baroque / folklore

Caprice au 9e | Telemann à la rencontre de la musique nomade

par Alain Brunet

Au cœur de la période baroque, l’Allemand Georg Philipp Telemann fut parmi les rares musiciens sérieux à faire fleurir son art sans le soutien direct d’une cour royale. Pour gagner sa vie, il entreprit notamment de se produire dans maintes contrées du continent européen, au-delà de l’espace germanique dont il était issu. Il croisa alors nombre d’artistes itinérants en Europe de l’Est, porteurs de traditions orales de qui il s’était ouvertement inspirés.

Voilà qui explique ce programme hybride présenté mardi dernier au 9e du Centre Eaton, par l’ensemble Caprice en version de chambre, c’est-à-dire en octuor incluant la soprano Janelle Lucyk. 

Fa mye mama, d’un compositeur inconnu, fut l’entrée joyeuse du concert, suivie de la Cantata Ertage nur das der Mängel, typique chant baroque entonné bellement par Janelle Lucyk.

Caprice enchaîna ensuite une série d’arias chéris jadis, tirés de la Collection Uhrovska 1730, manuscrit de pièces de danse d’inspiration tzigane pour violon composées anonymement en Hongrie et en Slovaquie au 18e siècle. Les arias Modéré, Pulcher, Anglicus, et Ballet Doctoris Fausti ad mensam, furent assortis d’un air aux paroles françaises, air interprété par le ténor (et guitariste) Kerry Bursey afin d’évoquer les résidences de Telemann en territoire français. Cette exécution sera ensuite  liée aux vocalises élégantes de sa collègue Janelle Lucyk, précédant un court moment festif et folklorique, ponctué par la percussion.

Le concert se poursuivra avec un aria de Telemann, Brecht meine müden Augenlider TWV4:17. Exécuté sur un rythme lent, le chant de la soprano est alors bercé par les flûtes et les cordes, à la manière de vagues qui concluent leurs ondulations sur le rivage. L’intensité dramatique de cette pièce atteint son sommet environ aux deux-tiers de l’exécution. vocalises à l’appui, et s’adoucit à la fin de l’œuvre. On y apprécie la polyphonie engendrée par les violons baroques (Lucie Ringuette et Tanya Laperrière), le violoncelle baroque (Jean-Christophe Lizotte), les flûtes (Matthias Maute et Sophie Larivière).

Entre deux pièces, le chef Matthias Maute évoque les voyages de Georg Philipp Telemann, polyglotte et voyageur insatiable, à la rencontre des musiciens nomades de qui il s’est profondément inspiré… et qui étaient associés au péché par les autorités cléricales de l’époque.

On goûte alors au très beau et typiquement baroque Concerto de Telemann en mi mineur pour flûtes (à bec et traversière), cordes et basso continuo. Voilà une belle plongée au 18e siècles en 5 courts mouvements, c’est-à-dire lorsque les flûtes de bois se liaient aux cordes des ensembles petits et grands.

Le reste du programme sera constitué de trois pièces tirées de la Collection Uhrovska 1730. On se souviendra du chant déambulatoire de Janelle Lucyk, qui arpentera les rangées, se mêlant ainsi au public attentif pendant l’exécution de Netrap zradna, suivie de Hungaricus 15, le tout coiffé d’une finale festive avec Iag Bari. Très jolie conclusion en trois temps, pendant laquelle Ziya Tabassian nous aura servi une démonstration de sa virtuosité au tambour sur cadre qu’il actionn avec les doigts de ses deux mains.

 « Écouter ces musiciens pendant une seule semaine fournit de l’inspiration pour le reste d’une vie », aurait affirmé le compositeur allemand à l’époque, cité par Matthias Maute. On se dit alors que ce mode de vie et cette ouverture aux musiques nomades avait assurément séduit les protagonistes du renouveau baroque dans les années 60-70, sensibles à la contre-culture hippie de l’époque.

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