SAT | Flore et ses chapeaux de DJ, productrice, pédagogue

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : bass-music / électronique

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Flore est l’une des incontournables de Futurs Antérieurs, qui célèbre trois décennies de musique électronique à la SAT et qui dresse la nappe pour les années à venir. En amont de cet événement d’envergure tenu les 5 et 6 juins prochains, Flore se produit sur scène le samedi 6 juin et offre une classe de maître en production et Djing dans le même contexte. PAN M 360 l’a jointe à Lyon où elle vit et où elle mène ses activités de création, pédagogie et production, puisqu’elle mène les destinées du label Polaar.

INFOS ET BILLETS ICI

PAN M 360 : Flore, vous venez à la SAT dans le concept du super marathon Futurs Antérieurs, au moins deux douzaines de performances les 5 et 6 juin prochains. Et vous donnez aussi une classe de maître en DJisme ou production. On sait que vous êtes certifiée formatrice Ableton. Alors donc, vous avez une expertise pédagogique et bien sûr, vous êtes avant tout une créatrice, une DJ productrice, compositrice. Est-ce bien résumé?

Flore : Absolument. Ça s’annonce être un week-end chargé. J’ai hâte!

PAN M 360 : Alors commençons par votre propre performance.  On vous associe à la scène bass music française et lorsqu’on lit vos profils biographiques et lorsqu’on vous écoute aussi, on observe que votre approche est très variée, bien au-delà de cette étiquette bass. On a  au moins circonscrit chez vous acid house, techno, musique afro-caribéenne, donc un mélange de tout ça. Bien sûr, aujourd’hui, faire de la musique électronique, c’est très rare maintenant qu’on est associé à une lignée très précise. On a toujours son mélange de prédilection, alors maintenant, c’est à vous de vous décrire!

Flore :   Quelqu’un me demande qu’est ce que j’écoute comme musique? Et ma réponse est êtes vous vraiment prête pour la réponse? En fait, je pense qu’il y a le fil conducteur qui fait le lien entre toute la musique que j’aime et que je joue. C’est quand même qu’elle tire son ADN des musiques noires au sens large.

C’est à dire qu’en fait,  j’étais vraiment très marquée par le hip-hop quand j’étais plus jeune, par la funk aussi. Et puis après, j’ai commencé à écouter vraiment de la musique sénégalaise, congolaise. Et puis, bien sûr, après tous les dérivés de musique électronique.

Moi, je suis arrivée à la musique électronique par le trip-hop et la drum’n’bass qui sont vraiment des courants, qui tirent leur ADN de la musique jamaïcaine et des sound systems. Donc, en fait, je dirais que la notion de BPM, pour moi, n’est pas très importante. Mais par contre, il y a toujours cette obsession pour le rythme et la basse. Voilà, c’est l’ADN, on va dire, de toutes les musiques qui m’obsèdent. 

PAN M 360 : Alors, vous avez mentionné, évidemment, toute la dimension jamaïcaine, jungle, dubstep, etc. Bass music, vous parliez du drum’n’bass, donc Ronnie Size et compagnie, il y a 25-30 ans. Toute cette lignée vous a marquée, sans compter les musiques afro-descendantes liées de près ou de loin à la francophonie.

Flore : Mais qui, au final, est arrivée tardivement, je trouve. À l’époque où j’ai commencé à mixer, à la fin des années 90, et pendant bien une bonne dizaine d’années, voire plus, quand j’ai commencé à faire ma carrière, les styles de musique électronique qui étaient vraiment les plus populaires étaient la techno et la house. Et qui, même si, quand on regarde l’histoire, étaient faits par des personnes noires  issues de Détroit et Chicago.

Mais au final, je trouve qu’en France, la découverte, en tout cas, de sonorités plus hybrides, et peu importe, on va dire, d’où elles tirent leurs inspirations, est arrivée au final assez tardivement, je trouve. Mais par contre, je m’en réjouis, parce que c’est vrai qu’aujourd’hui, je suis encore parfois surprise de voir à quel point, aujourd’hui, c’est plus du tout une surprise pour les gens sur un dancefloor d’écouter de la drum’n’bass.

Alors qu’il y a 15 ans, des fois, il m’arrivait de jouer dans des soirées qui n’étaient pas forcément des soirées hyper pointues, et où il y avait encore vraiment cette guerre de chapelle entre les gens qui écoutaient de la techno et les gens qui écoutaient de la drum’n’bass. Vous voyez, c’est pareil pour le dubstep et tout ça. Mais je m’en réjouis, parce que je trouve qu’aujourd’hui, il se passe plein de choses très intéressantes, et qu’en effet, j’ai du mal, des fois, à comprendre pourquoi il y a des artistes qui restent vraiment coincés que sur une thématique musicale quand on voit la quantité pharaonique de musiques de qualité qui sort de partout sur la planète et qu’on arrive à découvrir aujourd’hui grâce à Internet. C’est une sacrée chance qu’on a !

PAN M 360 : En même temps, c’est impossible de tout absorber. Chaque personne créative a son propre parcours et sa relecture de ce qu’elle a entendu et ce qu’elle est capable de digérer et finalement de transformer à ses propres fins. 

Flore : Absolument.

PAN M 360 : Vous avez défini les axes de votre style, mais en même temps, c’est absolument impossible à décrire complètement à la mesure… Enfin, ce que j’ai écouté de vous, c’est extrêmement varié. Alors des fois, ça va vers des trucs extrêmement mélodiques, des fois extrêmement techno, complètement portés sur une espèce de travail à partir des rythmes eux-mêmes et avec peu d’ajouts musicaux. Donc, vous avez vraiment… Votre spectre est très vaste et très large.

Flore : Oui, c’est vrai. Je pense que j’ai du mal des fois à me… J’ai du mal à reproduire deux fois la même chose. Ça ne m’intéresse pas, en fait. Donc, du coup, c’est vrai que pour quelqu’un qui ne me connaît pas, des fois, il peut écouter une sortie et une autre et se dire « Ah, mais c’est la même personne qui a fait ça ». Mais en fait, même moi, j’ai envie d’être stimulée intellectuellement dans ma pratique aussi de mon instrument qui est Ableton Live, mais qui vient aussi, à mon avis, même de la façon dont j’écoute de la musique. C’est-à-dire qu’en fait, dans une même journée, j’écoute plein de choses différentes et du coup, je pense que j’ai cette même approche aussi quand je me mets à composer. 

PAN M 360 : Oui, mais si on essaie de circonscrire quelques éléments de votre propre diversité artistique et  conceptuelle, quels sont les éléments les plus importants?  

Flore : Alors, je dirais que les… Il y a toujours, à mon avis, cette recherche de la question, enfin comment dire, l’assemblage ou le jeu de questions-réponses entre les percussions et la rythmique et les éléments mélodiques, mais surtout la basse, j’ai envie de dire. Et donc en fait, tant que je n’ai pas… Quand je suis en train de composer un morceau, le premier élément, on va dire qu’il faut vraiment que j’arrive à identifier rapidement, c’est le groove et aussi le timbre du groove, c’est-à-dire qu’en fait, j’aime vraiment quand les choses, elles sont très imbriquées les unes avec les autres. Et à partir du moment où ces éléments-là, donc rythmique et basse, commencent à trouver un espace commun, les autres éléments s’imposent à moi. La question suit:  comment ai-je envie d’enrober tout ça et aussi ce qui va m’aider à la construction du morceau pour que le morceau fasse 4, 5, 6 minutes et que du coup, il y ait un début, un milieu, une fin ? Mais c’est vrai que le travail sur la rythmique et la basse sont vraiment fondamentaux dans mon travail. 

PAN M 360: Collaborez-vous avec des musicien.ne.s, soit acoustiques ou électriques ?

Flore:  J’ai collaboré avec des chanteurs et des chanteuses, mais par contre, en termes d’instrumentistes, je dirais non. Je n’ai pas côtoyé beaucoup de musiciens dans ma vie, je n’ai pas fait le conservatoire, je n’ai pas fait d’école de musique qui, du coup, aurait pu me permettre de m’inscrire dans un réseau, on va dire de… Et au final, le réseau que je me suis constitué avec le temps, c’est plus un réseau de DJs, de producteurs, productrices de musique électronique.  C’est ça qui est l’intérêt de la musique électronique, tu n’as pas besoin nécessairement d’avoir une formation, ce qui est important, c’est de maîtriser des outils et d’avoir une très bonne écoute et d’être capable de bien marier les référents.

PAN  M 360 : Les bons producteurs, productrices ou DJs ou compositeurs électroniques, compositrices, ce sont leurs qualités premières. Ce n’est évidemment pas la virtuosité en tant que telle, c’est beaucoup plus le concept et la capacité de faire une synthèse personnelle de ce qu’on a écouté. 

Flore : Absolument, je vous rejoins complètement là-dessus.

PAN M 360 : Vous avez évolué comme ça, et pourquoi avoir choisi essentiellement, je ne dirais pas exclusivement, mais on voit bien que le Ableton Live, c’est votre outil de prédilection. Expliquez-moi pourquoi, comment en êtes-vous venu à faire ce choix et à développer cette expertise ? 

Flore : J’ai commencé à faire de la musique, à composer de la musique électronique à la fin des années 90. Et à l’époque, la première chose à laquelle j’ai eu accès, c’était un Atari 1040 ST avec Cubase à l’époque, qui ne faisait que du MIDI. Du coup, je ne pouvais rien enregistrer dans l’ordinateur. Dès que j’ai pu gagner un peu d’argent, je me suis acheté un synthétiseur. J’ai été utilisatrice de Cubase pendant très longtemps. En fait, ce qui m’a vraiment poussée à utiliser Ableton Live,  au début des années 2010,, j’ai eu envie de me mettre à travailler en live.

 Et le seul logiciel qui permettait et qui permet toujours de faire ça, c’est Ableton Live. Puisque, comme son nom l’indique, c’est vraiment un logiciel qui a été pensé pour interagir en temps réel avec le contenu qu’on met à l’intérieur, que ce soit des enregistrements audio, des synthétiseurs virtuels, ou même des synthétiseurs hardware, mais qu’on peut commander en interne dans le logiciel. Et donc, en fait, c’est ça qui m’a vraiment donné envie de creuser le logiciel. 

Et donc, après avoir creusé le truc pendant pas mal de temps, par un concours de circonstances, en fait, on m’a proposé de proposer ma candidature à la certification de la marque Ableton. Je donnais un petit peu des cours, déjà, mais je n’avais pas, on va dire, le tampon de la marque. Mais bon, j’avais déjà 8 ans d’expérience sur Ableton Live et 15 sur l’utilisation d’un ordinateur pour faire ça. Et donc, j’ai fait la certification. Du coup, j’ai réalisé que la semaine prochaine, ça fera 10 ans que j’ai ma certification.  

PAN M 360 : À Lyon, vous avez créé le label Polar que vous dirigez toujours

Flore : J’ai créé ce label il y a 12 ans maintenant avec  Marc Weistroff,  mon meilleur ami . Le nom Polaar, en fait, vient du mot pôle, un point qui définit un territoire. Et en fait, pour moi, le label, c’est un peu ça. C’est un territoire qui est affilié, on va dire, aux esthétiques bass music au sens large. Mais du coup, sur lequel on peut retrouver à la fois, je ne sais pas, un artiste comme Only Now, qui vient de San Francisco et qui fait, qui est d’origine indienne et qui, du coup, fait de la musique très noise avec des tablas et des percussions. Mais en même temps, on peut aussi retrouver Pretty Boy, qui est un artiste de Tokyo, qui, lui, vient plus du grime et qui a toute cette culture aussi très synth-pop, on pourrait dire. Et qui, du coup, fait des choses beaucoup plus léchées, un peu plus froides aussi. Ou encore un artiste comme SNKLS, qui vient de Clermont-Ferrand et qui, lui, est un dingue de footwork.

Et donc, en fait, le label, c’est un peu cette espèce de terrain d’expérimentation où, du coup, j’essaie de trouver des artistes qui, vraiment, ont un son qui leur appartient à eux exclusivement. Et là, dernièrement, j’ai sorti l’album d’un artiste anglais qui s’appelle SoRehab. Et c’est vrai que je suis très fière et même honorée que tous ces artistes me confient leur musique parce que je trouve qu’ils ont tous une façon hyper singulière de dire ce qu’ils ont à dire. 

PAN M 360 : Ce n’est pas votre première fois à Montréal, n’est-ce pas?

Flore : Je suis venue déjà deux fois auparavant. Je suis venue à la SAT à chaque fois. Et en fait, là, c’est la première fois que je viens pour un DJ set, parce que les deux fois précédentes, je suis venue pour jouer en live j’étais invitée par un promoteur parisien qui organise des soirées qui sont assez géniales, Les Yeux Fermés. Donc, en fait, c’était des concerts dans le noir, dans le Dôme de la SAT.

Et donc, j’avais fait un live avec le son spécialisé du Dôme pendant 25 minutes. Et après, je suis revenue pour jouer, en fait, à un film Dôme qu’on a créé avec Yannick Moreto, qui s’appelle Sensitive Abstraction, et qu’on a joué sous le Dôme de la SAT dans le cadre de Cinémania, il y a deux ans, si je ne me trompe pas. 

PAN M 360 : Et là, c’est votre troisième passage à Montréal.

Flore : Voilà. Et je suis très contente de venir en DJ set parce que, voilà, ça, c’est encore jamais produit. Ça va être deux heures.

PAN M 360 : Et puis vous allez donner un master class  dans l’après-midi du samedi 6, c’est ça? 

Flore : C’est ça, exactement. Quand je donne habituellement des cours à Lyon, c’est plus sur des formations qui durent deux semaines. Et donc, du coup, on va très loin dans l’utilisation du logiciel. Et il y a soit une thématique vraiment de composition, composition arrangée, mixée, et une autre formation qui est sur l’utilisation de live pour la scène et la performance.

Et là, vu que c’est un atelier d’une heure et demie, là, j’avais envie d’animer un atelier comme j’ai déjà fait et qui plaît bien. En fait, je vais déconstruire un morceau à moi. Et donc, en fait, le truc qui est intéressant, c’est que ça permet d’expliquer, en fait… Déjà, de montrer à quoi ça ressemble un morceau, en fait, quand il est… À quoi ça ressemble en Ableton Live, en fait.

Parce qu’en fait, j’ai constaté avec mon expérience que beaucoup de personnes font de la musique isolée chez elles. Et en fait, des fois, elles ont l’impression d’avoir de mauvaises pratiques, alors qu’en fait, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise. Il y a juste plein de façons différentes de faire les choses.

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