Tout ce que je peux dire, c’est : quel duo ! Et quelle belle façon de clôturer le FIJM ! D’après ce que j’ai pu constater, Julian Lage et Christian McBride n’ont pas beaucoup joué ensemble dans un cadre officiel ; (un article que j’ai trouvé, datant de 2023, suggère qu’ils ont improvisé ensemble une fois sur un bateau de croisière), mais nous pouvons nous réjouir que les deux musiciens vivent apparemment désormais dans le même quartier du New Jersey, ce qui rend cette collaboration peut-être plus probable à l’avenir.
Jouer en duo représente forcément une plus grande exposition des interprètes, où le regard du public est plus intense, où l’interaction devient primordiale, où le répertoire est mis à l’épreuve et où l’endurance est essentielle. Mais les deux musiciens ont joué comme si de rien n’était, bien sûr. Lage et McBride possèdent une telle maîtrise technique et un tel sens musical qu’ils savaient intuitivement quand laisser respirer un moment, quand faire monter l’intensité, et quand faire jaillir des rafales de triolets ou harmoniser leurs mélodies avec des doubles cordes tout en glissant le long du manche de leurs instruments.
En vérité, c’était presque comme si nous observions deux copains jouant pour leur propre plaisir. Tout en désignant la setlist, l’un demandait souvent à l’autre : « Tu veux jouer celle-là, ou celle-ci ? » Les deux musiciens faisaient également preuve d’un excellent sens du comique lorsqu’ils s’adressaient l’un à l’autre ou au public, tout en enchaînant des compositions de Monk, Wayne Shorter, Ellington, Coltrane, et même des morceaux originaux de Lage. « D’accord, on va jouer celle-là, mais c’est toi qui fais l’intro », a répondu Lage à un moment donné du concert.
À la fin de la soirée, le Festival a remis à McBride le prix Miles Davis, destiné à honorer un artiste de jazz de renommée internationale et sa contribution à l’évolution du genre. Je n’ose imaginer la taille que doit avoir son armoire à trophées à présent (je pense notamment aux onze Grammys qu’il a remportés), mais je ne vois personne qui le mérite davantage. Je suis sûr qu’il trouvera de la place pour cette nouvelle statuette.
Photo by Victor Diaz-Lamich






















