Dans les pays occidentaux, le traitement réservé aux plus pauvres citoyens, en règle ou sans papiers, est devenu une véritable honte. Le Royaume-Uni et le Canada ne font pas exception à ce déclin tragique de l’empathie, du partage, de la décence sociale. Comptez sur Matthew Herbert pour vous le mettre sur le nez… et vous l’enfoncer dans les pavillons auditifs.
L’activisme du musicien anglais est connu, son nouveau projet ne l’était pas de ce côté de l’Atlantique jusqu’au dévoilement de la programmation de MUTEK 2026 : The UK Has More Food Banks Than Branches of McDonald’s, dont la première nord-américaine était prévue à la SAT, soit au premier soir de la série Nocturne qui s’échelonne jusqu’à dimanche.
D’une durée d’environ une heure, les thèmes abordés se sont succédé au gré d’une charpente construite sur un martèlement tout simple, sorte de kick drum filtré, évocation post-industrielle de tempo lent ou moyen.
Le recyclage sonore des pires existences humaines dans nos sociétés riches est au centre du concept. En temps réel, Matthew Herbert use ainsi de ses nombreuses astuces pour illustrer son propos à l’aide d’un équipement relativement simple – échantillonneur Akai 612, échantillonneur fait sur mesure pour lui par la firme Fieldtone, synthé à bandoulière, Ableton, objets sonores utilisés en temps réel, on en passe.
La grosse caisse électronique est progressivement infiltrée d’autres éléments percussifs,mais surtout d’une multitude de fragments sonores dont on tire parfois des éléments mélodiques Ce florilège de sons est enregistré à partir des éléments répertoriés dans les banques alimentaires destinés à celles et ceux qui ont faim.
Entre la marche militaire, la fête tribale ou le rituel païen, cette trame percussive est le socle d’une montée dramatique de plus en plus chargée de sons inédits. Bruits de pâtes alimentaires, fruits, légumes, viandes ou poisson en conserve, serviettes sanitaires, tampons et autres rouleaux de papier de toilette produisent tour à tour des sons filtrés, plus ou moins identifiables dans ce parcours fascinant.
Le rythme ralentit ou s’accélère, la marche devient danse, peu à peu l’austérité rythmique fait place à une plénitude musicale, sorte de techno organique, chargée d’ornements brillamment ciselés. On s’approche alors d’un concert de percussions impliquant des superpositions rythmiques et aussi une grande diversité électroacoustique, à la mesure de l’imagination débordante de notre protagoniste anglais.
La posture critique de Matthew Herbert s’exprime ici par une succession de thèmes parmi lesquels on peut lire notamment « pasta is not a luxury », « tinned vegetables shouldn’t be unaffordable in rich countries », « tinned meat and fish are urgently needed », « there are people in the UK who can’t afford toilet roll » , « tampons and pads should be free », le tout se concluant par un finale : « Canada has more food banks than branches of McDonald’s ».
Tenez-vous le pour dit.
Achetez l’album de Herbert à venir (en octobre) dont une part des profits sera versée aux banques alimentaire. Combattez du même élan la pauvreté, l’itinérance, les carences alimentaires de nos concitoyens les plus démunis. Retrouvez l’empathie!
Photo ci-dessous: Nina Gibelin Souchon
























