FIMAV 2026 | Yves Charuest, John Edwards, Mark Sanders, voltige à trois

Entrevue réalisée par Michel Rondeau

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Il y a des projets, comme ça, qui sont longtemps caressés avant de se matérialiser et d’avoir lieu. Et un moment donné, crac ! Les planètes s’alignent, le ciel s’ouvre et l’occasion se présente, toute rayonnante. Yves Charuest, Mark Sanders et John Edwards vont enfin pouvoir jouer ensemble et se livrer à trois à leur activité favorite : se jeter dans le vide et faire de la voltige et tracer toutes sortes de figures dans l’espace, dans la magie de l’instant. PAN M 360 a rencontré Yves Charuest à quelques jours de voir son souhait exaucé.

BILLETS ET INFOS DE CE CONCERT AU FIMAV ICI

Interview réalisée par Michel Rondeau

PAN M 360 :  Dis-moi, Yves, comment as-tu réussi à goupiller cette collaboration avec John Edwards et Mark Sanders, qui sont très sollicités ? Quand on regarde la liste des musiciens avec lesquels ils ont collaboré, on est devant un véritable who’s who de la musique actuelle européenne, ils ont joué avec tout le monde. Alors, comment as-tu réussi ? 

Yves Charuest :  En fait, je les connais, eux et leur musique, depuis assez longtemps. En 2017, j’ai eu le studio du CALQ à Londres. Londres m’intéressait à cause de sa scène musicale. Plus que New York parce que je me disais, une fois que je suis à Londres, je suis en Europe. 

PAN M 360 : Où tout est à proximité.

Yves Charuest : Je voulais en profiter. Je voulais essayer de jouer, bien sûr, mais c’était aussi une occasion de ressourcement. Donc, évidemment, toutes les semaines, j’allais au Vortex, au Café OTO, à Iklectik, tous ces endroits-là, et j’ai vu et entendu Mark et John à moult reprises. 

Puis, dans mes efforts de booking, de sollicitation, j’avais obtenu un set dans une série à Leeds. C’était une affiche avec trois, quatre formations.

PAN M 360 : Leeds où il y a une université reconnue pour sa faculté de musique. 

Yves Charuest : Et Mark Sanders enseignait là. Donc, il était sur place, genre une journée par semaine. Et moi, j’avais croisé Mark au Café OTO auparavant. Je me souviens d’un soir où il jouait, ça devait être avec Georg Graewe, parce que j’ai joué avec Georg à Montréal quand je l’ai invité en 2016. Alors, ce soir-là, je suis allé voir leur performance et quand je suis arrivé, j’ai vu Georg et c’est lui qui m’a présenté Mark. C’était peut-être un mois avant Leeds. Alors, on s’est dit, tiens, on va partager l’affiche à Leeds. Il était très, très, sympathique, très accueillant, puis il a dit : « Tu vas voir, c’est une série gérée par des étudiants. Ils sont très dynamiques et ouverts et on devrait jouer ensemble. » 

« Sure!», que je lui ai répondu. Alors donc, ledit soir à Leeds, j’ai fait un set solo, il a fait un set avec des étudiants et après, on a fait un set ensemble. Musicalement et humainement, le contact a été spontané, immédiat et très, très bon. On a donc eu envie de rejouer. 

John aussi, je l’ai vu souvent. J’ai partagé l’affiche avec lui, mais sans jouer avec lui. Les deux sont très, très en demande. Pour des raisons musicales, bien sûr, mais aussi parce que c’est des types très sympathiques, très abordables, pas du tout des gros ego.

Pendant mon séjour à Londres, j’ai essayé d’organiser des choses, mais les lieux sont très sollicités, très bookés, tout comme John et Mark, sans succès… Alors on s’est dit qu’on ferait éventuellement quelque chose ensemble, puis la pandémie est arrivée.

En avril 2023, j’ai passé deux semaines à Londres, jouer à l’invitation de l’altiste Benedict Taylor. J’ai partagé l’affiche avec John à deux reprises, il était toujours partant : « So, when do we play ? ».

PAN M 360 :  Vous faites deux concerts, un à Montréal, à la Sotterenea le vendredi 15 mai et le second à Victoriaville, le lendemain samedi. Rien d’autre ?

Yves Charuest : À Victo, John va aussi jouer dans le projet de John Oswald ou dans un concert informel le lendemain, Scott m’a dit, mais je ne sais pas au juste.

J’ai essayé d’avoir quelque chose ailleurs, Toronto, Vancouver… Partout, on me disait : « Wow, what a cool trio », mais… C’est pour ça que je suis très reconnaissant au FIMAV et à Scott Thomson de les avoir fait venir et d’avoir organisé ce concert-là cette année. 

PAN M 360 :  J’aimerais maintenant que tu nous racontes ton parcours. Parce que, bon, tu es un saxophoniste alto qui fait partie de la scène montréalaise depuis longtemps, mais je suis curieux de connaître ton cheminement, tes influences et de quelle façon tu as opté pour le sax alto.

Yves Charuest :  Il y a une réponse qui s’applique à plusieurs de ces questions-là, c’est qu’on ne décide pas toujours. Souvent, c’est seulement a posteriori qu’on s’aperçoit que ça fait un bout de temps qu’on fait quelque chose.

Dans le cas des arts, de la musique, des investissements à long terme dans des démarches, on prend des décisions, on choisit, mais on est aussi « agi » par différentes préoccupations, différentes tendances, parfois inconscientes, qui déterminent nos choix. 

J’ai toujours beaucoup réagi à la musique. Tout ce qui était en périphérie du jazz m’attirait. J’ai eu la chance d’étudier dans une polyvalente où il y avait un programme de musique et un professeur extrêmement dévoué et ingénieux qui l’avait monté avec peu de moyens. Et moi, les cinq années de mon secondaire, j’ai fait de la musique. C’est là que j’ai commencé à jouer du sax.

En réalité, je voulais jouer de la batterie, mais c’était un gros enjeu à la maison. 

PAN M 360 :  Ouais, ça prend des parents très tolérants.

Yves Charuest :  Mon père n’avait absolument aucune tolérance. Donc, j’ai commencé le sax. Mais comme je disais tantôt, en réalité, ce n’est pas une décision si tranchée que ça, c’était pas un plan de carrière. C’est plutôt, j’ai essayé et ça a marché. En fait, j’ai même fait de la flûte traversière avant le sax, parce que ça a pris quelques mois avant qu’un saxophone soit disponible. 

Les premières fois que j’en ai joué, c’était un ténor. Mais à 12 ans, c’était un peu gros pour moi. Avec l’alto, assez rapidement, il y a eu une sorte d’adéquation entre mon corps et ma façon de souffler, même inexpérimentée. Spontanément, l’alto m’allait bien, ça, je peux le dire avec le recul.

J’ai fait de l’harmonie, du quatuor de saxophones, des pièces de musique classique arrangées pour quatre saxophones, du big band, du stage band et aussi ce que Léandre [son professeur] appelait des combos, donc des plus petits ensembles de jazz avec un petit peu plus de place pour de l’improvisation sur des standards. 

PAN M 360 :  Donc, dès le secondaire, tu as commencé à tâter de l’improvisation.

Yves Charuest :  Absolument ! Quand j’ai commencé, quand j’ai apporté un sax à la maison – ma mère avait Time Out de Dave Brubeck –, j’essayais de jouer les lignes de Paul Desmond sur Take Five, sur Blue Rondo à la Turk, juste à l’oreille. 

Instinctivement, c’est comme si je connaissais déjà l’enjeu du jazz et de l’improvisation. J’avais déjà conscience que ça, c’est pas écrit, ces gens-là improvisent. Pour moi, c’était assez naturel. Quand on joue, c’est ça qu’on fait. On joue un thème, on varie, on brosse, on s’envole, on revient, j’ai toujours eu cette spontanéité-là, j’avais des inclinations. 

Je me suis mis à écouter de plus en plus de musique, à lire des bouquins, à étudier, à pratiquer. Quand j’ai eu mon Real Book, j’ai commencé à apprendre les standards, comment sont faits les accords… Devenir musicien de jazz, improvisateur, c’est ça que je voulais faire.

J’avais plusieurs collègues au Conservatoire à temps partiel. Ça m’a donné l’idée de poursuivre ma formation là-bas. À l’époque, le Conservatoire était gratuit, donc si t’étais admis, t’avais accès à un enseignement de qualité, sans frais.

Pendant mon secondaire 3, je me suis préparé, j’ai passé l’audition et j’ai été admis. Les deux dernières années du secondaire, j’ai fait le Conservatoire à Québec à temps partiel, puis à temps plein. 

Quand mon père a été muté à Montréal, je suis passé à celui de là-bas. À Québec, j’ai eu Claude Brisson comme professeur de saxophone, saxophone classique. À Montréal, à l’époque, c’était Nick Ayoub qui enseignait le sax classique et il avait un peu de pression de la direction. Souvent, à la blague, il disait « Pas de jazz ici. ». Il voulait vraiment qu’on mette l’accent sur le répertoire classique. J’en garde quelque chose qui me sert encore aujourd’hui, même si, esthétiquement, je suis la plupart du temps à des lieux de cette tradition musicale-là.

Donc, j’ai fait le Conservatoire à temps plein pendant quelques années, mais j’ai laissé avant la fin. Je n’étais pas très chaud au répertoire et à l’esthétique du sax classique, surtout à l’époque. Aujourd’hui, il y a plus de compositeurs de musique contemporaine qui écrivent pour l’instrument, mais dans les années 70 et début 80, le gros du répertoire, c’était des pièces commandées par Marcel Mule pour le concours de saxophone au Conservatoire de Paris en 1955. Souvent des pièces écrites par des profs de composition qui n’étaient pas très intéressantes. Des pièces difficiles à jouer parce que c’était l’enjeu de la commande : une pièce d’évaluation, d’examen.

PAN M 360 : C’était austère ?

Yves Charuest : Austère et pompier.

PAN M 360 : Pompier ?

Yves Charuest :  Oui, le sax classique français avec le gros vibrato et tout, il faut aimer. Tout ce temps-là, j’écoutais du jazz. Je découvrais Charlie Parker, Miles Davis, Coltrane, Eric Dolphy et Ornette Coleman. Et au Conservatoire, dans les cours de littérature, de langages musicaux, j’ai été exposé à Messiaen, Boulez, Stockhausen. 

Assez rapidement, j’ai été très interpellé par la musique contemporaine. Mais encore une fois, on me disait que je n’avais pas le bon instrument pour ça. Si j’avais joué de la clarinette ou du piano, j’aurais eu accès à un répertoire de musique contemporaine beaucoup plus riche, mais ça m’a formé. 

Comme tu traverses différentes phases où tu t’intéresses à tel genre ou à tel autre ou à telle tradition, tel musicien ou tel compositeur, il reste comme un gros fourre-tout où tout se mélange, se contamine. La pollinisation croisée est très, très active dans ces contextes-là.

Quand j’ai laissé le Conservatoire, je jouais surtout dans des groupes de jazz, mais j’étais déjà intéressé par une musique qui se renouvelle. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut qu’elle affiche ses intentions on its sleeve comme on dit en anglais, une radicalité ou comme un statement, mais le jazz de nos jours se prête bien, par la spécificité de son histoire, à un discours qui le codifie beaucoup, et c’est ce qu’on voit dans l’enseignement dans les grandes écoles de jazz, les grandes universités.

PAN M 360 : Oui, il y a beaucoup de choses qui se sont cristallisées.

Yves Charuest :  Et pour ça, moi, assez tôt, j’ai perdu intérêt.

Je n’ai jamais voulu devenir un styliste, ça ne m’intéresse pas. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier Charlie Parker, Duke Ellington, Lee Konitz… Ce qui m’intéresse, c’est pas de me mouvoir dans un idiome, puis de le préserver en l’exerçant bien.

PAN M 360 :  Parce qu’à ce moment-là, tu perpétues une tradition, t’es pas en train de créer quelque chose, alors que… 

Yves Charuest :  C’est ça qui m’intéresse. Mon but, c’est de faire de la musique, mais une musique vivante. Pour qu’elle le soit, je ne peux pas toujours jouer les mêmes choses. 

Je trouve aussi qu’il y a beaucoup de glissements dans les discours sur les arts, la musique, l’improvisation. Des fois, je pense qu’on mélange des conditions avec des motivations. 

PAN M 360 :  Peux-tu donner un exemple ? 

Yves Charuest :  Vouloir avoir son son, sa personnalité musicale, c’est tout à fait louable, mais pour moi, ça n’a jamais été un objectif. Pour que la musique m’intéresse, il faut que je puisse y être moi-même. Je commence pas par dire : « OK, il faut que je trouve une façon de mettre ma signature. »

PAN M 360 :  C’est quelque chose qui finit par arriver, ça peut pas être un objectif de départ.

Yves Charuest :  C’est ça. Donc, assez rapidement, j’ai été un petit peu en marge de la scène jazz parce que je ne m’y sentais pas à l’aise. Je n’étais pas le joueur de bop le plus stéréotypé. Alors, j’ai commencé à travailler avec d’autres gens, avec un autre état d’esprit.

J’ai joué pendant une vingtaine d’années avec le batteur Michel Ratté rencontré au Conservatoire. Déjà, il avait un talent phénoménal. Une écoute, une oreille ! Au début, on jouait du Real Book, des standards, mais progressivement, on s’est mis à formuler les choses différemment.

On s’est retrouvés un moment donné à jouer en duo. On jouait plus free, on explorait. On a eu un groupe qui s’appelait I Like Jazz, de 84 à 86, un quatuor avec Guillaume Dostaler au piano et Normand Guilbeault à la contrebasse. On ne jouait que des pièces de Charlie Parker, mais avec une énergie punk, une urgence et un caractère… déflagratoire, on pourrait dire. Donna Lee, Scrapple from the Apple… mais on les faisait, très, très survoltées et très incisives. Beaucoup de plaisir, d’acouphènes et de maux de dos après des soirées de ça. Je poussais beaucoup avec le diaphragme, je m’en ressentais le lendemain.

En 85, Peter Kowald est venu à Montréal passer quelque temps. Patrick Darby l’avait invité et avait organisé des trucs avec lui. Peter, je l’ai su par la suite, s’intéressait beaucoup aux rencontres en musique, c’est pourquoi il jouait avec plein de monde. 

Je l’ai invité à notre studio et on a joué en trio. Il a beaucoup aimé la chimie qu’on avait Michel et moi. On était deux jeunes très énergiques, très nerveux, très imbriqués. On a fait quelques gigs et un enregistrement à la sauvette qu’il voulait le sortir sur l’étiquette FMP, dont il était un des fondateurs, mais pour diverses raisons, ça ne s’est pas fait. Ç’a finalement vu le jour il y a quelques années sur Tour de bras. 

L’année suivante, Kowald m’a invité à former un trio avec lui et Louis Moholo. À l’époque, il préparait un projet de tournée avec lui et Jimmy Lyons. Puis, Lyons est mort. Il m’a alors trouvé des vagues parentés. 

PAN M 360 : Parce que Lyons jouait du sax alto lui aussi.

Yves Charuest : C’est ça. Il voulait faire la tournée prévue plutôt que de l’annuler. J’y suis donc allé. 

J’ai passé deux ans en Europe. J’ai habité à Montpellier, puis à Wuppertal, en Allemagne, où Kowald résidait. On a fait une trentaine de concerts qui ont été très formateurs. C’est des contextes catalyseurs qui permettent d’avancer, d’écarter des choses pour en privilégier d’autres. Je le mentionne parce que ç’a été important.

Moi, j’étais un ti-cul de 23-24 ans, mais eux, ils étaient des musiciens établis approchant la cinquantaine qui avaient joué avec Carla Bley, Steve Lacy et les grands improvisateurs européens : Brötzmann, von Schlippenbach, Evan Parker, Derek Bailey…

Quand je suis revenu à Montréal, en 88, on a formé un trio avec Michel et Guillaume Dostaler, qui jouait piano et synthétiseur. On a eu ce trio-là quelques années. J’ai joué des synthétiseurs aussi dans un autre groupe avec Michel et Jean-Claude Patry, qui jouait guitare électrique et guitare MIDI. Je ne jouais même pas de sax. Ça s’appelait Wreck’s Progress. C’est sur la page Bandcamp de Michel. 

J’avais commencé à faire de l’improvisation au saxophone en solo avant d’aller en Europe. Ça a toujours été un intérêt pour moi, le collectif et le solo, l’un ne remplace pas l’autre. 

PAN M 360 : L’un nourrit l’autre en fait.

Yves Charuest : Absolument. Et dans les deux cas, si on me demande comment je me définis musicalement, je dirais essentiellement, je suis un musicien improvisateur. Les projets les plus importants ont toujours été pour moi ceux de musique improvisée.

Il peut y avoir une part d’écriture ou de matériaux préformés, ou ça peut être de l’improvisation libre, il y a tout un spectre, et le fil conducteur qui rattache toutes les choses que j’ai faites, c’est l’intérêt pour l’improvisation.

A posteriori, je me suis aperçu que ce qui m’intéressait, c’était la musique qui se prenait comme objet. Ç’a commencé avec le bebop, mais ça m’a frappé surtout en écoutant Miles Davis, puis Coltrane avec Miles.

Quand j’ai entendu – ça a l’air d’un cliché, parce que c’en est devenu un dans la culture – les solos de Coltrane dans So What et All Blues sur Kind of Blue, qui sont des solos relativement simples techniquement, il y a déjà toute la tendance de Coltrane de focaliser sur des motifs, de les varier, puis de porter quelque chose très progressivement, ça m’a beaucoup frappé. C’est un petit peu comme si l’expression cherche son chemin. Après un certain temps, tu t’aperçois que quand t’écoutes ce genre de truc-là, ça te fait parler d’autre chose.

PAN M 360 : Quelles sont les qualités les plus importantes en contexte d’impro ? 

Yves Charuest : Ce qui me vient, c’est le terme anglais resourcefulness. Ce n’est pas d’avoir des chops, des moyens bêtement techniques ou théoriques, c’est d’avoir un certain coffre à outils, d’être imaginatif et d’avoir une bonne écoute, une bonne disponibilité à s’adapter au jeu des autres. 

Je n’ai besoin de personne pour improviser, je peux faire ça tout seul. Donc, quand j’improvise avec quelqu’un, il y a une raison. Principalement, c’est ce que cette personne-là fait qui va m’interpeller et comment elle réagit à ce que je fais. Si je décide de jouer avec toi, c’est parce que je suis curieux de voir comment je vais réussir à être fidèle à moi-même, tout en vivant la situation réelle qui est de jouer ensemble. Et ça, ça prend de l’ingéniosité et de l’écoute.

PAN M 360 : Avec Sanders et Edwards, allez-vous vous entendre sur certains paramètres ou vous donner zéro consigne ?

Yves Charuest :  Zéro consigne, je suis pas mal sûr, parce que c’est leur façon de faire. 

Si on prend par exemple Evan Parker, ils le connaissent depuis longtemps, ils ont joué avec lui, ils savent qui il est et de quoi il est capable. Quand tu choisis de jouer avec untel, tu sais qu’il vient avec ses valises.

Sans fausse modestie, je dirais que je connais mieux le jeu de John et de Mark qu’eux connaissent le mien. Je ne suis pas un gros nom, je ne suis pas très exposé, il y a plein de raisons pour lesquelles ils ne m’ont pas beaucoup entendu, mais je sais que ce qui m’intéresse va dans un sens qui est très compatible avec bien des contextes dans lesquels je les ai entendus.

Je sais qu’eux aussi, ils ont un bagage, ils vont pouvoir réagir à ce que je fais sans se demander quoi faire avec ça. Ils vont avoir spontanément 12 000 réponses parmi lesquelles choisir. Et la roue est partie.

J’ai vraiment très hâte de jouer avec eux, ça va être un grand plaisir. Ils sont d’une grande souplesse, d’une grande inventivité et d’une grande sensibilité. Quand j’étais à Londres, il n’y a pas une fois que je les ai vus et entendus où je suis sorti déçu.

PAN M 360 : Puisque que tu aimes beaucoup jouer en solo, qu’est-ce que va t’apporter cette section rythmique ? 

Yves Charuest : Pour moi, ce n’est pas juste une section rythmique. Si on présente ces musiciens beaucoup comme ça, c’est à cause de leur filiation avec le jazz, le free jazz, à leur instrumentation et au fait qu’ils peuvent tenir des fonctions plus ou moins stéréotypées. Mais il y a quelque chose de plus, potentiellement en tout cas, de plus déhiérarchisé quand ils jouent. 

Et justement, j’aime que les rapports soient déhiérarchisés et, si possible, constamment en mouvement. La nature des instruments – il n’y a pas que la personnalité des musiciens – implique autre chose, c’est bien sûr. Mais à certains égards, je pourrais dire que je vais jouer avec Mark et John un petit peu de la même façon que je joue avec Benedict Taylor, qui est altiste. Au sens où, pour moi, il ne s’agira pas de dire, bon, dans un trio, le sax, c’est comme le chanteur, c’est le front, puis il y a la section rythmique. Non. Je veux que ça soit plus souple que ça, je veux que le rapport se renouvelle. 

Ça ne veut pas dire que l’un de nous trois ne pourra pas avoir un passage dominant. Il y aura peut-être des duos ou des bouts solos de n’importe lequel d’entre nous, mais pas de hiérarchie. 

On va tout simplement jouer en se faisant confiance. 

Je n’aurai aucune excuse de ne pas bien jouer. Ça ne peut pas être la faute de la rencontre, si je ne joue pas bien, ça sera de ma faute.

PAN M 360 : Merci Yves, on n’est pas trop inquiets.

Crédit photo: Élaine

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