Vous l’avez vue dans Doute raisonnable, Stat, Indéfendable et dans une vaste liste de séries québécoises depuis une trentaine d’années (incroyable, quand on la voit, on conçoit mal que cela fasse si longtemps). Vous avez peut-être oublié qu’elle a aussi commencé sa carrière publique en faisant de la musique : le duo Ann Victor (avec Martin Leon) avec l’album Ciné-Parc en 1998, et un album solo de 2005, Youpelaille! Il s’agit de Geneviève Bilodeau, qui a repris les études, en musique (chant classique entre autres) il y a quelques années, afin de peaufiner un art qui, semble-t-il, lui manquait.
Le résultat est cet album de très belle facture, parcouru de beaucoup de belles idées et inspiration, intitulé Rendre Grâce. On avait déjà perçu chez Ann Victor, ainsi que sur Youpelaille!, cet intérêt pour une multitude de styles et de formes musicales. Pour des arrangements finement dessinés, aussi.
Rendre Grâce amène tout cela à un niveau supérieur de subtilité, avec des textes intelligemment tissés, appels à des poésies engagées. Geneviève Bilodeau s’en sert comme véhicules pour traiter de vastes sujets, assez sérieux, mais sans lourdeur ni pathos. Choix assumé et confirmé par les musiques et leurs arrangements, souvent allégés, sur rythmes/couleurs country, folk (beaucoup), bossa, jazz, etc. Partout, une audace soutenue par un encadrement (musical, poétique et affectif) de bon goût, en retenue et en subtilité plutôt qu’en étalage excessif. Cela permet à des questions comme la violence conjugale, la vie rugueuse, la famille, les tabous, etc., de toucher nos esprits, nos cœurs, avec efficacité.
Des jeux de mots adoubés par une déhanche musicale suave font mouche dans Tabous les tabous, une chanson qu’on aurait pu entendre de la bouche d’Henri Salvador, sans s’étonner. Très agréable. Ou encore La Muse, plus sérieuse, ou on ressent des atomes crochus avec le style Arthur H ou Bashung. La famille évoque, dans des couleurs country/cha-cha, les imperfections de ces gens si près de nous, qu’on aime parfois vilipender, mais qui restent indispensables. Et puis, Il a levé la voix, qui revisite un discours tenu par certaines victimes de violence conjugale, qui défendent leur agresseur, sur fond de rythmes allègres et de cuivres dramatiques. Le contraste est déstabilisant. Et c’est peut-être justement cette ‘’sortie de zone de confort’’ qu’il nous faut pour ne pas oublier à quel point cela gâche encore trop de vies.
Ça se poursuit comme ça dans un programme de dix titres tous nés de la plume, littéraire et musicale, de Geneviève Bilodeau. L’artiste utilise une voix belle, simple, agréablement centrée sur un timbre léger et lumineux. La qualité a été sculptée par des études de chant classique, certes, mais on ne perçoit aucune trace de lyrisme opératique, ce qui aurait été contre intuitif.























