On peut dire sans se tromper que nous avons été gâtés en matière de concerts gratuits au Jazz Fest de cette année. Alors que chez PAN M, nous étions encore en train d’organiser notre couverture, j’ai d’ailleurs été surpris de découvrir combien d’artistes que je souhaitais voir cette année se produisaient gratuitement, notamment le duo élégant et dynamique formé par Domi et JD Beck. Et comme j’avais manqué la première venue de ce duo dynamique il y a trois ans, je ne voulais surtout pas les rater cette fois-ci.
Jeudi soir à 22 h 30, la scène Rogers semblait vide, à l’exception de l’installation du duo composée de claviers empilés et d’une batterie (avec une chaise en métal suspendue à la place d’une cymbale ride) ; ces installations se faisaient face au milieu de la scène. Soudain, une bande-son orchestrale s’est mise à jouer, faisant presque office de musique d’entrée. Les deux musiciens sont finalement apparus et il semblait que cette bande-son allait constituer un pilier du set, les deux artistes jouant sur les mélodies préprogrammées, tantôt en solo par-dessus, tantôt en accompagnement, tantôt pour les accentuer, tantôt en contrepoint.
Le duo a fait la démonstration de son talent pendant une grande partie du concert (j’aurais été déçu s’ils ne l’avaient pas fait), Beck jouant des notes partielles en triolets de la main gauche sur sa batterie ou se lançant dans des improvisations de style drum and bass en doubles croches, tandis que Domi se lançait dans des solos avec des sons de clavier parfois très fantaisistes, notamment des sons rappelant une flûte MIDI, un piano jouet, des cordes pincées et bien d’autres encore.
À mi-parcours du concert, Beck a expliqué que ces interludes orchestraux et ces pistes d’accompagnement correspondaient à des morceaux tirés de leur nouvel album, qui n’était pas encore sorti au moment où j’écris ces lignes. Il a déclaré, mi-sérieux mi-plaisant, que ces interludes servaient à reprendre leur souffle, avant d’ajouter simplement : « On essaie des trucs. »
Et c’est ainsi que s’est déroulée la majeure partie du concert. Pour ma part, j’ai énormément apprécié leur talent musical, mais pas le son de la batterie de Beck, notamment sa caisse claire fine comme du papier, qui était noyée par le déclencheur MIDI de sa grosse caisse produisant, pour autant que je puisse en juger, des notes de basse profondes. Un autre de mes reproches concernait la variété compositionnelle des morceaux ; ne me demandez pas de vous chanter un passage précis de l’un d’entre eux, car au bout d’une heure, ils étaient devenus indiscernables dans ma tête. En d’autres termes, au risque de passer pour un profane en jazz, tout cela sonnait un peu pareil. Cela dit, leur prochain album s’intitule Who Asked ?, alors peut-être que cela leur importe peu.
Ce n’est qu’à la toute fin, lors des deux dernières chansons du set en fait, que le duo a abandonné les pistes d’accompagnement pour commencer à jouer l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre. La complicité entre eux était bien plus forte lorsqu’ils n’avaient pas à tenir compte d’un troisième membre du groupe, immuable et indifférent, sous la forme d’un enregistrement préenregistré. C’est là que j’ai pu entrevoir l’ambiance, l’énergie et le talent musical qui ont propulsé la carrière du duo en 2022 et leur ont valu des éloges bien mérités.
Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin





















