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Ménestrel | Au 9e, immersion dans un passé lointain

par Alain Brunet

Kerry Bursey et Janelle Lucyk accompagnaient la sortie d’un premier album homonyme (étiquette Leaf Music) d’un concert à la salle Art déco Le 9e presque pleine pour ce premier mardi de mars, question de bien conclure l’après-midi de travail et d’amorcer bellement  un soir de semaine. 

S’accompagnant au luth et au violon, le duo Ménestrel explore le répertoire ancien et baroque, entrelarde ainsi les airs dans un programme empreint de créativité. Voilà une heure apaisante, certes propice à un regain d’énergie dont on a grandement besoin à cette époque trouble.

Les rôles de soliste s’échange tour à tour entre le ténor qui assure le soutien harmonique au luth et la  la soprano qui en complète parfois la mélodie chansonnière avec son violon correctement joué.

Ainsi on amorçait avec Scarborough Fair, une chanson anglaise dont les premières versions remontent à quatre siècles, suivi d’un mélange de traditions du Québec et des Maritimes, issus de France et des contrées celtiques et propagées dans le Nouveau Monde dans ses région du nord-est.

 À la claire fontaine (traditionnel), Ma bergère tendre et fidèle (Michel Lambert , 1610-1696) et En montant la rivière (traditionnel) sont ainsi liés à une Mélodie du Cap-Breton et l’air écossais Fhear a’Bhàta (Le Batelier).

 Les voix des solistes sont pures et lumineuses, bien sûr sans la force de projection que confèrent les techniques lyriques perfectionnées après la période baroque. Ce qu’on perd relativement en volume pour les fans d’opéra, on le gagne absolument en pureté.  Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la technique opératique qu’on cherche  ici pour apprécier un tel répertoire, et ces voix sont pures, naturelles, sans vibrato. 

On sait que l’accompagnement au luth n’est pas courant dans le monde musical d’aujourd’hui et Kerry Bursey a néanmoins choisi de labourer un terrain fertile car le luth nous replonge vraiment dans les temps anciens et des ambiances musicales que l’on pouvait y vivre. Ce choix du luth comme instrument d’accompagnement a conduit l’artiste à interpréter l’Anglais John Dowland (1563-1626), luthiste, chanteur et auteur de chansons à l’époque élizabéthaine, le plus célèbre de cette époque, compositeur « emo » par excellence selon Kerry Bursey (non sans humour!)  mort il y a exactement 400 ans.  Le luthiste et ténor aura d’abord interprété Now o now I needs must part, harmonisé par le chant de Janelle Lucyk, le tout assorti d’une obscure chanson francophone, soit Le doux silence des bois (Honoré d’Ambruys, 1660-1702). 

Le répertoire de John Dowland sera également servi en conclusion de programme avec Can she excuse my wrongs? et Come again, sweet love. Avant quoi on aura passé par un mélange de chansons traditionnelles et classiques :  Se l’aura spira tutta vezzoza (Girolamo Frescobaldi, 1583-1643), le « standard » humaniste de la cour de Bourgogne Mille regretz (Joasquin des Prez, 1450-1521) et Si dolce è ‘l tormento (Claudio Monteverdi, 1567-1643).

D’autres chansons traditionnelles au programme auront étoffé ce concert, Once I loved with fond affection avec Janelle Lucyk pour soliste principale, version angélique précédée d’exécutions successives de  Kerry Bursey, soit deux chansons célèbres dédiées au merle :  la traditionnelle If I were a blackbird et, vous l’avez deviné, Blackbird des Beatles.  

Question de nous rappeler que les amoureux des lointaines époques du baroque et de la musique ancienne, sont bien vivants et ne renient aucune leur modernité tout en puisant dans notre lointain passé.

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