Samedi à 18 h 55, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, les Viagra Boys n’ont pas perdu de temps avant de transformer le site en gigantesque défouloir.
Dès Man Made of Meat, le logo Infinite Anxiety Tour s’affiche derrière le groupe avant de céder progressivement la place à une succession de captations en noir et blanc fortement contrastées, de bains de lumière rouge et d’effets glitch ponctués d’images presque subliminales.
Au centre de cette déferlante visuelle, Sebastian Murphy débarque torse nu, tatouages bien en vue, avec l’assurance d’un provocateur aussi imprévisible que charismatique. Derrière lui, les six musiciens propulsent le tout à coups de lignes de basse massives, d’une batterie implacable et d’un saxophone déchaîné qui fait constamment basculer le post-punk vers quelque chose de beaucoup plus dansant.
Viagra Boys démontre rapidement que derrière son humour absurde se cache une mécanique redoutable. Chaque morceau repose sur un groove implacable qui transforme ce post-punk sale et nerveux en une irrésistible invitation à danser. Punk Rock Loser est repris à pleins poumons par la foule, Ain’t No Thieffait spontanément taper des mains, tandis que Uno II offre un moment plus relâché sans faire retomber l’énergie. Le solo de saxophone qui conclut Down in the Basement provoque même une scène improbable : une partie de la foule se met à en hurler les notes, comme si le musicien lançait un appel auquel son propre clan répondait.
Murphy ponctue le concert de quelques sorties irrévérencieuses, lançant notamment un « Free Palestine » avant Troglodyte, puis laisse les chansons parler d’elles-mêmes. L’absurde atteint son sommet avec Sports, dont la litanie de mots lancée d’une voix détachée est reprise avec un enthousiasme contagieux par un public qui sait exactement ce qui s’en vient et explose au premier « SPORTS! ».
Le finale, Research Chemicals,résume parfaitement l’esprit du groupe. Murphy descend surfer sur la foule avant de tenter quelques pompes avec une détermination inversement proportionnelle à ses talents d’athlète, pendant que le saxophone se déchaîne au-dessus d’une basse hypnotique. Les Viagra Boys donnent l’impression qu’un groupe de marginaux a accidentellement trouvé le moyen de devenir une excellente machine à faire danser, et personne n’a envie de corriger l’erreur.























