Notre-Dame de Paris, le fameux musical signé Luc Plamondon et Richard Cocciante, inspiré de l’œuvre de Victor Hugo publiée en 1831, approche la trentaine et s’inscrit désormais parmi les classiques de la francophonie. Sous la forme symphonique d’une version concertante pour chanteuses et chanteurs lyriques, l’occasion était venue: Marc Boucher, directeur artistique du festival Classica, a mené son idée à bon port, Simon Leclerc en a piloté le vaisseau jusqu’à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue à Longueuil, en cette magnifique soirée du vendredi 12 juin.
Le maestro et arrangeur/orchestrateur/compositeur a effectivement respecté le texte, tout autant que la mélodie en conférant aux chansons une riche proposition harmonique. Les meilleurs procédés orchestraux du post-romantisme, de l’impressionnisme et des débuts de la musique classique moderne sont parfaitement maîtrisés par Simon Leclerc.
On se trouve au cœur de cette symphonie moderne restée fidèle au système tonal, pour le plus grand plaisir de la majorité mélomane, de Prokofiev à Ravel en passant par Bernstein. On s’en délecte!
Pour l’occasion, le maestro québécois devait travailler l’Orchestre Classique de Montréal (OCM), constitué d’une cinquantaine de musiciens de fort bon niveau et qui participent à cette actuelle explosion symphonique sur le terrain de la pop culture.
La sélection des solistes était soignée : la soprano Natacha Demers (Fleur-de-Lys), la mezzo-soprano Rose Naggar-Tremblay (Esmeralda), le ténor Emmanuel Hasler (Quasimodo), le baryton Gino Quilico (Frollo), le baryton Pierre Rancourt (Gringoire), le baryton Anas Séguin (Clopin), le baryton Thomas Vinal (Phoebus).
En incluant l’ouverture, 24 des 52 airs de la production originelle ont été repensés dans un contexte symphonique et lyrique. Ç’aurait pu être précieux et empesé, il n’en fut rien.
Les deux solistes les plus importants du programme ont en ont littéralement transcendé la proposition. Rose Naggar-Tremblay est une surdouée de l’art vocal, sa tessiture est hallucinante car elle peut atteindre les registres d’une soprano et d’une contralto. Qui plus est, sa présence scénique et sa grande sensualité sont idéales pour le rôle d’Esméralda. Le ténor français Emmanuel Hasler a été aussi bouleversant dans le rôle de Quasimodo, peut-être le plus incarné de tous les rôles dans cette relecture de Notre-Dame de Paris. Sa superbe technique était exclusivement au service de l’art et de l’émotion, elle disparaissait au profit de la trame dramatique et des grands airs lui étant attribués. On retiendra aussi la très belle performance de Natacha Demers, excellente soprano. Enfin bref, très peu d’anicroches chez toustes les solistes sauf quelques raideurs mélodiques et rythmiques d’entrée de jeu, première oblige.
Un opéra en bonne et due forme s’ensuivra-t-il? Il faudrait alors compléter le travail , c’est-à-dire recomposer la trame orchestrale de 28 autres chansons, remettre le tout dans l’ordre de la trame dramatique (ce qui n’était pas le cas vendredi), prévoir une scénographie et une mise en scène… Voilà autant d’investissements considérables que l’on souhaite à Classica. Et, bien sûr, à Luc Plamondon qui affichait présent vendredi, du haut de ses 84 ans.























