Une nuit chaude et humide n’a pas empêché les mélomanes de se bousculer pour apercevoir et écouter la fusion entre musique caribéenne et RnB proposée par Naïka. La ville, qui venait tout juste de subir des conditions dignes d’une cage à poulets lors du concert d’Angine de Poitrine, bravait désormais la chaleur pour danser et chanter au rythme d’une musique au moins aussi torride qu’une soirée montréalaise à 30 degrés. Témoignage de l’ingéniosité du public et de la popularité de Naïka, une trentaine de personnes avaient grimpé sur le toit d’un bar aménagé dans un conteneur pour mieux voir, et refusaient de quitter leur place lorsque la serveuse les a réprimandées. Tout autour, d’autres avaient eu la même idée : se poster sur le socle en béton des lampadaires ou se faufiler sur les terrasses VIP surélevées, tout cela pour mieux l’apercevoir.
Dès le début du spectacle, l’artiste, très élégante, n’a pas tardé à se débarrasser de certaines couches de ses vêtements, dévoilant une tenue parfaitement adaptée à la météo. Je laisserai le soin à la dame qui se tenait derrière moi – et qui s’est exclamée « Elle est tellement jolie ! » – d’exprimer mes impressions personnelles sur ce moment. Le regain d’enthousiasme général de la foule semblait d’ailleurs aller dans ce sens.
En ce qui concerne la musique elle-même, Naïka proposait au public une sélection mêlant des influences de dub, de kompa, de reggaeton et de rock. En effet, la quasi-totalité de son répertoire semble privilégier les morceaux dansants, mélodiques et pleins d’ambiance. La caméra faisait souvent un panoramique sur des spectateurs qui chantaient en chœur ses morceaux.
J’ai particulièrement apprécié son interprétation de « For Gerard », dont certains se souviendront grâce à une vidéo virale dans laquelle elle explique que l’intro est un échantillon tiré d’un album enregistré par son grand-oncle, qui était doué pour siffler. Un autre moment fort pour moi a été « Layers », qu’elle a introduit en précisant que cette chanson s’adressait à toutes les personnes aux origines et aux parcours complexes, car elle avait souvent l’impression d’avoir du mal à trouver sa place ici ou là. On comprend aisément pourquoi elle a pu écrire une chanson comme celle-ci quand on apprend qu’elle est née aux États-Unis mais qu’elle a des racines en Haïti, en France et à Madagascar, et qu’elle a grandi dans plusieurs pays durant sa jeunesse.
Tout au long du concert, son groupe a vraiment tenu le coup et a constitué une base solide comme le roc sur laquelle elle a pu briller vocalement, mais le groupe a lui aussi eu l’occasion de se mettre en valeur. En particulier, la guitariste Christopher (elle ne nous a pas donné son nom de famille lors des présentations) a livré plusieurs solos impressionnants en mode mineur, résolument ancrés dans l’univers rock, qui étaient mis en valeur par des rythmes principalement caribéens et latins à la batterie.
En effet, son style de R&B pan-caribéen est difficile à décrire et, bien sûr, il vaut mieux le découvrir par soi-même. Je pense que le public l’avait parfaitement compris, puisqu’il a chanté, dansé et s’est bousculé pour trouver une place avec une bonne vue jusque tard dans la nuit.























