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Avec le Concours musical international de Montréal au tournant, une vingtaine de jeunes concurrents violonistes convergeront vers la métropole pour présenter leur talent et leur musicalité au public montréalais. Comme dans tout concours, un jury international aura la lourde tâche de départager chacun de ces jeunes musiciens de la nouvelle génération pour les faire avancer. Composé des figures marquantes du monde violonistique Ju-Young Baek, Glenn Dicterow, Simin Ganatra, Yuzuko Horigome, Régis Pasquier, Barry Shiffman et Pavel Vernikov, le jury est placé pour cette édition 2026 sous la présidence de la violoniste originaire de Montréal Lucie Robert.
Encensée par la critique pour son lyrisme expressif et la justesse impeccable de son jeu, elle est également une pédagogue très sollicitée, professeure à la Manhattan School of Music depuis 1988, où elle a reçu en 2023 la plus haute distinction accordée par cette institution d’enseignement, soit la President’s Medal for Distinguished Service et membre de nombreux concours internationaux pour violon dans le monde. À l’aube du début du concours, le collaborateur pour PAN M 360, Alexandre Villemaire, s’est entretenu avec elle pour aborder notamment son rôle de présidente de jury et ce qui attend les concurrents au courant des deux prochaines semaines.
PAN M 360 : La dernière fois que vous êtes venue à Montréal comme membre du jury pour le Concours musical international de Montréal, c’était en 2023. Vous revenez cette année au Concours 2026 – édition Violon, mais comme présidente du jury cette fois-ci. Comment appréhendez-vous cette nouvelle tâche, ce nouveau rôle qui vous incombe ?
Lucie Robert : C’est une grande responsabilité et j’ai été tellement heureuse et honorée qu’on me l’ait demandé, il y a de ça deux ans maintenant. Comme présidente du jury, il y a énormément de travail qui se fait en amont du concours. Je veux toutefois souligner l’importance de l’équipe. Et, quand on a une équipe comme Shira Gilbert et Chantal Poulin, c’est un travail qui se fait dans le plus grand des plaisirs.
PAN M 360 : En quoi consiste votre rôle en tant que présidente du jury ?
Lucie Robert : Quand on m’a demandé d’être présidente, j’ai pris quelques décisions et effectué quelques changements en collaboration avec la direction du Concours. Le premier concernait l’étape de présélection des candidats. C’est une étape très importante parce que, naturellement, ce n’est pas le même jury que celui de la finale. Les demandes de candidatures pour les concours internationaux en violon sont très nombreuses et Montréal est, avec le concours d’Indianapolis, parmi les plus grandes compétitions musicales reconnues. Cette année, avec le nombre d’applications qui ont été reçues, environ 250, vous pouvez vous imaginer que pour se rendre à vingt-quatre concurrents, c’est une tâche énorme. J’ai donc suggéré de faire deux rondes de présélection. Trois juges internationaux ont écouté tous les enregistrements des candidats. Ils en ont retenu 72 : ensuite, trois autres juges ont écouté cette première sélection pour en arriver à 24, en plus d’une sélection de quelques jeunes qui seront inscrits sur une liste d’attente.
Un autre élément était très important pour moi, je ne voulais pas que le jury de sélection voit les noms des jeunes ni le pays. Ils avaient seulement l’âge de la personne. Nous avons fait également des changements en ce qui concerne le système de notation. Dans les concours internationaux, certains utilisent un pointage de 1 à 9, avec quelques variantes. J’ai vu toutes sortes de façons de juger. Pour les concours internationaux, maintenant, on opte plus pour une évaluation avec les affirmations « Oui », « Peut-être » et « Non ». À Montréal, nous avons éliminé les points complètement. C’est ainsi que le jury international évaluera les 24 concurrents pour ne retenir que 10 demi-finalistes avec des nombres limités de cotes « Oui » et de « Peut-être » qui peuvent être attribuées. Mes résultats seront scellés et ne seront utilisés que pour départager si nécessaire.
Un des grands rôles de la présidence, c’est aussi de choisir le jury international. Je voulais de grandes sommités, évidemment des gens de plusieurs pays différents, mais aussi qui ont eu dans leur carrière, ou qui, dans leur carrière, représentent différents aspects du monde violonistique. Finalement, j’ai suggéré de scinder la Finale en deux parties. En général, nous avons toujours six finalistes. Trois qui jouaient un premier soir et les trois autres le lendemain. Après discussions avec Shira Gilbert, nous avons décidé cette année que 5 finalistes seront retenus : ils ou elles devront interpréter un concerto de Mozart parmi les numéros 1, 2, 3 et 4. En plus du concerto de Mozart, qui n’est pas très long, ces 5 finalistes devront être prêts, au cas où ils ou elles seraient un des 3 grands finalistes retenus pour la Grande finale le lendemain, à présenter un concerto majeur pour violon de leur choix, toujours avec l’Orchestre symphonique de Montréal, l’orchestre officiel du Concours. C’est ça la vraie vie professionnelle! Durant toutes les étapes du concours, voir aussi comment les concurrents et concurrentes décident de construire leur programme sera vraiment intéressant : le jury observera comment ils réfléchissent et comment ils peuvent se promouvoir avec ce qu’ils sentent qu’ils jouent le mieux.
PAN M 360 : Quels sont les éléments que vous et vos collègues allez analyser et rechercher chez les jeunes concurrents et concurrentes qui vont défiler devant vous ?
Lucie Robert : Si je peux parler pour moi, ce qui est le plus important, c’est l’interprétation, le caractère, le personnage du violoniste, leur personnalité musicale, leur voix individuelle. Je dois me faire transporter ! J’aimerais que les jeunes qui viennent à Montréal et qui lisent notre interview voient que le concours, ce n’est pas un test. Je souhaite qu’ils se présentent sur scène avec une volonté profonde de jouer pour leur public, qu’ils démontrent leur désir d’être sur scène. Je souhaite que le public soit complètement enthousiaste avec certains, parce que c’est ça faire une carrière : on doit penser au public.
PAN M 360 : Quel regard portez-vous sur ce qui caractérise aujourd’hui les jeunes violonistes de la nouvelle génération et les défis auxquels ils sont confrontés dans le monde professionnel qui est celui d’aujourd’hui, celui de 2026 et du XXIᵉ siècle ?
Lucie Robert : Je suis toujours impressionnée par la manière dont ces jeunes arrivent à gérer leur horaire pour un jour, jouer à Tokyo et le lendemain à New York avec un concerto différent. C’est incroyable ! Ça demande beaucoup et, il faut le dire, le niveau technique de nos jeunes actuellement, il est incroyablement élevé. Le problème, par contre, est que souvent ça devient la chose la plus importante, alors que ce n’est pas forcément le cas. Je suis convaincue que maintenant, avec tous nos problèmes au niveau politique et nos enjeux sociaux, il faut retourner à l’âme de la musique.
Je dis toujours à mes élèves qu’on est tellement privilégiés de faire ce qu’on fait. Il ne faut jamais oublier qu’en fait, souvent c’est le violon qui nous a choisis. On ne peut pas vivre sans notre instrument. C’est vraiment une vocation. On travaille toujours beaucoup et on ne peut pas s’imaginer faire autre chose. Par contre, il ne faut pas oublier pourquoi on aime la musique. J’aime toujours dire que la musique, c’est un langage. C’est un langage d’expression et d’idée. Alors, il ne s’agit pas uniquement de bien jouer. Il ne faut jamais arrêter d’apprendre. Il faut toujours essayer de mieux comprendre ce qu’un compositeur veut et comment nous, en tant qu’interprètes, on se sent dans ces différentes œuvres. La technique doit être au service de la musique. Comme mon grand professeur Josef Gringold disait, la main gauche, c’est comme l’artisan, il faut maîtriser et posséder notre technique. Mais la main droite, c’est l’artiste.























