J’adore le nom Super Galaxy Meow Meow. Il y a quelque chose de ludique et d’un peu éclaté dans ce nom qui fonctionne étonnamment bien avec l’univers de Reciprocity, une performance laser tout aussi libre dans sa forme.
Nous sommes dans un tout autre environnement pour cette deuxième journée de la série Play, dont le programme était présenté dimanche à l’Atrium des Grands Ballets. La configuration de l’Atrium des Grands Ballets qui structurait la soirée précédente (un écran, des performeurs, une frontalité assez classique de la performance audiovisuelle) a disparu. Une autre forme de tangibilité se met en place, plus diffuse, où la lumière ne vient plus simplement habiter une surface de projection, mais semble pouvoir circuler dans l’espace. Cela m’a d’abord fait questionner les places assises en hauteur. Depuis ces points de vue, qu’est-ce qu’on regarde exactement lorsque l’image n’est plus contenue dans un écran?
Super Galaxy Meow Meow lance la soirée par une conversation entre laser et son. Dans Reciprocity, Tom Hulland construit et active en direct un système TouchDesigner qui génère les visuels, pilote les motifs laser et les fait notamment intervenir sur les images produites par le système. Wawa, de son côté, façonne le son dans Ableton Live à partir des signaux générés par les lasers, auxquels elle ajoute des éléments rythmiques et qu’elle rééchantillonne continuellement pour faire évoluer les textures. Le son revient ensuite moduler le système visuel et laser. La boucle est donc littéralement réciproque, aucun médium ne prend complètement le dessus, chacun devient à son tour matière pour l’autre.
Cette logique m’a rappelé, d’une certaine manière, le travail de Max Cooper présenté l’année dernière, où les lasers venaient tracer par-dessus les images. Ici, cependant, le rapport semble aller plus loin, le laser n’est pas seulement une couche visuelle supplémentaire, mais devient une manière d’écouter et de produire du son. L’image et le son se construisent ainsi dans une forme d’écoute mutuelle, qui rend chaque moment difficile à reproduire exactement.
J’ai particulièrement apprécié la simplicité méditative des motifs lumineux. Leurs formes et leurs répétitions installaient quelque chose de presque circulaire, qui m’a permis de me détendre complètement malgré l’intensité très club de la musique de Wawa. Il y avait une belle stabilité dans les vibrations sonores, tandis que les variations visuelles introduisaient progressivement de petites perturbations dans cette continuité.
Ce qui m’a surtout intéressée est la manière dont le duo prend le temps de pousser certains rythmes un peu plus loin, sans chercher immédiatement à produire une rupture. La progression se fait lentement, presque imperceptiblement, d’une musique et de motifs qui semblent tourner sur eux-mêmes, la pièce glisse peu à peu vers une ambiance plus franchement club, jusqu’à ce que la couleur commence elle aussi à prendre sa place sur les murs. Cette montée soutenue crée une curiosité particulière. On reste dans l’attente de ce que le système va faire de lui-même, tout en sachant qu’il dépend des gestes et des décisions des deux artistes.
C’est peut-être là que le titre Reciprocity trouve le mieux son sens. La réciprocité n’est pas seulement celle du son et de la lumière, mais aussi celle qui s’installe entre les artistes, leurs outils et le public. On assiste moins à une œuvre qui nous est présentée qu’à un système qui se cherche, s’écoute et se transforme en temps réel.























