OSM | Le pianiste montréalais Bruce Liu, superstar sur la planète classique… Et chez lui ?

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : classique / période romantique

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Étrangement, Bruce Liu n’est pas une superstar à Montréal, sauf pour les connaisseurs de musique classique qui remplissent pour lui  et l’OSM la Maison symphonique, ce mercredi 22 avril et ce jeudi 23. Né à Paris de parents originaires de Beijing, le pianiste de 28 ans (très bientôt 29) a grandi en bonne partie à Montréal, il a suivi les enseignements de Richard Raymond à l’Université de Montréal et s’est rapidement illustré sur la scène classique mondiale pour des raisons évidentes : il s’inscrit sans aucun doute parmi les meilleurs pianistes de concert… au monde.

Adolescent, il s’imposait au concours de l’OSM, son parcours éclatant de jeune compétiteur le mena à remporter la première place du  Concours international de piano Frédéric-Chopin  à Varsovie, soit la plus renommée des compétitions pianistiques sur la planète bleue. 

Recruté par le renommé label allemand Deutsche Grammophon , il parcourt le monde et fait assurément partie de l’élite des pianistes de concert sur le circuit international.

Pourquoi donc Bruce Liu n’est-il  pas mis de l’avant par la culture locale comme le sont Charles Richard-Hamelin, Marc-André Hamelin, Louis Lortie, Alain Lefèvre, Louise Bessette et autres David Jalbert?  Difficile de répondre… On sait que ses agents (situés à l’étranger) consentent peu à ce qu’il accorde des interviews, traitant le marché montréalais comme un parmi d’autres.

Qu’à cela ne tienne, PAN M 360 a enfin conversé cette semaine avec Bruce Liu entre deux répétitions avec l’OSM et Rafael Payare qui lui donnent la réplique dans le Concerto No 1 pour piano et orchestre de Tchaïkovski.

INFOS ET BILLETS ICI

PAN M 360 : Restez-vous basé à Montréal?

Bruce Liu : Oui, je suis toujours basé à Montréal.

PAN M 360 :  Donc, vous avez gardé cet attachement même si vous êtes né à Paris et que vos parents viennent de Chine.

Bruce Liu : Oui, ils viennent de Beijing.

PAN M 360 : Puis, vous avez étudié avec Richard Raymond à l’UdeM.

Bruce Liu : Oui, très longtemps, soit de 2011 jusqu’à 2019. Ce fut très marquant pour moi.

PAN M 360 : Personne d’autre que vous venant du Québec a gagné le premier prix du concours Chopin. Comment expliquez-vous ce laxisme des médias québécois à votre sujet ?

Bruce Liu : Je ne sais pas… Vous savez, ça m’est égal. Je ne m’en préoccupe pas. J’ai tellement de contenu musical à absorber, cela prend tout mon temps !

PAN M 360 : C’est quand même dommage que vous n’ayez pas ici cette réputation à la hauteur de votre talent.

Bruce Liu : Merci!

PAN M 360 : Mais bon, si ça ne vous dérange pas tant, faisons plutôt connaissance!

Depuis votre grande victoire en 2021, comment estimez-vous avoir progressé en tant que professionnel ?

Bruce Liu : Pour moi, l’apprentissage des répétitions avec orchestre a été important. Il faut s’adapter et connaître le jeu des autres instruments à cordes ou à vent des orchestres. Toutes ces expériences de répétition, ce fut quelque chose de très nouveau. Et ça change un peu comment on voit son propre instrument. Et maintenant, j’essaie toujours de penser aux autres instruments quand je joue mes propres pièces. Par exemple, lorsque je joue le concerto de Tchaïkovski, je sais que le compositeur était un grand amateur de harpe, tous les arpèges roulés de ce concerto en sont des évocations. Ou  encore dans les sonates de Beethoven, on voit aussi les violoncelles, les violons, et aussi les instruments à vents. Donc, ces choses-là, ça change notre système.

PAN M 360 :  Vous devez donc visualiser l’orchestre pendant que vous répétez, et lorsque vous arrivez avec l’orchestre, puis vous vous adaptez.

Bruce Liu : Oui, je disais même pour les pièces solo il y a ces extrapolations à faire et ça devient pour moi une manière de penser et ça rend la musique plus riche dans l’interprétation.

PAN M 360 : Que pensez-vous avoir amélioré depuis 5 ans?

Bruce Liu : La musique ce n’est pas comme le sport, donc on ne peut pas vraiment savoir si on s’est  amélioré ou pas. Mais il y a quand même un moyen de mesurer un peu dans un sens, c’est beaucoup plus abstrait.

PAN M 360 : Oui, c’est aléatoire jusqu’à un certain point. Il y a toutes sortes de paramètres qui nous permettent d’évaluer un artiste.

Bruce Liu : C’est ça. Je pense aux interprètes légendaires, par exemple : jouaient-ils mieux quand ils étaient jeunes, ou encore rendus à 50 ans ou en fin carrière? C’est très difficile à dire. Ça dépend de quel sens, mais pour moi, il y a une chose qui est importante, c’est le processus avec toutes ces expériences accumulées, c’est comme un voyage. Et pour moi, c’est toujours de mieux en mieux. Donc, ce n’est pas la question de savoir si c’est une perfection technique ou un accomplissement, mais c’est vraiment l’idée que  toutes ces expériences et toutes ces choses accumulées enrichissent le message. C’est comme un gâteau qui se bonifie avec de nouveaux ingrédients. Je dirais que c’est comme un arc : on commence à apprendre, on atteint comme un certain sommet, et puis à un moment donné, on veut que tout soit tellement complexe, que tout soit rempli de détails. On veut tout accomplir et puis à un moment donné, on essaie de simplifier et c’est comme retourner à l’enfance. C’est ce voyage qui me fascine.

PAN M 360 :  C’est un voyage effectivement fascinant. Comme vous dites, on ne peut pas faire des évaluations techniques, mais on peut quand même circonscrire votre personnalité pianistique.

Bruce Liu : On est toujours un peu conscient de ce qu’on fait. Mais décrire ma personnalité d’interprète, je laisse ça aux observateurs. Mais il est sûr que ma personnalité change lorsque je réalise certaines choses. La projection du son, par exemple : comme Rubinstein le disait, il faut toujours jouer pour le public de la dernière rangée. C’est une idée qui m’a beaucoup changé. Avant, j’étais tellement dans ma bulle, je m’appliquais à exprimer tous les moindres détails d’une œuvre et j’ai réalisé qu’une fois devant le public, ces détails n’étaient pas entendus. Il m’a fallu m’adapter, sans avoir l’impression de me compromettre.

PAN M 360 : L’acte de communication exige effectivement une adaptation sans qu’il ne s’agisse d’un compromis. Alors qu’avant, vous étiez dans le perfectionnement absolu. C’est deux choses différentes, mais les deux choses doivent se rencontrer.

Bruce Liu : Ou encore un musicien qui ne peut pas se produire en concert, comme Glenn Gould.

PAN M 360 : Maintenant, parlez-nous du Concerto No 1 pour piano et orchestre de Tchaïkovski,  une très grande œuvre.

Bruce Liu : Oui, c’est drôle à dire, parce que c’est un concerto que j’ai commencé à apprendre vraiment tard. J’avais toujours voulu l’éviter parce qu’il était tellement populaire qu’il devenait pour moi un peu cheesy,  un cliché. Surtout le début de concerto que tout le monde connaît, c’est un peu comme chanter Happy Birthday!

PAN M 360 : Cette pièce a probablement été sur-jouée, en fait, ce qui nous donne cette impression.

Bruce Liu : Et c’est pour ça que j’ai appris d’abord le Concerto No2 de Tchaïkovsky, qui est beaucoup moins connu. Mais une fois qu’on met le pied dans le No 1, c’est une autre histoire, parce qu’il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup d’idées, des dialogues. Et aussi, peut-être, je dirais que c’est le moment où j’ai commencé, où je n’étais plus adolescent, j’avais une image du compositeur et des autres pièces de mon répertoire, une image différente de celle que j’avais de Tchaïkovsky quand j’étais plus jeune.

PAN M 360 : Préférez-vous toujours le numéro 2, dans l’absolu?

Bruce Liu : Aujourd’hui, c’est difficile à dire, c’est tellement différent. Je dirais que les deux sont très bons, mais pour des raisons différentes.

PAN M 360 : Maintenant, est-ce que vous avez aussi des concertos préférés pour piano et orchestre?

Bruce Liu : Ah, dans ceux que j’ai exécutés? Généralement, je dis toujours que les pièces que j’aime le mieux sont celles que je n’ai pas encore jouées. Je n’ai presque jamais joué du Brahms, par exemple, un de mes compositeurs préférés. Or, dans ce que j’ai joué, ma perception change de jour en jour, mais  je peux aussi dire que j’aime particulièrement certaines œuvres comme le Concerto No 5 de Saint-Saëns, l’Égyptien. Ça me convient bien, car cela représente un voyage et ça convient parfaitement à ma philosophie. Saint-Saëns est français mais le compositeur nous emmène en Égypte dans le premier mouvement nous mène en Égypte, le deuxième est un mélange de musiques arabes et espagnoles,  le troisième est comme une danse orientale et on se retrouve plus tard devant les lacs en Inde, ça me rappelle un peu Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne.  Donc, j’aime les pièces qui nous font voyager.

PAN M 360 : Qu’est-ce que vous écoutez?

Bruce Liu : Je n’écoute pas beaucoup de musique, en fait. Il y en a tellement autour de moi! J’écoute de la musique classique et du jazz.

PAN M 360 : Des musiciens préférés?

Bruce Liu : La liste est très longue! Bien sûr, j’aime beaucoup écouter les pianistes du passé, plus loin que possible. Les premiers enregistrements connus nous rapprochent de la vie des compositeurs. La manière de jouer est devenue tellement différente à travers les  300 ans de la musique classique mais pour moi, c’est toujours intéressant d’observer cette transition.

PAN M 360 : Vous jouerez de nouveau avec l’OSM, le 1er août prochain au Festival de Lanaudière soit le Concerto pour piano nº 3  de Prokofiev et le No 3 de Tchaïkovski. Exigeant! Vous arrive-t-il souvent de jouer deux concertos dans un même programme?

Bruce Liu : Oui, parfois, mais il faut dire dans ce cas que le No3 de Tchaïkovski est court (une quinzaine de minutes) est une pièce qu’à peu près personne ne joue  Ça sera une découverte, en fait. Quant à celui de Prokofiev, il est merveilleux.

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec l’OSM?

Bruce Liu : J’avais gagné le concours de l’OSM  en 2012. Et puis, j’ai fait mes débuts avec l’OSM quand j’avais 15 ans. Dans la ville où j’ai grandi, tous les concerts auxquels j’ai assisté avant la Maison symphonique. Et puis j’ai eu la chance de jouer avec l’OSM.  Je n’y ai jamais trop pensé, mais c’est quand même important! (rires) Ça m’avait beaucoup encouragé pour la suite,  mes efforts étaient récompensés et l’intérêt pour ma carrière fut amplifié. Pour moi, ce qui importe le plus est de toucher les gens à travers la musique.

PROGRAMME

Artistes

Rafael Payare, chef d’orchestre

Bruce Liu, piano

Œuvres

Denis GougeonLa Traversée 🍁 – Création mondiale, commande de l’OSM (12 min)

Piotr Ilitch Tchaïkovski, Concerto pour piano no 1, op. 23 (32 min)

Entracte (20 min)

Igor StravinskyLe sacre du printemps (33 min)

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