où il y a un peu d’instabilité, puis de décider quelle va être cette part d’instabilité, ça me tentait vraiment de développer quelque chose justement avec un instrument, un instrumentiste, où il y a un aspect vraiment immédiat aussi avec le matériau. Moi, ça fait quand même longtemps que je ne joue plus de guitare sur scène (rires), ce n’est plus quelque chose qui m’est accessible, donc c’était vraiment de voir comment nos deux langages pourraient interagir.
On verra comment le duo évolue, mais moi je suis vraiment intéressée aussi à développer un langage plus à long terme. Parfois quand on confronte des idées juste pour un projet, ça peut développer quelque chose sur le temps, mais je pense qu’il y a aussi quelque chose d’intéressant de juste laisser les idées évoluer dans le temps, puis revenir un peu spécifiquement sur les mêmes idées pour voir comment ça peut évoluer.
PAN M 360 : Avez-vous fait des découvertes ou avez-vous éprouvé des difficultés particulières dans vos recherches justement de combiner le monde merveilleux du virtuel et celui du réel ?
Myriam : Je pense que c’est toujours la notion d’imprévisibilité, il y a toujours un côté un peu instable. J’utilise SuperCollider pour ce projet-là – c’est dans la détection d’attaques ou détection de fréquences –, donc il y a toujours une partie d’instabilité en fonction de la salle où on va être. Il va y avoir plus ou moins de feedback qui va entrer dans le système, donc c’est comme plein d’éléments qu’il faut apprendre à jouer avec d’une certaine manière. Ça, c’est toujours difficile, mais je pense que c’est un peu ça le défi qu’on s’était donné, c’est vraiment d’explorer.
Puis aussi Audréanne est vraiment une bonne improvisatrice. Je sais que peu importe ce qui arrive, on va être capable de jouer autour et de trouver quand même un moyen de faire un show qui va être intéressant, parce que c’est ça l’idée, c’est vraiment d’être à l’écoute.
Audréanne : Ce qu’on découvre, c’est l’interaction, c’est nos deux mondes, comment ça se mélange ensemble. Peu importe ce qui se passe, ce qu’on fait, c’est de la musique.
On se prépare un genre de terrain de jeu, on se prépare des connexions, des sons qui sont possibles ensemble, puis au final, on va toujours les jouer dans le moment présent. On découvre notre monde commun.
PAN M 360 : Est-ce que le temps dont vous avez besoin pour réagir à certaines choses vous oblige à improviser souvent, et quelle est la part de l’improvisation en concert ?
Myriam : On se prépare des sections dans lesquelles on a quand même beaucoup de liberté. Pour l’instant, il n’y a rien qui est écrit nécessairement, mais ce qui se passe à l’intérieur de chaque section, c’est un peu comme un système qui répond à des paramètres particuliers.
Par exemple, dans une section, s’il y a quelque chose de plus percussif où là, ça va vraiment répondre aux attaques d’Audréanne, moi, de mon côté, je peux réagir vraiment dynamiquement. Comme Audréanne le disait, chaque section, c’est un peu un petit terrain de jeu, puis après ça, on définit un peu des façons de transitionner d’une section à l’autre.
Audréanne : On a travaillé des sections, des types de sons, des types d’interactions, puis j’ai une idée de quel son je vais faire qui va bien fonctionner avec cette section-là. C’est qu’il y a quand même un genre de forme qui est prévu, mais exactement ce que je vais jouer ou qu’est-ce qui va se passer, ça, c’est improvisé.
Donc, ce n’est pas vraiment écrit, mais en même temps, on sait toutes les deux ce qui fonctionne le mieux. C’est ça un peu l’idée de notre recherche, de chercher ensemble quelle atmosphère on veut créer dans les sections. On sait quel type de matière avec lequel travailler, mais comment ça va se décliner exactement, ça, ça va être toujours différent.
PAN M 360 : Au concert de vendredi, la pièce que vous présentez, est-ce la première fois que vous la jouez ?
Myriam : C’est absolument la première fois qu’on va la présenter. C’est du matériel qui n’est pas définitif non plus. Je pense qu’on le voit plus comme un work in progress. C’est juste une espèce de petit snapshot dans le temps de où on est rendu. C’est quand même un projet qu’on a pensé faire évoluer.
PAN M 360 : Qu’est-ce que vous nous réservez pour vendredi ?
Audréanne Filion : On a tellement de bons sons ! Je pense qu’on a bien travaillé. Il y a des choses vraiment intéressantes dans l’interaction du violoncelle et de l’électronique. Myriam parlait d’une section plus rythmique où il y a vraiment une réponse aux attaques du violoncelle, c’est extrêmement le fun à jouer.
C’est vraiment un premier point de départ pour notre collaboration. J’ai hâte de voir comment on va se sentir après l’avoir jouée, et ce que ça va amener dans cette pièce-là par la suite, comment on va continuer de développer les choses.
PAN M 360 : Myriam ?
Myriam : Dans ce projet-là, ce que je trouve vraiment intéressant, c’est d’essayer de trouver des systèmes d’interaction qui sonnent vraiment cohésifs. Ça ne veut pas dire qu’on va toujours réussir – on se laisse quand même de la liberté –, mais il y a ce désir au départ de vraiment créer des sections qui sonnent comme si tout fonctionnait ensemble, comme si c’était un seul organisme. Que ce soit vraiment par beaucoup de traitements du signal en temps réel, du violoncelle, de sampling aussi en temps réel, plein de techniques d’analyse qui font que tous les sons, finalement, sont contrôlés un peu par le geste instrumental.
L’intérêt, en tout cas pour moi, de cet exercice-là, c’est de voir comment on peut créer quelque chose d’électronique et violoncelle, mais qui ne sonne pas comme une superposition de deux mondes complètement différents. C’est que le violoncelle ne vient pas juste pour ornementer, mettons, une trame électro-acoustique qui soit déjà présente, mais vraiment que ça fonctionne dans les deux.
Puis aussi, ça ajoute un autre défi de faire la spatialisation en temps réel. Si je veux, par exemple, utiliser la position d’Audréanne dans l’espace pour que, par exemple, certains éléments donnent l’impression qu’ils viennent d’elle et qu’ensuite, ils voyagent dans l’espace, ce genre de trucs-là.
PAN M 360 : En terminant, quels sont vos projets ? Avez-vous d’autres concerts prévus après celui d’Akousma ?
Audréanne : Pour l’instant, on n’a rien de prévu. Mais, à suivre…
Myriam : On aimerait développer un programme audiovisuel avec ce projet-là, puis, éventuellement, faire une tournée avec. Mais comme c’est vraiment le début du projet, on n’est pas encore à faire de la recherche de diffusion. On aimerait aussi préparer un projet d’album avec ça, et ça, c’est vraiment conditionnel à plein de trucs. Mais c’est quelque chose qui est dans les plans.























