Stéréo Africa Festival – Des concerts à n’en plus finir

par Sandra Gasana

L’une des soirées tant attendues du festival était bel et bien celle du vendredi soir, à la Maison de la Culture Douta Seck. La programmation annonçait plusieurs têtes d’affiche, notamment Ali Beta mais la légende vivante Cheikh Lô était également présente.

C’est d’abord Nelida Karr qui inaugure la scène principale, avec sa guitare mais cette fois-ci, elle était accompagnée d’un pianiste, qui n’était pas présent lors de sa petite performance au cocktail d’ouverture (lien). Son jeu de guitare est tout simplement époustouflant, alors qu’elle mélange sa langue natale de Guinée Equatoriale, l’anglais et l’espagnol dans sa musique. Vêtue d’une tunique verte et d’un foulard assorti, c’est encore une fois son sourire qui contamine les festivaliers. D’ailleurs, elle interagissait beaucoup avec eux, en leur faisant chanter des passages ou des mélodies. “Dans la prochaine chanson, ce que vous ressentez en ce moment, c’est le thème de la chanson”, annonce-t-elle avant d’entonner les premières notes.

Après une courte pause du côté de la section gastronomique, quel ne fut pas mon plaisir lorsque je découvre un kiosque de cuisine éthiopienne. Et le plus drôle c’est qu’il était tenu par une femme qui allait dans la même (seule) école française d’Addis-Abeba. Il n’y avait donc pas de doute, il fallait que je goûte à la cuisine de Geeza et que je me replonge dans l’enfance immédiatement. Elle servait notamment du café éthiopien et du thé aux épices, que j’ai eu le plaisir de goûter.

Est venu le temps d’aller découvrir le spectacle qu’Ali Beta avait prévu pour nous. Accompagné de plusieurs musiciens, dont certains étaient familiers puisque je les avais vus sur scène durant le Jazz Up. D’emblée, il commence avec un morceau énergisant, sans détours. Afro-Jazz oui, avec des touches d’Afrobeat, mais surtout une présence scénique remarquable. Il interagit par moments en s’adressant au public, en les invitant dans son univers avec ses mots, avant de reprendre en musique. Un conteur, ça il l’est, en plus de ses nombreux chapeaux. 

Petit détour vers la deuxième scène pour découvrir une artiste que je ne connaissais pas : Samira Fall. Slameuse, elle maîtrise l’art de la mise en scène dès son entrée sur scène. Elle joue avec les mots et nous a émus même si je ne comprenais pas. C’est le pouvoir de l’art. Elle prenait le temps de traduire certains passages, nous faisait chanter en wolof par moments, notamment en nous faisant répéter lan mo dess, qui signifie « Que restera-t-il ?» en wolof. Elle était accompagnée de son guitariste et de son claviériste et était vêtue aussi d’une tunique noire et qui allaient avec ses tresses. Elle dédie une de ses chansons aux non-conformistes, qui étaient sûrement nombreux ce soir-là.

La première des deux soirées de concerts s’est clôturée avec le monument Cheikh Lô et son groupe formé de dix musiciens. Malgré son âge avancé, il est toujours là sur scène, parfois debout parfois assis, mais avec la même énergie. Il prend même la place de son batteur, nous partageant sa maîtrise de cet instrument, avant de revenir sur la scène. Certains de ces rythmes sont teintés de sonorités latines, mais on retrouve le mbalax entre autres styles, surtout dans le dernier morceau joué. Vêtu d’une veste militaire avec de la fourrure, et d’une ceinture autour de la taille, l’artiste au chapeau a toujours la touche et passe du chant à un tambour installé devant la scène sur laquelle il tapait par moments. Du haut de ses 70 ans, cet artiste a encore beaucoup de choses à partager et chaque concert devrait être à guichets fermés puisque nous sommes chanceux d’avoir des légendes vivantes sur les scènes nationales et internationales. En effet, Cheikh Lô était à Montréal il y a quelques mois, accompagnés de plusieurs autres artistes sénégalais.

Crédit photo: Cheikh Oumar Diallo

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