Un des batteurs les plus excitants de la nouvelle génération du jazz montréalais, Jacob Wutzke multiplie les apparitions sur les scènes de la Métropole (Upstairs, Dièse Onze et assez souvent au nouveau Cabaret Jazz L’Entracte) avec une large affiche de collaborateur-trices. Fin 2025, il nous avait offert un excellent album en quartette, Pedalling Falsehoods, teinté de Hard Bop bien éduqué, mais aussi inspiré.
Ici, c’est en format duo saxophone-batterie, appareillage moins fréquenté, qu’il propulse sa créativité en agréable symbiose avec celle de son complice vancouvérois Lucas Dubovik, tout aussi éloquent.
Impro libre mais structurée
Dans un studio montréalais, les deux artistes sont arrivés sans prérequis, avec la simple intention d’explorer les régions les plus inattendues de leurs inspirations automatistes. On pourrait penser qu’une séance d’improvisation spontanée mène à un jazz libre Albert Ayler-esque, atonal et arythmique. Mais non. Ce Double Down de messieurs Wutzke et Dubovic est étonnamment mélodique et pulsatif. Les garçons sont des classicistes du Hard Bop bien éduqués qui trouvent leurs repères dans des structures (architecturales, harmoniques et rythmiques) compréhensibles, bien que savantes.
Mais c’est bien une fois ces repères établis qu’ils savent bifurquer vers des zones plus étonnantes grâce à des élans surprenants, le tout avec une grande facilité et beaucoup d’intuition. Leur coordination presque quantiquement intriquée témoigne d’une camaraderie de longue date, tout aussi solide que respectueuse.
Deux reprises étonnantes
Sur les sept titres, cinq sont des compos sur le tas, et deux sont des reprises tout aussi singulières (Good Bait de Dameron/Basie, et Jingles de Wes Montgomery). Good Bait conserve le côté stomp de la musique du Count, mais comme dépouillée de ses apparats scintillants. Forcément, puisqu’un sax et une batterie doivent jouer le rôle d’un big band. Ça marche surprenamment bien.
Pour sa part, Jingles de Montgomery se pare ici de couleurs et de rythmes qui fusionnent la bossa et l’orientalisme arabisant. Une transformation totale, et géniale.
Un album de musicalité organique et intuitive.
Lucas Dubovik // saxophone
Jacob Wutzke // batterie






















