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Au lendemain du concert, soit dit en passant excellent – rien de spectaculaire, pas d’esbroufe, mais des compositions aux racines profondes et un jeu senti, habité – de son trio (Darius Jones, saxo alto, Chris Lightcap, contrebasse, et Gerald Cleaver, batterie), jeudi, et à la veille de son concert Fluxkit Vancouver (It’s Suite But Sacred), samedi, Darius Jones s’est entretenu brièvement avec Scott Thomson, directeur général et artistique du FIMAV.
Propos recueillis et choisis par Michel Rondeau
Scott Thomson : Je suis encore en train de digérer les premiers concerts du FIMAV, qui ont commencé avec Amirtha Kidambi (Elder Ones), qui nous a invité à « bouffer les riches » et se sont terminés avec John Oswald, mettant à contribution Louis Armstrong, lequel nous a rappelé le « monde merveilleux » dans lequel nous vivons. Et entre ces deux moments, il y a eu le concert extraordinaire du trio de Darius, Legend of E’Boy.
C’est la troisième fois que j’entends ce trio en concert et à chaque fois, il me touche profondément et différemment. J’ai trouvé le concert d’hier soir extrêmement, disons, riche en nuances, non seulement musicalement – souvent trois choses, voire plus, se déroulent en même temps, toutes interagissant de manière remarquable –, mais aussi émotionnellement, et je me suis retrouvé entraîné dans de nombreuses directions émotionnelles différentes.
Et cela a donné, pour moi, au concert une couleur extraordinaire, une palette de couleurs et une brillance. Et j’aimerais commencer par poser une question à Darius, bien sûr sur le projet lui-même, mais aussi, plus largement, sur la façon dont il s’inscrit dans la série Man’ish Boy.
Darius Jones : Man’ish Boy est une série de neuf épisodes, mais on n’en est pas encore tout à fait là, on en est au septième, il n’en reste donc plus que deux. J’ai commencé ça en 2009. Et si je m’y mets sérieusement, j’avais environ 30 ans à l’époque, je l’aurai terminé vers 50 ans. Mais je ne sais pas comment. La huitième partie est terminée, mais elle n’est pas encore enregistrée.
Legend of E’Boy, s’appuie sur un travail intérieur considérable que j’ai mené sur moi-même, et cette série Man’ish Boy est vraiment une sorte de récit autobiographique, un peu mythologique, mais qui parle de moi. Et cet album traite en grande partie de ma vie, mais aussi de la santé mentale, de se faire aider pour sa santé mentale, et de la beauté de ce processus.
C’est un peu comme apprendre à se connaître, apprendre en quelque sorte à s’accepter, apprendre à s’aimer soi-même, tu vois ce que je veux dire ? Tout ça en fait partie, et se voir plus clairement, c’est vraiment la raison pour laquelle j’ai mis mon visage pour la première fois sur une pochette du disque. Et puis, tu sais, revenir au trio, qui est mon espace, l’espace qui, en tant qu’ensemble, résonne très bien avec ma voix. Comme cette idée de rythme, de contrepoint à deux voix, tu vois, de contrepoint, et juste le son.
Et c’est un peu comme ça que je le vois. Je suis juste en train d’explorer ça. Et j’ai l’impression d’avoir beaucoup d’idées là-dessus.
Sur cet album, je voulais en gros me débarrasser du masque, mais je voulais aller plus loin, tu vois ce que je veux dire ? On montre, on s’exprime, on est à l’extérieur, tu vois ce que je veux dire ? Mais en même temps, il y a aussi un côté où ça devient vraiment intérieur, et on vit ça à travers le son.
C’est un peu comme si la musique faisait ce truc intérieur et permettait aussi, pas seulement à moi, mais aux autres membres de l’ensemble de vivre cette expérience aussi, d’entrer en quelque sorte dans cette bataille intérieure. Et de laisser la musique être un véhicule par lequel on gère ça. (…)
Et donc je pousse, je pousse, je pousse pour essayer de voir : si je tire ça par-là, si je tire ça par-là, qu’est-ce qui se passe ? Tu vois ce que je veux dire ? Si je fais ça comme ça et que quelqu’un d’autre tire, qu’est-ce qui se passe ? Et j’essaie en quelque sorte de naviguer à travers tout ça pendant qu’on joue. Et je pense que tout le monde dans le groupe fait ça aussi
Scott Thomson : Et ça me fait penser en particulier à une technique, une approche que tu utilises au saxophone, où tu te lances dans un motif répété, en l’articulant différemment, en l’accélérant, en augmentant le volume, en poussant, en poussant, en poussant. Et parfois, j’avais l’impression que c’était un récipient qui avait juste besoin d’exploser, et qui explose. Et parfois, ça s’épuise tout simplement et ça doit s’arrêter.
Et j’ai trouvé que cela créait une tension extraordinaire. Qu’est-ce qui se passe ici ? Quelque chose est en train de muter, de se transformer, de se former.
Darius Jones : Quand je répète des choses, je laisse faire ça, je laisse vraiment ce changement interne, que l’on ne voit pas, influencer la façon dont la répétition se produit. Et j’ai l’impression que les chats dans le van produisent eux aussi quelque chose de magnifique avec ces répétitions, tu vois, en créant ces cycles sur lesquels on s’installe en quelque sorte. Je trouve ça fascinant parce que c’est comme s’ils s’asseyaient et qu’on disait : « OK, on est là, on ne va nulle part. »
Mais l’auditeur a cette attente que le rythme soit censé faire quelque chose. Mais si en fait on pouvait juste, c’est une chrysalide, et qu’on pouvait juste la regarder, et ensuite je danse juste par-dessus. Et donc on joue en quelque sorte avec toutes ces différentes choses.
Scott Thomson: Donc, dans le contexte de ce que tu viens de dire, que signifie pour toi le mot minimalisme ?
Darius Jones: Tu sais, premièrement, j’adore le minimalisme. C’est quelque chose que j’explore. Je pense que le minimalisme est vraiment humain.























