À l’heure actuelle, il n’est pas particulièrement controversé d’affirmer que le jazz et le hip-hop sont intrinsèquement liés ; beaucoup les considèrent comme deux dialectes distincts d’une même langue, dont les frontières sont floues. Des artistes comme Kassa Overall peuvent toutefois nous amener à nous demander s’il existe réellement une frontière entre ces genres. Jeudi soir, après que de fortes pluies se sont enfin calmées, lui et son groupe ont honoré de leur présence la scène du Pub Molson, heureusement abritée.
Le groove du morceau d’ouverture, Ready To Ball d’Overall, s’est progressivement dégagé d’un tapis de vagues sonores décalées jouées par le groupe, tandis que le leader élargissait le paysage sonore à l’aide d’effets électroniques. La manière dont le groupe a interprété ce morceau a clairement démontré l’homogénéité avec laquelle ses membres abordent le jazz et le hip-hop : d’un instant à l’autre, on entendait des sons électroniques et une section rythmique en direct ; un backbeat ferme et un accompagnement de piano épuré ; du rap et un swing au tempo soutenu, sans qu’aucun moment ne semble déplacé.
Overall a décrit chaque membre de son groupe comme étant « peut-être » le meilleur au monde à son instrument, et au vu de la complicité musicale qui se dégageait sur scène, il est évident qu’il ne disait pas cela par simple politesse. Le pianiste Matt Wong adhère clairement à la philosophie d’Overall, comme l’illustre son excellent solo sur Check the Rhime de A Tribe Called Quest, qui développait avec brio le motif mélodique issu de l’échantillon d’Average White Band. La complicité rythmique qui lie Overall au percussionniste Bendji Allonce et au bassiste Giulio Xavier ne pourrait guère être plus serrée, même s’ils étaient quantifiés dans une station de travail audio numérique (DAW). En tant qu’ensemble, le groupe a joué avec une grande intensité, l’un des moments forts du concert étant un solo fulgurant du saxophoniste ténor Isaiah Collier.
Ce qui distingue Kassa Overall des autres artistes mêlant jazz et hip-hop, c’est le niveau d’authenticité avec lequel il aborde cette fusion. Lorsqu’il propose une interprétation jazz modale de Rebirth of Slick (Cool Like Dat) des Digable Planets et qu’il fait progressivement passer le groove d’un swing rapide à un backbeat sans que l’on remarque le changement, c’est parce qu’il ressent véritablement le lien entre ces deux grooves. Quand il interprète Check the Rhime, c’est avec la même aisance et le même respect que s’il jouait un standard de jazz comme Passion Dance de McCoy Tyner – ce qui, d’ailleurs, correspond exactement à la direction prise par le morceau des Tribe. Il a véritablement un pied fermement ancré dans chaque univers et ne laisse jamais complètement l’un ou l’autre de côté. Il finit ainsi par créer un troisième univers qui lui est entièrement propre.
Crédit photo: Productions Novak





















