Le pianiste Billy Childs n’est peut-être pas une super vedette du piano jazz, comme Brad Mehldau, Robert Glasper ou Vijay Iyer, mais il trace un chemin personnel de très haute tenue depuis une quarantaine d’années et sait offrir aux mélomanes des soirées de jazz exceptionnelles. C’est exactement ce qui est arrivé vendredi soir au club Upstairs, qui a eu la main heureuse en l’accueillant pour la première de deux soirées (quatre sets, donc) qui resteront dans les mémoires. Si vous lisez ce texte en ce petit samedi matin, sachez qu’il vous reste peut-être quelques rares places pour ce soir. Peut-être.
Childs a lancé son programme avec 34 Skidoo de Bill Evans. Le message passe : il y aura un bonne énergie, sans esbroufe mais avec beaucoup de classe. Childs est un marathonien du clavier : il maintient le rythme sans se presser, il ose parfois quelques déviations, mais le focus général est inébranlable, assuré, logique, et surtout inspiré. Il est avec deux pointures, géantes, de la section rythmique : Matt penman à la contrebasse et Ari Hoenig à la batterie. Ces deux garçons encadrent finement le discours du leader, mais pas que. Ils font intrinsèquement partie de la discussion, sortent souvent du squelette pulsatif pour jaser plus librement. Cela dit, jamais on ne perd le fil. Une symbiose étroite et intime.
Childs introduit ensuite une de ses compos, Tight Rope, puis une autre, Like Father, Like Son, hommage au paternel. L’une des premières pièces de Childs, sortie sur l’album Twilight Is Upon Us en 1989. Excitantes envolées hard bop sur coussin rythmique solide mais subtilement ondoyant. Suit un classique de Dexter Gordon, autre géant du Hard Bop.
Entre les pièces, Childs nous présente succinctement les pièces, sans fla fla, mais parfois avec une anecdote, une réflexion. Surtout, avec classe, réserve et authenticité. Dans l’atmosphère feutrée, bondée d’oreilles attentives, de Upstairs, c’est une expérience de jazz d’un grand niveau de classicisme, et d’intelligence, que nous vivons ensemble. Upstairs est l’un des meilleurs clubs en Amérique du Nord, peut-être dans le monde. En voici la preuve.
Le set se termine (officiellement) sur New World Disorder, un commentaire engagé remontant à l’époque du président étatsunien Bush père, mais qui s’applique avec encore plus d’acuité en 2026. Les accords piquants, la pulsation disjointe apportent une dose de modernité peu entendue jusque là. Une curieuse façon de terminer un concert. Ce que le ‘’rappel’’ (Whisper Not de Benny Golson, un standard bienfaisant) a corrigé rapidement.
Les musicophiles et autres curieux-curieuses présents chez Upstairs ont eu de la chance : on a peu entendu Childs en format trio ces dernières années. La sortie récente de l’album Triumvirate d’ailleurs est un retour à la forme après une trentaine d’années d’éloignement! Encore une fois, les trois maîtres seront encore sur place ce soir, samedi 4 juillet.
Dépêchez-vous d’appeler Joel (Giberovitch, le proprio de Upstairs) pour espérer avoir une place (s’il en reste, franchement je ne suis pas certain).





















