Alan Daniel Maman s’est forgé, au fil de deux décennies, une réputation d’archéologue le plus patient du hip-hop : c’est lui qui se cache derrière certains des beats les plus célèbres de Mobb Deep, Snoop Dogg, Eminem, Freddie Gibbs, Larry June, Armand Hammer, Action Bronson et Earl Sweatshirt. Il exhume de ses caisses de vinyles des samples de soul et de jazz dont la plupart des gens avaient oublié l’existence, puis les transforme en quelque chose qui résonne comme un souvenir bienvenu. Oui, sous le nom de The Alchemist, c’est lui qui a popularisé les sonorités de l’underground, un rap nonchalant mêlant boom bap, lo-fi et une multitude d’échantillons. C’est grâce à lui que je connais l’existence des rappeurs Larry June, Conway the Machine et Curren$y. C’est grâce à lui que j’écoute encore tout ce que Freddie Gibbs a sorti depuis Fetti en 2018. C’est aussi un monstre de la production musicale, qui sort sans cesse de nouveaux morceaux. En février, il a sorti un nouvel album en collaboration avec Larry June et Curren$y, intitulé Spiral Staircase, puis un nouvel EP intitulé LIQUID FORM fin juin. Il s’apprête également à sortir un autre nouvel album avec Boldy James et un album – pas vraiment secret – avec Erykah Badu…
Je ne savais absolument pas à quoi m’attendre de sa prestation de DJ en direct au Club Soda pendant le JazzFest. Allait-il simplement passer une sélection de ses plus grands succès, récents ou plus anciens ? Honnêtement, c’était ça, mais aussi un peu plus. The Alchemist dégage une énergie indéfinissable, c’est un gars qui incarne cette énergie typique de Los Angeles capable de faire bouger n’importe qui. Pendant son set, il a fait lever les poings et hocher la tête à tout le monde. Son installation était assez classique : une table de mixage de DJ avec quelques scratch pads qui font résonner ce son rap boom bap nostalgique de la côte ouest. Il avait également son propre micro pour hurler quelques « WHAT » ou « Vous êtes là et vous vous amusez avec moi, Montréal ? »
La plupart des morceaux étaient en fait des mix rapides qu’il enchaînait avec d’autres. Tout le monde s’est déchaîné sur sa collaboration avec Nas, « No Idea’s Original », qu’il a transformée en « 89 Earthquake », un morceau porté par le piano, issu de sa première collaboration avec Larry June, The Great Escape. Il avait passé « 60 Days », tiré du même album, quelques minutes auparavant, et m’a sincèrement surpris, ainsi qu’une partie du public, en rappant son propre couplet. Je ne m’en étais jamais vraiment rendu compte, et je m’en veux un peu, mais The Alchemist sait rapper comme un pro chevronné, et chaque fois qu’on ne parvient pas à distinguer qui rappe sur ses albums sans le nom de l’invité, c’est généralement lui. Cela prend tout son sens quand on se penche sur son parcours. Il faisait partie d’un duo de rap appelé The Whooliganz et est parti en tournée avec Cypress Hill et House of Pain dans les années 90, au sein du collectif de rap Soul Assassins.
Il a apporté un petit air de rap de la côte Est des années 2000 en entraînant la foule sur « We Gonna Make It », de Jadakiss. Je n’ai jamais vraiment aimé cette chanson, mais en live, on ne peut pas nier l’énergie qui s’en dégage, surtout quand ALC est au micro. Nous avons bien sûr entendu quelques morceaux d’Alfredo 2, son grand album suivant en collaboration avec Freddie Gibbs, et il semble que l’album préféré de The Alchemist parmi ceux sur lesquels il a travaillé soit le fantastique Life is Beautiful avec Larry June et 2 Chainz. Dans l’ensemble, le concert était vraiment très agréable, surtout vu d’en haut. Il a duré près de deux heures et m’a fait réaliser qu’il y a tellement de beats créés par The Alchemist que je n’ai pas encore découverts.























