Le long week-end de mai annonce généralement le début du printemps : les fleurs éclosent, les arbres se parent de feuilles d’un vert éclatant et la ville s’anime. Cette année, mon week-end a été marqué par la sortie de Makaya, le dernier album de l’artiste haïtien Wesli, installé à Montréal, ainsi que par la Journée du drapeau haïtien, le 18 mai, jour où les Haïtiens célèbrent la création de leur drapeau lors de la Révolution haïtienne de 1803.
Avec son chapeau et ses lunettes emblématiques, Wesli a offert au public une performance rythmique unique, mêlant traditions africaines et haïtiennes à des sonorités plus modernes. À travers ce voyage musical, il a souligné combien notre présent reste profondément marqué par l’histoire, notamment à Montréal, où la culture – et la musique en particulier – est profondément enracinée au sein de l’importante communauté haïtienne de la ville.
Pendant le concert, Wesli a expliqué la signification de Makaya. En kikongo, ce mot signifie « feuille ». En Haïti, il désigne également une montagne et les rassemblements organisés par les Marrons durant la révolution haïtienne. Wesli a déclaré : « Makaya était nécessaire pour que les gens puissent guérir spirituellement et se libérer. »
Ancré dans l’histoire et la mémoire, Wesli a été rejoint sur scène par l’artiste sénégalais Ilham. De sa voix envoûtante, ils ont interprété « Mon Konpé / Ti Bom » de Coupe Cloue. J’ai été profondément touché par cette performance car l’un de mes artistes préférés, Joe Arroyo, a composé « A mi dios todo le debo », une chanson fortement influencée par la musique de Coupe Cloue. Ce moment m’a instantanément transporté dans mon enfance en Colombie.
À cet instant, j’ai cessé de prendre des notes et me suis levée pour danser, me remémorant les réunions de famille bercées par la musique de Joe Arroyo. Ce n’est que récemment que j’ai découvert à quel point cette musique avait été profondément influencée par Haïti. Apprendre ce lien a été comme trouver une pièce manquante du puzzle, me permettant de mieux honorer la musique qui m’avait apporté tant de joie et de liens tout au long de ma vie.
Wesli était accompagné de Gaya, une chanteuse et danseuse rayonnante qui a illuminé la scène de son énergie et de ses mouvements. Les deux artistes se connaissent depuis près de vingt ans, depuis leurs débuts musicaux. Le maître percussionniste Ronald Nazaire est également monté sur scène, partageant un savoir ancestral à travers le tambour. Nazaire n’avait besoin d’aucun mot pour exprimer la profondeur et la spiritualité de sa musique.
Un autre moment fort de la soirée fut la performance du groupe lui-même. Chaque musicien a brillé individuellement, mais ce qui a le plus marqué les esprits, c’est la complicité entre Wesli et ses camarades. Leurs échanges, à la fois enjoués et énergiques, étaient contagieux. Wesli a généreusement laissé la place à chacun, à travers des solos et des moments de danse, permettant à chaque artiste d’apporter sa propre présence et son énergie sur scène. Tous rayonnaient.
Alors que le Canada célébrait la reine Victoria, la place du théâtre est devenue un espace pour célébrer l’histoire, la mémoire et le patrimoine musical haïtiens.























