électronique / expérimental / contemporain / immersif

MUTEK 2026 | dreamachine, hypnose et thérapie

par Félicité Couëlle-Brunet

Il y a de la musique d’Ouri quand les portes s’ouvrent. Sa voix me ramène aussitôt à une journée d’été au parc Lafontaine avec elle et Charline Dally, que je m’apprête à retrouver un an plus tard, sur scène une fois de plus. Cette fois dans le contexte du programme Play 1, présenté par MUTEK à l’Atrium des Grands Ballets.

Signée par l’artiste sonore Estelle Schorpp et l’artiste vidéo Charline Dally, la pièce part d’images personnelles tournées à la caméra DV, depuis un Shinkansen et sur des lignes ferroviaires hongkongaises. Les deux artistes les travaillent par rétroaction analogique. Le signal vidéo se boucle sur lui-même et se déforme en coulées de couleur mouvantes, qu’elles associent à des prises de son de terrain et à de longues textures de synthétiseur, pilotées par des processus algorithmiques. On en ressort avec l’impression d’avoir longuement regardé par la fenêtre d’un train, sans trop savoir si l’on veillait ou si l’on rêvait.

Le titre du spectacle renvoie directement à la Dreamachine conçue en 1960 : une machine d’optique pensée pour détendre le cerveau. Cette filiation m’occupe après la performance en raison du côté de l’intention derrière la fabrication de ces images et de ce concept visuel, mais aussi du côté de son fonctionnement réel, de son utilité. Ça rejoint l’idée de la Functional Music, ce courant qui compose en empruntant des chemins hors du cadre occidental, pour faire de la musique un véritable outil thérapeutique. Face à l’œuvre d’Estelle et Charline, j’ai cette même possibilité d’écoute : de mon corps, de ma respiration…

Cette expérience corporelle ouvre sur une question plus large : et si elle devenait une autre manière de catégoriser l’art ? On pourrait l’explorer en opposant le hardware et le software, d’un côté, au wetware de l’autre — le corps vivant lui-même comme substrat et système d’expression —, une distinction proposée par Erin Gee lors de son panel du Forum MUTEK. Vue sous cet angle, une pièce comme dreamachine ne se contente pas d’être regardée : elle s’adresse directement au wetware du public.

Ce genre de performance, du moins tel que je la perçois, propose une autre approche de l’art : elle nous remet en question par rapport au contexte dans lequel on le consomme. On n’est plus tout à fait spectateur au sens habituel ; on est accompagné, presque traité, le temps d’une demi-heure.

Le début, avec le train qui se met en marche, reste pour moi le moment le plus marquant de la pièce, comme un départ dans un voyage. On nous embarque simplement dans un déplacement, et c’est peut-être ce choix, plus que tout autre, qui installe le ton du reste, et qui impose, en filigrane, la question du temps : celui du voyage en train, suspendu et sans destination fixe, celui d’un état hypnotique où l’on ne sait plus très bien combien de minutes se sont écoulées.

Photo : Nina Gibelin Souchon

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