Toute catastrophe stimule, ironiquement, la créativité artistique. Les plaies politico-humanitaires qui accablent la région ASOAN (Asie du Sud-Ouest et Afrique du Nord) depuis des décennies, aggravées en ce moment par de nouvelles tragédies, ont cet effet sur deux créateurs inspirés, le Montréalais Radwan Ghazi Moumneh et le Français Frédéric D. Oberland. Le résultat, ironiquement envoûtant, s’appelle Eternal Life No End.
Le titre, cryptique dans sa version anglaise, est bien plus parlant en arabe (‘’Une nuit sombre et maudite, comme les chercheurs eux-mêmes’’). Dans ce dernier, on est facilement et rapidement imprégnés d’images fortes et dont le symbolisme devient puissant.
Les deux artistes se sont réunis dans des studios à Montréal et Paris pour dessiner un tableau orientaliste du 21e siècle, sans clichés, sans odalisques langoureuses, sans colonialisme naïf. Plutôt un recours aux outils de la modernité coloniale, mais dans une démarche authentique, un retour aux sources spirituelles, habillées de contemporanéité, d’un vaste territoire habité de mémoires culturelles qui se perdent dans la nuit des temps.
Dès la première plage, nos oreilles et nos émotions sont enveloppées de sonorités hypnotiques, faites de vagues sonores électros,et de broderies acoustiques et pointillistes au rabab, au bouzouk, aux cloches, au saxo et au clarineau (un instrument qui évoque un mélange de clarinette et de duduk).
Ça se poursuit sur fond de rythmes appuyés, parfois pesants, ou encore d’atmosphères planantes qui fuient la pulsation. Mais c’est toujours irrésistiblement teinté de mystère et de connexions racinaires dans la psyché intemporelle d’une géographie imprégnée des civilisations qui s’y sont déployées. Si vous avez déjà trippé sur Dead Can Dance, ou si c’est toujours le cas et si vous kiffez le mélange de world trance, post-rock, dark-folk et d’impressionnisme contemporain, vous trouverez satisfaction ici.
Un voyage musical et spirituel, qui nous garde en état d’éveil onirique, entre apesanteur et terre ferme.
Radwan Ghazi Moumneh : Voix, bouzouki, rabab, synthétiseurs, boîtes à rythmes, percussions
Frédéric D. Oberland : Buchla et systèmes modulaires, boîtes à rythmes, synthétiseurs, saxophone alto, clarineau, cloches






















