jazz / jazz moderne

On se souviendra d’avril… au 9e

par Alain Brunet

Fin PM, un 28 avril de l’année 2026, I’ll Remember April (Gene de Paul) fut le standard d’introduction servi par le pianiste montréalais Chad Linsley, d’abord en trio acoustique (Devon Gillingham, contrebasse, Rich Irwin, batterie) avant de procéder à l’exécution du programme officiel piloté par le musicien et ses collègues chanteuses, la soprano Kerry-Anne Kutz et la mezzo Kristin Hoff. Rappelons que ces deux femmes sont à la fois des chanteuses accomplies et de ferventes promotrice de l’art vocal, respectivement pour le Festival de la voix (mieux connu dans l’ouest de l’île) et Opéra M3F, organisme coprésentateur de la saison de concerts au 9e du Centre Eaton. Ce dont il est ici question.

Au bout de quelques mesures, on a vu de quelles ivoires le musicien montréalais se chauffait ! Digne héritier des pianistes au confluent du jazz moderne et du swing l’ayant précédé, bref le piano jazz triomphant entre 1945 et 1965, Chad Linsley maîtrise ce style qu’adoraient mes propres parents et leurs contemporains et avec lequel j’ai moi-même grandi tout en aimant le blues, le hard rock, puis le rock progressif , le jazz-rock et beaucoup plus par la suite.

Le classicisme assumé de ce jeu pianistique signé Chad Linsley s’inspire directement des plus grands pianistes afro-américain du swing moderne, on pense ici à notre Oscar Peterson, mais aussi à Teddy Wilson, Jaki Byard, Phineas Newborn Jr et autres Bud Powell, virtuoses éclatants mais aussi capables de ralentir le jeu pour les ballades introspectives, pour la plupart des jazzifications du Great American Songbook.

Le trio devient ensuite quartette avec l’arrivée du trompettiste Michael Cartile, question d’accueillir Kerry-Anne Kutz pour une jolie reprise du standard Windmills of Your Mind (Les moulins de mon cœur) de Michel Legrand. On constate immédiatement la culture  hybride de la chanteuse, notamment lorsqu’elle tient des notes longues et soyeuses, mais tout aussi capable de scatter et de bien saisir les enjeux rythmiques du jazz moderne.

Angel Eyes (Matt Dennis/Earl K Brent), le standard suivant, fut ensuite interprété par Kristin Hoff, une interprétation très différente de la précédente, plus musclée, plus robuste et conclue par un belle démonstration d’énergie.

Chad Linsley proposa ensuite une offrande instrumentale avec une ballade typique d’Oscar Peterson, Wheatland, enchaînée de Polka Dots and Moonbeams (Jimmy Van Heusen/Johnny Burke), un standard que Chet Baker a maintes fois transcendé. Encore une fois, on a savouré les chops de Chad Linsley avant que Kerry-Anne Kutz n’interprète sa propre composition, une ballade intitulée We Are One Again.

L’interprétation suivante était une autre occasion d’observer l’approche hybride des chanteuses, cette fois réunies pour la reprise française du fameux tube italien Oasis , composé par Pasquale Losito et Toto Cutugno, et popularisé en français par Joe Dassin en 1975 selon une adaptation des grands paroliers Pierre Delanoë et Claude Lemesle. On comprendra ensuite le choix de Nigerian Marketplace d’Oscar Peterson, dont la progression harmonique s’inscrit dans un esprit comparable au classique de Joe Dassin.

Le concert se conclura dans la célébration, avec une version bien sentie de On the Sunny Side of the Street (Jimmy McHugh/Dorothy Fields), un autre standard issu de la chanson américaine, musique presque centenaire (1930), entonnée par deux chanteuses clairement motivées, assortie de jolis solos (trompette et piano), le tout conclu par une jolie ballade improvisée dans l’esprit des bars new-yorkais d’une époque de plus en plus lointaine.

On en conclut que ce jazz d’une autre époque, interprété par de valeureux musiciens de la scène locale, est devenu aussi … classique.

Tout le contenu 360

Akousma | Ka Baird, radicalisme un peu mince…

Akousma | Ka Baird, radicalisme un peu mince…

Akousma | .618, Vows of Return, échos d’un rituel

Akousma | .618, Vows of Return, échos d’un rituel

Acousma | Constellation d’Alexis Blais, une mécanique céleste et sensible

Acousma | Constellation d’Alexis Blais, une mécanique céleste et sensible

Akousma | Lost In Liquid Noise, quelque part entre l’art et le documentaire scientifique

Akousma | Lost In Liquid Noise, quelque part entre l’art et le documentaire scientifique

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné