En cette veille du 250e anniversaire des États-Unis, ou, si vous préférez, États-Divisés, le Gésu célébrait le centième anniversaire de la naissance du mythique trompettiste Miles Davis, en reprenant son album de 1959, le tout aussi mythique Kind Of Blue, qui a transformé en profondeur le jazz de cette époque.
Le trompettiste montréalais Ron Di Lauro a conçu ce projet en 2010 et le ressuscite à l’occasion depuis. Puisqu’on parle de jazz et d’improvisation, ce projet n’est jamais exactement semblable quand il renaît.
Pas évident pour ce sextet de musiciens montréalais d’incarner Miles, John Coltrane et Cannonball Adderley au saxo, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Et pourtant c’est possible, comme il l’a démontré avec conviction.
Le Gésu était largement rempli, de têtes à majorité blanches ou poivre et sel, en pleine forme pour un concert qui commençait 22 heures 30. Beaucoup de fans inconditionnels du Miles Davis de cette époque et parfois, quelques plus jeunes, bien éduqués par leurs parents ou profs de musique.
La recette Di Laurienne de cette réincarnation: certes, on joue un classique, on respecte sa forme, mais quand vient le temps des solos, de la magique improvisation, on reste soi-même et, en cela, on donne un nouveau souffle à la musique.
Yannick Rieu et Jean-Pierre Zanella assuraient les saxos ténor et alto, un plus voluptueux l’autre plus nerveux et virtuose. On les reconnaissait. Taurey Butler, l’américain devenu montréalais, s’est passablement distancé de Bill Evans dans des solos beaucoup plus longs. And why not?
Martin Auguste à la batterie assurait la rythmique avec subtilité et le contrebassiste, dont j’oublie le nom, y est allé de solos plus innovants que son prédécesseur sur Kind of Blue. Nous sommes quand même 63 ans plus tard et il faut que nous le sentions.
Et Ron Di Lauro était Ron Di Lauro. L’ancien professeur d’université connaît sa trompette et sait utiliser la sourdine pour résonner comme Miles. Tout en s’assumant dans les solos. Un mélange de respect et de renouvellement.
J’ai passé un très bon moment. À en juger par la force des applaudissements, un moment au rappel, je n’étais pas le seul.
Salut Miles et salut à ces musiciens montréalais qui nous l’ont réincarné!
Photo Frédérique Ménard-Aubin





















