Classica 2026 | Elisabeth Pion, Arion Orchestre Baroque, 3 concertos pour piano de Beethove

Entrevue réalisée par Jeremy Fortin
Genres et styles : classique

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Dans le cadre du festival Classica,  la pianiste Élisabeth Pion interprète les trois premiers concertos pour piano de Beethoven,  première collaboration autour d’intégrale d’œuvres. Pour cette occasion, PAN M 360 s’est entretenu avec Élisabeth pour discuter du concert qui se déroulera à la Paroisse Catholique de Saint-Lambert.

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PANM360 :  Tu présentes dimanche un premier concert portant sur l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven, qu’est-ce qui  t’intéresse dans l’idée de faire des intégrales d’œuvres?

Élisabeth Pion : Je n’ai pas fait vraiment d’intégrale dans ma vie. C’est donc assez nouveau pour moi. La seule chose à laquelle je peux penser, c’est l’intégrale des études op.25 de Chopin récemment. Je dirais que c’est un nouveau désir qui a émergé peut-être avec l’âge, mais j’avais surtout très envie de me plonger dans le langage d’un compositeur.

Puis, je crois qu’en jouant plusieurs pièces d’un compositeur, on comprend mieux sa façon de créer, de fonctionner, mais aussi, d’une manière générale, sa vision de la musique et la manière dont chaque œuvre émerge l’une de l’autre. C’est vraiment fascinant de voir l’évolution à travers les concertos.

Je pense aussi que je fonctionne bien quand je suis en immersion. Donc de pouvoir jouer tous les concertos, je trouve que ça me donne vraiment une relation intime à ceux-ci, et donc, une compréhension en profondeur de chacun.

PAN M 360 : Comment trouves-tu qu’en tant qu’interprète, quand on fait des intégrales, on a une approche différente qu’à l’habitude face aux œuvres?

Élisabeth Pion : Oui, l’approche est différente parce qu’on fait plus de liens. Il y a des thèmes ou des traits que je suis comme « ah, mais ça, c’est comme l’empereur avant l’empereur ». Il y a des bouts dans le premier concerto ou même dans le deuxième qui préfigurent ça. Donc, même dans ses œuvres de jeunesse, on a déjà dû Beethoven mature à l’intérieur aussi. C’est vraiment fascinant de voir comment chaque œuvre le révèle à lui-même.

Puis je te dirais que dans l’approche, je pense que c’est juste plus intensif. C’est plus de recherche, plus d’investissement. Mais en même temps, je dois dire que même quand je joue seulement une œuvre de quelqu’un, je fais autant de recherche. J’aime beaucoup écouter le reste du répertoire qu’ils ont écrit pour m’imprégner du style du compositeur.

PAN M 360 : Pour ce concert, tu joues les trois premiers concertos. Y a-t-il une raison particulière dans le choix de cette division des concertos?

Élisabeth Pion : Je pense que c’est logique si on veut montrer le développement organique du style de Beethoven. De plus, les deux derniers concertos ont vraiment un univers et un style propre à eux qu’on ne retrouve pas dans les trois premiers.

Dans les deux premiers, on est vraiment encore dans le style classique. On entend beaucoup Haydn et Mozart, le troisième, on entend vraiment Beethoven, au même titre que son premier trio en do mineur, c’est vraiment sa propre voix qui émerge davantage.

Mais le quatrième, on entre dans un univers qui est beaucoup plus mystique, surréel. Donc, je trouve qu’il y a vraiment une division claire, quand même, entre l’univers des deux premiers et du reste des concertos qui ont un univers propre à chacun.

PAN M 360 : Selon toiu, qu’est-ce qui ressort d’intéressant dans chacun des trois premiers concertos?

Élisabeth Pion : Au niveau de la forme, c’est très semblable. Je dirais que c’est le style de chacun et ce qu’il représente individuellement qui changent au fil des concertos.

Le deuxième concerto est plus espiègle, c’est très frais, très joueur. Le premier est comme une marche, mais glorieuse. Il y a déjà quelque chose de plus triomphant, je trouve. Déjà là, on se rapproche un peu plus de Beethoven, parce que le côté triomphant, ça se retrouve, dans pas mal toute son œuvre, par exemple l’Ode à la joie. On a donc quelque chose de solaire et de très déclamatoire.

Le troisième concerto, on est dans le drame, le pathos. C’est plus sombre, désespéré ou encore tragique. On a quelque chose qui commence à être mystique dans la recherche aussi. Puis après ça, ça commence à s’approfondir dans le quatre et le cinq, mais le cinq, c’est comme le couronnement de la gloire.

Donc ouais, je les aime tous. Puis, vraiment, c’est une chance de pouvoir tous les côtoyer.

PAN M 360 : Comment ça s’est déroulé, cette collaboration avec Arion?

Élisabeth Pion : Ça fait longtemps qu’on se connaît. En fait, c’est grâce à Marc Boucher, il nous avait jumelés pour un concert à Classica en 2021 où on avait fait deux concertos de Mozart et, tout de suite, il y a eu vraiment une très bonne chimie.

Après ce concert-là, j’avais joué en rappel une étude de Mongeroult. Puis, Mathieu (Lussier), il était vraiment touché par cette musique-là. Il m’avait demandé si elle avait écrit des concertos.

J’ai commencé à faire de la recherche en collaboration avec la bibliothèque à Paris, qui a eu les partitions, et j’ai découvert qu’elle avait en effet des concertos et qu’ils n’avaient jamais été enregistrés. On a donc enregistré un concerto de Mozart et le premier concerto de Mongeroult en 2023 sous l’étiquette Atma classique dans un album nommé Amadeus et l’Impératrice, en plus de les jouer à la salle Bourgie.

 Après ça, Marc Boucher a entendu mon enregistrement Amadeus et l’Impératrice, puis il était comme « Ok, là, il faudrait que vous fassiez une intégrale des concertos de Mozart. »

Je trouvais qu’il en avait trop, que ça me prendrait énormément de temps, mais il a ensuite mentionné Beethoven, qui, n’en a que cinq et j’ai trouvé cela très intéressant.

Je me pose souvent la question, « Est-ce qu’Élisabeth, 80 ans, serait contente d’avoir pris cette décision-là? » Et je me suis dit que oui, elle serait contente d’avoir appris tous les concertos de Beethoven quand même assez jeunes parce qu’après ça, je peux évoluer avec eux toute ma vie. C’est vraiment un investissement de temps et d’énergie artistique qui en vaut la peine et que j’ai envie de faire. Surtout avec Mathieu, puis Arion. C’est tellement une superbe collaboration. C’est une joie de les retrouver dans un nouveau répertoire. Il y a vraiment un sentiment de communauté où tout le monde s’écoute.

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