FIJM 2026 | Ibrahim Maalouf à fond la caisse… à quatre pistons !

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : jazz / Moyen-Orient / Levant / Maghreb

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Soyons-en conscients, le neveu du très grand essayiste franco-libanais Amin Maalouf a atteint une notoriété comparable, cette fois dans le monde des musiques mondialistes de pointe. En avril 2027, il se produira devant 40 000 personnes à Paris en tant  que soliste avec invités. En juillet 2026, Ibrahim Maalouf se produit à Montréal depuis plusieurs années dans des salles généralement pleines, et incarne la diversité jazzistique en France où il a grandi.

Jeudi soir, le MTELUS était rempli à pleine capacité pour célébrer les Trompettes de Michel-Ange.

Réparti sur deux albums (Vol 1 et Vol 2), ce projet réunit 5 trompettes modifiées, question de mettre de l’avant cet instrument dont l’inventeur, le père d’Ibrahim, voyait un brillant avenir un demi-siècle plus tôt. Dotée de quatre pistons au lieu de trois , cette trompette peut jouer les modes orientaux et en reproduire fidèlement les parcours mélodiques –  permettant l’usage des quarts de ton en plus des demi-tons occidentaux.

Aujourd’hui, le fiston est toujours parmi les rares utilisateurs de cette trompette modifiée, ce qui l’a mené à en faire la promotion à travers un projet artistique concluant. À preuve, Ibrahim Maalouf fait salle comble partout où il passe. Et ses fans capotentm inutile de le préciser.

Excellent motivateur, authentique bête de scène, le musicien pousse la séduction jusqu’aux vœux de mariage à l’auditoire, qui se prête spontanément au au jeu, se rapprochant davantage de l’hôte.

Ainsi, les Trompettes  de Michel-Ange excluent toute prise de tête et nous confient à une enfilade de titres propices à la danse et à la célébration, danseuse à l’appui! D’inspiration arabes, moyen-orientales, mais aussi afro-américaines, afro-brésiliennes, afrobeat nigerianes ou même arabo-ibériques, ces musiques relèvent davantage des formes populaires que sérieuses et permettent beaucoup de latitude aux improvisateurs,  trompettes et saxophone (alto) jazzo-oriental, section rythmique adaptée aux traditions du Levant mais aussi très solides sur les terrains jazz ou autre.

La pédale au fond, ces artilleurs ajoutent à la ferveur du public emporté par ces airs endiablés. Tempête parfaite!

Avant quoi  Ibrahim Maalouf, a reçu PAN M 360 dans sa loge pour l’entretien qui suit, réalisé par Alain Brunet.

PAN M 360 : Où en êtes-vous aujourd’hui?

Ibrahim Maalouf : Quand j’ai fait mon premier album en 2007, je savais qu’il y aurait encore deux autres albums du genre  parce que je travaillais déjà dessus, je les avais préparés, je savais qu’ils allaient arriver. Mais je pensais vraiment qu’une fois que j’avais fait ça, j’avais fait ce que j’avais à faire. Et je me suis rendu compte que c’est exactement le contraire qui s’est passé.

C’est-à-dire à chaque fois que j’avais l’impression de sortir quelque chose de moi, de me libérer de ce que j’avais eu envie d’exprimer, il y avait 15 autres idées qui sont arrivées. Et à force, imaginez sur 21 albums, j’ai énormément d’envies qui sont nées au fur et à mesure des années et que j’ai envie de concrétiser. Et j’ai un catalogue de projets que j’ai en tête pour certains que j’ai déjà enregistrés.

PAN M 360 : Et ce dont il est question ici ?

Ibrahim Maalouf : Les trompettes de Michel-Ange, c’est un orchestre de trompettes qui est accompagné par le rythmique. Basse, batterie, guitare, et devant, pupitres de cuivres avec sax alto, qui donne une couleur un peu gitane à ma musique et mon saxophoniste Mihai Pîrvan est un Rom authentique. Et il amène quelque chose qui est très proche de ce que je veux défendre avec ce projet.

PAN M 360 : D’où part ce projet?

Ibrahim Maalouf : Les trompettes de Michel-Ange, c’est vraiment un projet qui fait partie de ces projets qui étaient là depuis le début et que j’avais envie de mener à terme. Je rêvais de faire ce que je suis en train de faire maintenant. Mais je ne pouvais pas parce que je n’avais  pas l’expérience pour monter le groupe qu’il fallait, parce que je n’avais pas non plus l’argent pour le faire. Et surtout, parce que la légitimité s’impose avec le temps. Et moi, je suis indépendant, je ne suis pas signé par un label.  Ce qui est sûr, c’est que la liberté et l’indépendance sont parfois parfois un handicap, on a beaucoup moins la possibilité de financer ce qu’on a en tête. Ça a donc mis longtemps que de réussir à avoir à mes côtés des trompettistes qui jouent l’instrument inventé par mon père il y a 60 ans. Qui sont capables de jouer les maqams (motifs mélodico-rythmiques de la musique classique arabe ) et les quarts de ton qui y sont associés. J’ai mis très longtemps à y parvenir. Pour moi, Les Trompettes de Michel-Ange, c’est l’aboutissement et le résultat d’un boulot que j’avais en tête depuis plus de 30 ans.

PAN M 360 : Vous limitez-vous aux maqams arabes ou encore intégrez-vous les maqams ottomans, ou encore les dastgah persans?

Ibrahim Maalouf : En fait, les gammes de ces cultures se ressemblent énormément. Je ne vois pas personnellement de différence marquée. C’est le même concept, les mêmes familles d’échelles mélodiques. Je ne différencie pas vraiment, il ne faut pas mettre de limites à ces identités je crois, sinon ça devient étroit d’esprit et puis…

PAN M 360 : Votre oncle en a si bien parlé dans son essai Les identités meurtrières.

Ibrahim Maalouf : C’est mon livre de chevet! 

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