Pays : Canada Label : AWAL Genres et styles : alt-rock Année : 2025

The Beaches – No Hard Feelings

· par Marilyn Bouchard

Ce quartette féminin de Toronto électrocute de nouveau la scène alt-rock avec No Hard Feelings, un opus de 11 chansons rempli d’intimité, de sarcasmes, d’indignations et de mélancolie. Propulsée par la chanson blâmant l’ex de la chanteuse Jordan – tout le monde te connaît, Brett! – devenue virale sur TikTok issue de leur deuxième album Blame My Ex, la bande de filles a un talent indéniable pour les mélodies mémorables et les paroles incisives. Vulnérabilité et énergie déchainée.

Tirant leur nom du quartier dans lequel elles ont grandi ensemble, The Beaches reviennent ce 29 août avec un album beaucoup plus personnel et où aucun thème n’échappe à leur filtre à la fois cynique et optimiste : les insécurités, les chicanes, les ruptures, les fans, l’identité et l’estime personnelle sont toutes passées au tordeur sous la voix puissante et nuancée de Jordan avec une production allant à l’essentiel : des guitares qui grattent, des percussions qui déferlent et de la passion qui ne perdent jamais de vue l’objectif de donner envie de danser, réconciliant le pop avec les dures vérités.
L’album démarre sur la courte et amusante Can I Call You in The Morning? avec une ligne de guitare par Kylie, la chanson étant inspirée de son histoire remplie de confusion, pour explorer les regrets de paroles et d’actions dépassant notre pensée avec la voix immédiatement captivante de Jordan qui nous chante « I’m do re mi * so/ So unemotional », établissant tout de suite le ton d’honnêteté brute de l’album en parcourant des influences new-wave.

Did I Say Too Much suit, avec son rythme effrené, ses riffs efficaces et la voix de Jordan qui prend des teintes sulfureuses, ne manquant pas de faire sourire malgré le propos inconfortable, dérivé de l’expérience d’Earl devant constamment partager ses petites amies avec leur amoureux.

Sorry For Your Loss, l’une des plus sarcastiques de l’album aux influences power-rock, nous sert de petits bijoux d’auto-affirmation et un cours en estime de soi qui insuffle force et énergie à travers des paroles comme « Please get well soon / If I left me I’d be lovesick too ». Le joli clin d’œil à Blondie, Touch Myself, enchaîne sur une mélodie créant la dépendance où Jordan penche un peu plus vers un romantisme insoutenable et destructeur, avouant son impossibilité d’oublier l’autre sur une mélodie tout aussi impossible à oublier nous servant des confessions sensuelles « But I’m scared to even touch myself/Cause when I do I think of you ». Fine, Let’s Get Married arrive tout de suite après, avec son synthé pop et son refrain savoureux, pour nous parler avec amusement du sujet difficile de devoir rester dans une relation malgré soi. Vient la sombre Takes One To Know One, avec une légère teinte à la Soko dans ses textures, dont on sent la lourdeur de la charge émotive, et I Wore You Better, la sœur de l’autre où cette fois, l’hymne au cœur brisé est accompagnée d’un solo électrisant et à propos de quelqu’un ayant fait du mal plutôt qu’étant parti.

Moment parfait pour Dirty Laundry, où Jordan redonne la responsabilité à ceux qui l’échappent dans sa vie sur une partition faisant un crescendo d’assurance et des voix plus expérimentales. L’excellente Lesbian of the Year arrive ensuite, remplie de lenteur et de mélancolie, pour nous entraîner dans des sonorités plus dream-pop alors que Jordan se montre sous un angle plus vulnérable pour avouer ses failles avec sa voix remplie de gravité sur cette chanson nécessaire.

Enfin, l’écoute se termine sur les deux hits absolus : Jocelyn, composée pour les fans et relatant l’histoire d’un amour impossible où l’un manque d’estime « Don’t put me on a pedestal/ You’re only gonna see me fall » sur fond de mélodie créant la dépendance et Last Girls At The Party, qui s’impose comme l’incontournable des partys de 2025, en nous laissant sur le message clair que les filles ne sont pas prêtes de s’en aller nul part.
Un album comme on les adore qui, sans réinventer la roue, est rempli de rock, de fun, d’honnêteté et d’émotions brutes qui parviennent à insuffler de la fraîcheur à l’attitude et aux thèmes en ne nous laissant pas oublier qu’elles sont là pour faire le party, même si c’est un party un peu violent.

Poursuivant le travail de contraste initié récemment par Charli XCX entre le fond et la forme, The Beaches réussissent à rendre l’ennui et la tristesse dansantes mieux que bien d’autres auxquels on les compare. C’est sans contredit l’album qui était attendu par les fans de la première heure et qui leur permettra d’en rejoindre de nouveaux tout en cimentant leur importance grandissante sur la scène alt-rock. 5 JUNOS et deux ouvertures des Rolling Stones depuis leur quartier d’adolescence torontois, les quatre filles y font le constat qu’elles ne sont pas prêtes de laisser leur place de groupe rock féminin le plus intéressant des dernières années.

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