Festival Vibrations UdeM | Musique, diplomatie, propagande

par Michel Labrecque

Passer trois jours à parler de musique, de propagande et de diplomatie ? Pour le journaliste social, politique et culturel que j’ai été pendant quarante ans, à Radio-Canada, ça paraissait intriguant.J’ai passé toute la journée du 17 octobre à la Faculté de Musique pour écouter des conférences et interviewer des participants.

Pour tout vous dire, c’était parfois un peu trop éthéré ou niché à mon goût, comme les chercheurs universitaires peuvent parfois faire, mais j’ai appris des tas de choses et pas seulement en musique. 
Savez-vous qu’à la fin du 17e siècle, l’Espagne occupait entre le tiers et la moitié de l’Italie ? Que la France et l’empire Austro-Hongrois se disputaient l’autre moitié ? Moi pas. Vous rappelez-vous qu’en 1935, l’Italie fasciste a envahi l’Éthiopie, causant 275 000 morts Éthiopiens et 15 000 morts Italiens ? Que les Etats-Unis, sous le républicain John Eisenhower, distribuaient des instruments de musique aux pays moins favorisés ?

Que la BBC, la radio publique britannique, s’est servie abondamment de la musique destinée aux alliés de l’étranger pour faire passer ses messages de solidarité pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans tous ces événements, la musique a joué un rôle, diplomatique ou de propagande. Au 17e siècle, des opéras ont été créés ou altérés pour convaincre les Italiens de la noblesse de changer d’allégeance. Dans les bulletins d’actualité britanniques diffusés dans les cinémas pendant les années trente, la musique jouait un rôle très important; la musique « civilisée »blanche était souvent mise en contradiction avec la musique « sauvage » des pays colonisés.

Tous ces chercheurs, venus d’une dizaine de pays, nous offraient des exemples ciblés pour comprendre le rôle de la musique dans la diplomatie ou la propagande. Et surtout, qu’il est difficile de distinguer ces deux termes. Où s’arrête la diplomatie et commence la propagande, ou vice-versa ?

On a aussi évoqué des exemples plus récents, sur lesquels j’aurais aimé qu’on s’étende plus longuement: les cérémonies olympiques, entre autres. Vous serez sans doute d’accord avec moi, si je vous dis que celle des JO de Paris en 2024, donnait, par la musique, une impression d’audace et d’innovation française. Était-ce de la diplomatie ou de la propagande ? Ou seulement de l’audace ?

« La politique, la diplomatie et les arts sont liés beaucoup plus qu’on pense » me dit Frédéric Ramel, chercheur en politique internationale à Science-Po Paris. Ce politologue a choisi de s’intéresser à ce qu’il appelle « le sensible », qui inclut les émotions et les arts. « On a tendance à considérer que c’est moins important que le militaire ou la stratégie politique, je ne suis pas si sûr », ajoute-t-il.

Un exemple ? Le Qatar, cet Émirat arabe connu pour avoir accueilli la Coupe du Monde de soccer et pour abriter certains dirigeants du Hamas palestinien, « a mis de l’avant une femme, Dana Al Fardan, chanteuse et compositrice à la charnière de la musique classique et pop, comme ambassadrice culturelle de ce petit pays. Mettre une femme de l’avant est très important pour l’image de ce pays conservateur à l’étranger », note Frédéric Ramel.

Pour lui, il s’agit ici d’un exemple de propagande musicale. Au niveau diplomatique, de nombreux pays, dont le Canada, font tourner des artistes musicaux à l’étranger. « La France le fait constamment, notamment aux États-Unis; la musique a un pouvoir et une puissance », conclut Frédéric Ramel.

Le politologue français ajoute que ce ne sont pas que les États ou le monde politique qui peuvent utiliser la musique à des fins diplomatiques. En Italie, dans certaines villes, on fait dialoguer des migrants et des citoyens sous forme d’ateliers musicaux. Ce dialogue adoucit les mœurs et facilite la cohabitation.

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