Elena Pinderhughes avait sans doute l’une des missions les plus difficiles de cette édition du FIJM. La scène Pub Molson, coincée entre les deux plus grandes scènes extérieures du festival, n’est pas l’endroit le plus propice pour captiver un public, et pour une flûtiste, c’est encore moins un cadre idéal pour présenter un nouveau groupe. Pourtant, rien de tout cela ne semblait déstabiliser Pinderhughes. À seulement 31 ans, elle possède déjà l’assurance d’une cheffe d’orchestre aguerrie, et sa technique, toujours aussi irréprochable, traversait sans peine l’air lourd et le brouhaha ambiant.
Le concert s’appuyait principalement sur des pièces de son prochain album, dont plusieurs n’avaient même pas encore de titre. Elles offraient un vaste terrain de jeu pour des improvisations lyriques et mettaient parfaitement en valeur les solos éblouissants de Pinderhughes. En tant que compositions, en revanche, elles laissaient rarement une impression durable. La plupart évoluaient dans un même univers où se mêlaient soul contemporaine et jazz moderne. Mon moment préféré fut un duo avec son frère, Samora Pinderhughes, au piano. Libérés de la batterie et de la basse, les deux musiciens pouvaient véritablement prendre leur envol. Ces instants révélaient une profondeur émotionnelle que le reste du concert n’atteignait qu’à de rares occasions. Des mélodies plus marquantes, ou simplement des contrastes plus affirmés dans les climats, auraient donné davantage de relief à l’ensemble.
Il n’en demeure pas moins que le talent d’interprète de Pinderhughes suffisait à maintenir l’intérêt du public du début à la fin. Son jeu est resté lumineux malgré des conditions peu favorables, et sa générosité sur scène insufflait à la musique une chaleur que les compositions, à elles seules, ne parvenaient pas toujours à transmettre.




















