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FIJM 2026 | We Want Miles… et aussi l’auréole de mystère, le pouvoir hypnotique, le génie de la direction

par Alain Brunet

Composé par Josef Zawinul, le riff emblématique de In a Silent Way était l’amorce de ce programme dédié à Miles Davis(1926-1991), sous la signature de Marcus Miller. On se souvient que ce dernier fut le bassiste principal durant la dernière phase du trompettiste, qu’il fut au centre de l’album Tutu, le plus renommé de ce cycle, et aussi quelques prolongements tel Amandla. On devine pourquoi Marcus Miller a été choisi pour mener à bien ce concert commémoratif présenté en ouverture du FIJM, le jeudi 25 juin à la Maison symphonique.

Jeune adulte, j’avais adoré cette période du trompettiste (1981-1991) dont on célèbre le centenaire en 2026. Pour tous les festivaliers du jazz à MTL, Miles était un héros. Sa résurrection de 1980 après 5 ans de stupre le propulsait très haut dans la mythospère. Et il décéda en 1991.

Aujourd’hui, cependant, j’avoue que mon inclination pour ce cycle des années 80 a sérieusement décliné, soit 35 ans après la mort prématurée (et encore intrigante) de la célébrissime créature.

À l’époque, j’ai eu Miles plusieurs fois dans ma face, reconnaissant et galvanisé par cette proximité avec un mythe vivant. On s’extasiait devant son flair, son goût indiscutable et son pouvoir attractif auprès des plus cool jazzmen émergents de l’époque – Mike Stern, Bill Evans (le saxophoniste), Al Foster, John Scofield, Bob Berg, Mino Cinelu, Marilyn Mazur, Adam Holtzman, John Beasley,  Robert Irving III, tant d’autres.

Alors on ne s’étonnera pas que Stern, Cinelu et  Beasley aient accepté l’offre de Marcus Miller : jouer les années 80, un soupçon des années 60-70.

Fat Time, Jean-Pierre et tant d’autres ayant fait notre bonheur jadis, quatre décennies plus tôt. Jeudi soir, il n’y avait plus ce contexte. Russell Gunn, qui jouait la trompette pour l’occasion, a un style beaucoup plus robuste que le mythe évoqué. On ne demandait pas une imitation de Miles mais un esprit  plus proche.  Quant au batteur Anwar Marshall, qui n’était pas né lorsque ces pièces furent conçues et exécutées, il offrait un jeu plus lourd que celui d’Al Foster à l’époque; excellent musicien jazz-funk, pas sûr que je l’aurais choisi.

En bref, Marcus Miller a été capable de réunir de proches témoins du cat des cats sans pour autant mener cette réunion à la transcendance. Voilà un concert sans  auréole de mystère. Sans le pouvoir hypnotique de Miles, sans sa direction géniale en temps réel, ces structures fort simples perdent une part de leur substance.

Bien sûr, Mike Stern et Bill Evans jouent encore bien, mais ce concept de groove jadis auréolé de Miles, structures fort simples avec peu de changements harmoniques, charpentes jazz-funk assorties de thèmes mélodiques souvent minimalistes, me semble la moins intéressante de sa trajectoire. Oui, on peut en faire des gammes dans un tel contexte, mais ça vire rapidement à l’exhibition. Le mashup de In a Silent Way et Bitches Brew aurait pu nous ensorceler, il n’en fut rien.

Assister ensuite à une quarantaine de minutes des Headhunters n’avait rien pour se réconcilier avec les années 70 et 80 et ses cycles d’illumination pour les ados que nous étions alors. Le batteur Mike Clark, superbe musicien au demeurant, et son complice percussionniste Bill Summers, surfent encore aujourd’hui sur leur très lointaine collaboration avec Herbie Hancock. Avec claviers, saxos et basse, ils ramènent les sexagénaires à leur adolescence, échafaudent des grooves solides, sans imagination… et c’est tout.

Crédit photo: Victor Diaz Lamich

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