Le concert Viva Vivaldi de samedi dernier, 30 mai, soulignait non seulement la clôture de saison de l’Orchestre classique de Montréal (OCM) sous la direction d’Andrei Feher, mais surtout le 70e anniversaire des Petits chanteurs du Mont-Royal. Pour l’occasion, deux grands classiques signés Vivaldi, un compositeur dont la popularité ne se dément pas : les Quatre saisons, pour bien mettre en évidence les qualités de l’orchestre et surtout de son premier violon, Mark Djokic. Puis le Gloria, dans une version toute chorale, menée plutôt rondement par les quelque 150 choristes présents.
En intro de concert, l’Orchestre a joué une composition de Tom Lachance, dans le cadre, nous dit-on, d’un partenariat avec l’École Schulich de l’Université McGill. L’œuvre d’environ dix minutes, nommé Concerto pour deux violons en sol majeur, est un calque de l’architecture d’un concerto baroque du type de ceux écrits par Vivaldi. Trois mouvements marqués vif-lent-vif, un discours échangiste entre les solistes (Mark Djokic et Marianne di Tomaso ) et l’ensemble et des effets de contrastes marqués. Ici, les jeux se font entre les harmonies tonales et des dissonances modernistes, dans un va et vient qui n’a rien de surprenant, étant donné qu’on a déjà entendu ce genre de procédés plusieurs fois ailleurs. Cela dit, Tom Lachance a su exploiter le principe assez habilement, malgré sa prévisibilité, pour conserver l’intérêt.
Les Quatre saisons ont suivi, avec un Mark Djokic, première chaise de l’OCM, en très bonne forme. Celui qui s’était blessé à une jambe la veille, se déplaçait difficilement jusqu’à son poste, mais une fois installé, il a délivré une lecture vive et articulée des nombreuses lignes virtuoses de la partition. Sans être dénuée de quelques accrocs, la technique de M. Djokic est solide et confiante. On soulignera la belle tenue de l’OCM sous la baguette d’Andrei Feher, convaincant d’intensité. Celui-ci a mené son ensemble dans des attaques incisives et des tenues de notes finales assez courtes, informées par l’esthétique de performance historique, tout en permettant aux instruments modernes de l’Orchestre de pleinement résonner. Une rondeur sonore, donc, qui s’est bellement mariée à la pratique chirurgicale des rythmes. L’OCM a offert une fusion de la pratique authenticiste et d’une certaine opulence moderne qui m’a semblé très bien fonctionner. Au demeurant, Mark Djokic a lui aussi joué ce jeu en pratiquant le style urgent du baroque historique dans les mouvements rapides, mais en y allant parfois d’un lyrisme plus récent dans certaines lignes chantantes des mouvements lents. Un bel équilibre qui a satisfait le plaisir musicophile de votre dévoué chroniqueur.

La deuxième partie accueillait en grande pompe les quelque 150 jeunes choristes des Petits chanteurs. La Maison symphonique était remplie d’une majorité de parents et amis des garçons, et cela s’entendait. Peut-être un peu trop, surtout à cause des applaudissements entre chaque mouvement du début du Gloria! Un peu pénible, même si à un moment donné, le chef Andrew Gray (directeur des Petits chanteurs), et non Andrei Feher, qui lui avait laissé sa baguette pour l’occasion, a radicalement accéléré les transitions entre les mouvements, ne laissant pas le temps aux sprinters de l’applaus de s’exécuter.
Rappelons d’abord que le Gloria RV 589 est parcouru de quelques solos pour sopranos qui ont dû ici être remplacés par la section des jeunes garçons du chœur. Pour ce qui est des tutti choraux, vous aurez vite compris qu’à 150, la clarté et la netteté des lignes polyphoniques et surtout des contrepoints virtuose de plusieurs mouvements n’était pas chose aisée à bien mener. En tout et partout, finalement, Andrew Gray a su réaliser quelques moments qui ont laissé forte impression. À part quelques passages un peu bouetteux (le Gratias agimus tibi, 4e mouvement entre autres), difficilement dessinés dans une telle masse, les différentes voix étaient bien perceptibles, et l’agilité requise assez satisfaisante. Levons donc notre chapeau aux jeunes chanteurs et surtout à leur chef.
Je souhaite aussi souligner très fort l’excellence des solos offerts par les premières chaises de l’OCM. Le fameux solo de trompette dans le mouvement introductif était rien de moins que exquis. Aussi, de superbes lignes sonores ont été offertes par le hautbois et le violoncelle lors du parcours à travers l’œuvre.
En rappel, Andrei Feher s’est fait plaisir en reprenant la baguette et en dirigeant la masse de musiciens dans le Laudate Dominum RV 606 de Vivaldi.
Une soirée réussie pour l’OCM qui, on lui souhaite, remplira son carnet d’abonnements, ainsi que pour la pérennité des Petits chanteurs du Mont-Royal.























