Codes d’Accès / Traces | Plastic Cinders de Jonas Regnier… guerre au plastique !

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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Dédié à la composition émergente en musique de création, l’organisme Codes d’accès clôt sa saison 2025-2026 avec un menu d’œuvres qui se penchent sur différentes sortes de traces. Le programme Traces est présenté ce vendredi 8 mai, 19h30, à la Salle Joseph-Rouleau de la Maison André-Bourbeau – 305 Avenue du Mont-Royal Est, Montréal. Dans ce contexte, Plastic Cinders de Jonas Regnier est une œuvre multidisciplinaire  incluant  musique, théâtre et lumières. Cette pièce immersive  évoque directement l’urgence d’agir face à la pollution générée par les déchets de plastique et notre dépendance quotidienne à ce matériau. Jonas Regnier en cause davantage à PAN M 360, en plus de nous instruire sur son propre parcours.

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PAN M 360: Rappelez-nous votre parcours académique et professionnel, vos œuvres et vos champs d’intérêt en composition.

Jonas Regnier : En ce qui concerne mon parcours académique, j’ai commencé mon apprentissage musical assez tardivement par le piano et l’orgue (d’église) pendant quelques années au conservatoire, puis je me suis rapidement intéressé à la composition en commençant par la composition électroacoustique. J’ai été tout de suite séduit par l’aspect technologique et interdisciplinaire de cette branche de la création musicale. J’ai pu approfondir mes compétences en composition instrumentale et mixte en obtenant une maitrise de composition à McGill.

Ayant toujours été intéressé à mélanger les disciplines académiques entre elles, notamment les disciplines scientifiques et artistiques, intégrer le laboratoire de perception et cognition musicale de Stephen McAdams m’a permis d’explorer les relations entre composition et perception du timbre et de l’espace. Je fonde la plupart de mes compositions sur des sujets extra-musicaux (politiques, scientifiques, philosophiques, etc.) et m’intéresse particulièrement à aux relations pouvant être établies entre la perception du timbre, de l’espace et de la forme d’une œuvre.

PAN M 360 : Plastic Cinders est une composition multidisciplinaire qui mêle musique, théâtre et lumières pour créer une expérience immersive abordant les questions urgentes de la pollution plastique et les concepts de consommation quotidienne de plastique, de déchets et de microplastiques.


* De quelle manière cette œuvre est-elle liée à la thématique principale du programme de ce concert?

Jonas Regnier: La plupart des objets que l’on utilise au quotidien contiennent du plastique. La découverte de ce matériau a permis de nombreuses avancées notamment dans le domaine du médical et de la technologie. Cependant, le plastique étant formé de molécules très durables et résistantes à l’environnement, il laisse de nombreuses traces dans la nature ainsi que dans notre corps. On le retrouve principalement sous forme de micro-plastiques dans les océans, dans les aliments, dans le sol et même dans l’eau de pluie. Chaque espace naturel (y compris ceux non occupés par une activité humaine) contient maintenant des traces de plastique.


* Comment les problèmes environnementaux liés au plastique rejaillissent-ils dans cette œuvre?

Jonas Regnier: Dans cette pièce, pour aborder les thèmes de pollution et de consommation du plastique au sein de notre vie quotidienne, j’ai décidé d’utiliser des objets en plastique comme l’un des principaux matériaux musicaux. Ces objets sont présents autant dans l’électronique, en étant parfois modifiés électroniquement (saturation, filtres, etc.) que physiquement sur scène, manipulés par les interprètes et amplifiés par des microphones. Le plastique étant une matière très facilement déformable et modelable, j’ai choisi de déformer les matériaux musicaux tout au long de la pièce de la même façon que l’on pourrait étirer ou déformer des objets en plastique. J’ai aussi voulu intégrer des rôles théâtraux spécifiques à chacun des deux interprètes, afin d’intégrer un contexte et une interprétation sociale et politique à l’œuvre et lui apporter une touche plus concrète, subjective, interprétative et dénonciatrice. 


* En quoi cette œuvre est-elle multidisciplinaire?

Jonas Regnoer: L’œuvre est multidisciplinaire car elle intègre de l’électronique (temps réel et bande électronique), des effets de lumières pré-enregistrés ainsi qu’une interprétation théâtrale des deux interprètes instrumentaux tout au long de la pièce.


* Quels sont les enjeux de l’interprétation?

Jonas Regnier: L’un des plus gros enjeux dans cette pièce et la partie théâtrale : les interprètes doivent intégrer une présence scénique, des gestes, des déplacements, des expressions du visage, et des manipulations d’objets trouvés, tout autant que leur interprétation musicale au cours de la pièce. Cette interprétation scénique est nécessaire à la compréhension du discours musical et du propos extra-musical. À cette interprétation vient s’ajouter la synchronisation entre la partie instrumentale et la partie électronique et lumineuse, effectuée par l’intermédiaire de déclenchement d’événements pré-enregistrés par le compositeur. Ce dernier pourrait de ce fait être considéré comme un interprète à part entière (hors scène).


* Comment s’établit la relation entre les interprètes?

Jonas Regnier: Chaque interprète incarne un personnage particulier dans Plastic Cinders : Evan, le clarinettiste, incarne le rôle du pollueur, qui représente à la fois les gens comme vous et moi qui consommons du plastique dans la vie de tous les jours, et les groupes industriels à plus grande échelle qui rejettent des tonnes de déchets plastiques chaque année. Zaira, la pianiste, incarne le rôle de la recycleuse, celle qui doit nettoyer et s’adapter à un environnement contenant des corps nouveaux. Elle va ainsi progressivement intégrer les matériaux de plastique à sa pratique musicale au fur et à mesure que la pièce progresse, jusqu’à ce que le piano ne devienne plus qu’un objet secondaire et oublié. La relation entre ces deux personnages est ainsi en constante évolution au cours de la pièce : parfois complémentaire, parfois contrastante.


*  Parlez-nous des interprètes : Duo Riso: Zaira Castillo, piano et Evan Kopca, clarinettes, Jonas Regnier, électroniques et lumières :

Jonas Regnier: Le Duo Riso, basé à Chicago et cofondé par la pianiste Zaira Castillo et le clarinettiste Evan Kopca en 2023, crée des spectacles immersifs qui brouillent les frontières et réinventent l’expérience traditionnelle du concert à travers le son, l’espace et la collaboration. Ancré dans un esprit commun de curiosité et de jeu (riso, du mot latin signifiant « rire »), le duo considère l’humour, la spontanéité et l’écoute attentive comme des éléments essentiels de sa pratique artistique.

Soucieux d’élargir les possibilités sonores du piano et de la clarinette, Duo Riso travaille à la fois dans des formats acoustiques, électroacoustiques et mixtes, intégrant souvent de la sculpture, des matériaux recyclés, des éclairages interactifs et des éléments théâtraux à ses performances. Leur travail s’exprime aussi bien dans des formats écrits qu’improvisés, s’inspirant de l’esthétique de la musique classique contemporaine, des sons expérimentaux et des pratiques de performance mixtes.


PAN M 360: Quels sont vos prochains projets?

Jonas Regnier: Je suis en train de travailler sur deux projets distincts qui continuent d’explorer des problématiques sur la multidisciplinarité. Le premier projet est une pièce pour violoncelle, électronique et lumières qui sera jouée en octobre prochain. Le second projet, plus conséquent, pour voix, ensemble de 15 musiciens, électronique et lumière, traite du sujet de l’absurdité administrative dans de nombreux contextes dans le cadre des sociétés occidentales, et sera joué fin février 2027 à l’université McGill.

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