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En 1985, le jeune maestro Bernard Labadie avait dirigé les Violons du Roy et son ensemble vocal (devenu ensuite La Chapelle de Québec) dans un programme très ambitieux, incluant le célébrissime Dixit Dominus de Georg Friedrich Handel, compositeur allemand alors installé en Italie avant de migrer vers l’Angleterre où il passa le plus clair de sa carrière et fut naturalisé citoyen anglais. Bernard Labadie nous explique ici la grandeur de l’œuvre et en rappelle la marque sur sa propre carrière à la barre des Violons du Roy et de la Chapelle de Québec. Tout ça puisque les deux ensembles se produisent ce dimanche 3 mai à la Maison symphonique, 16h.
PAN M 360 : Dixit Dominus de Handel fut composée à Rome. Handel n’avait alors que 22 ans, c’est vraiment une œuvre de jeunesse. Or, d’après ce qu’on en dit dans le programme des Violons du Roy, cette œuvre est très virtuose même si le compositeur était au tout début de son expression créative.
Bernard Labadie : Dixit Dominus de Handel, c’est une espèce de cataclysme musical. J’ai peine à imaginer comment cette musique a été reçue à Rome parce que Handel était en visite en Italie , il y a passé plusieurs années au début de sa carrière. Comment cette musique a-t-elle été reçue par le public de l’époque, par les interprètes de l’époque? La question se pose parce que Handel est plus exigeant pour eux que personne ne l’a été auparavant dans une forme de musique collective.
Il a écrit cette œuvre pour un chœur à cinq voix. Il y a deux sections différentes de soprano. Donc c’est une œuvre très touffue, où il apporte d’abord toute son expérience du contrepoint en tant que compositeur de l’école du nord de l’Allemagne. Il a appris tout ce qui concerne l’écriture des canons, des fugues, enfin de musiques à plusieurs voix individuelles. Il a cette maîtrise à un niveau que ses contemporains italiens n’ont pas. Personne n’est aussi habile que lui, âgé de 22 ans, dans ce type d’écriture, mais il intègre ce langage dans le monde de l’opéra italien dans lequel il évolue là où il est allé apprendre. Mais au moment où il apprend, il est déjà meilleur que presque tous les autres.
Donc, c’est une œuvre qui à la fois puise en ses racines anciennes, mais qui est incroyablement moderne pour l’époque. Et qui, il faut le dire pour le chœur, est d’une difficulté assez stupéfiante. Il n’y a que les grandes œuvres chorales de Bach comme le Magnificat ou la Messe en si mineur, je disais, qui demandent des niveaux de virtuosité comparables dans la musique chorale du XVIIIe siècle. Et c’est une œuvre qui a beaucoup d’importance dans l’histoire des Violons du Roy et dans la mienne personnellement, car ça faisait partie du premier programme jamais présenté par les Violons du Roy et la Chapelle de Québec (qui se nommait alors très modestement l’Ensemble vocal Bernard Labadie – rires), c’était le tout premier programme où les deux ensembles se sont présentés sur une même scène en 1985 et se consacraient aux deux grands géants de l’époque baroque tardive que sont Handel et Bach (300e anniversaire de leur naissance en 1985). C’était un programme immense qui démontrait à quel point nous étions ambitieux et inconscients; en première partie, on faisait le plus grand concerto de Bach pour clavecin et orchestre en ré mineur et la cantate no 4, puis en deuxième partie on faisait le plus long Concerto grosso de Handel, op. 11 et on terminait par le Dixit Dominus. Disons que c’était une façon de marquer notre territoire qui était assez assez osée, j’ai quand même d’excellents souvenirs de cette première.
PAN M 360 : C’était la belle arrogance de la jeunesse!
Bernard Labadie : Oui c’est la bonne expression. Et j’ai reprogrammé cette musique en 1997. On ne l’a pas retouchée depuis. Il faut vraiment avoir sous la main un niveau exceptionnel. Je croise les doigts pour que tout le monde soit en santé, pour l’instant tout s’annonce bien pour cette œuvre dont le chœur final est un feu d’artifice. C’est une œuvre qui marque les esprits et qui est un immense défi pour les interprètes. Ce programme est un peu écho de 1985, car la première œuvre est de Jean-Sébastien Bach, précédé d’un court motet de Johann Kuhnau, prédécesseur de Bach à Leipzig. Bach connaissait cette œuvre qu’il avait arrangée pour orchestre. En 2e partie, on fait un Concerto Grosso de Handel suivi du Dixit Dominus. C’est donc un programme très généreux, très nourrissant, qui est un immense défi pour nos interprètes. Nous sommes tous heureux de s’y lancer tête baissée.
Chefs et solistes

Bernard Labadie
Chef

La Chapelle de Québec
Chœur de chambre
Programme
J. KUHNAU
Motet Tristis est anima mea
J.S. BACH
Motet Jesu, meine Freude, BWV 227
G.F. HANDEL
• Concerto grosso en ré mineur, op. 6 n° 10, HWV 328
• Dixit Dominus, HWV 232
Autres représentations du concert
30 avril 202619:30Québec
3 mai 202616:00






















