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Le départ de Jonathan Cohen au pupitre principal des Violons du Roy a eu pour effet de ramener son fondateur, le maestro Bernard Labadie. Pour une période indéterminé , il assure de nouveau la direction artistique du plus célèbre orchestre de Québec sur la scène internationale, et fait honneur à son ADN en proposant une partie congrue de musique baroque pour la saison 2026-2027, assortie de programmes consacrés à des musiques plus récentes, du 19e siècle à nos jours, de Jean-Philippe Rameau à Philip Glass. PAN M 360 a eu une longue conversation avec ce musicien émérite qui commente fièrement sa programmation toute fraîche.
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PAN M 360 : M. Labadie, très heureux de vous parler de nouveau au nom de PAN M 360. Nous allons aborder d’abord la saison 2026-2027, parce qu’il y a beaucoup de matière ! Vous avez présenté cette programmation le 26 mars dernier officiellement à Québec, mais il n’y a pas eu beaucoup d’écho à Montréal. Jamais trop tard pour bien faire!
Bernard Labadie : Ça me fait grand plaisir de le faire avec vous!
PAN M 360 : Comment qualifiez-vous cette transition depuis votre retour à la barre des Violons du Roy ? On en avait parlé très brièvement il y a quelques mois.
Bernard Labadie : Pour une certaine continuité, le répertoire fondamental n’a pas changé.
Je vous dirais que ce qu’on peut sans doute remarquer au premier regard, c’est qu’il y a peut-être un petit peu plus de musique baroque qu’il y en avait au cours des dernières années. C’est-à-dire qu’on revient un peu plus centré sur ce qui était la vocation originelle de l’ensemble, soit servir la musique du 18e siècle, en particulier le répertoire baroque. Cela veut dire aussi qu’il y a encore un programme consacré à la musique du 20e siècle, et il y a aussi encore de la musique romantique au programme. Ça reste donc varié.
Pour utiliser les termes universitaires, je dirais qu’on a une majeure en musique du 18e siècle, puis une mineure dans les autres périodes. Un programme très cohérent, donc. Je dirais juste que l’image est peut-être un petit peu plus concentrée, avec un meilleur focus sur l’identité profonde du groupe.
Il faut aussi considérer qu’on met en valeur plus que jamais nos musiciens au sens large, ça veut dire à la fois nos choristes et nos instrumentistes. On a beaucoup de solistes de l’orchestre qui sortent parfois de nos rangs pour jouer ailleurs des œuvres concertantes. On a deux programmes avec chœur, par exemple, où la plus grande majorité des solos sont chantés par des membres de la Chapelle de Québec. Donc on s’appuie vraiment sur la fondation même de ce que nous sommes pour offrir au public un panorama musical qui, je pense, nous ressemble. Et je pense que nous formons le seul groupe capable d’offrir un panorama avec cette spécialité, si je peux dire.
PAN M 360 : Au fil du temps, cet orchestre devenu un orchestre polyvalent et il le demeure!
Bernard Labadie : C’est à la fois difficile et stimulant. Pour nos musiciens, pouvoir faire autre chose pendant la saison est quelque chose d’important. Il faut rappeler que les violons, même s’ils sont connus essentiellement pour le répertoire du XVIIIe siècle, les violons utilisent des instruments modernes, donc ils ont entre les mains tout ce qu’il faut pour jouer des répertoires plus tardifs. Nos musiciens ont développé au fil des ans cette polyvalence d’être capables, même parfois à l’intérieur d’un même concert, de passer d’un univers sonore plus ancien à un univers sonore plus récent, ou même carrément moderne.
Je rappelle aussi que nos musiciens ont chacun trois archets. Ils ont d’abord archet baroque qu’on utilise pour jouer la musique jusqu’à peu près 1750, un archet convexe. Ils ont aussi ce qu’on appelle un archet traditionnel ou classique, utilisé au temps de Mozart et de Haydn, pour ce qu’on appelle la première école viennoise, grosso modo la deuxième moitié du XVIIIe siècle et un petit bout du XIXe. C’est un marché qui commence à ressembler à l’archet moderne, où la baguette est devenue concave ou parfaitement droite, un archet plus puissant que l’archet baroque, mais qui conserve des capacités de légèreté que l’archet moderne n’a pas. Enfin, ils ont tous un archet moderne, plus gros, qui permet de jouer avec une très grande égalité, et avec plus de puissance pour les salles modernes. Alors tous nos musiciens ont ces possibilités dans leur coffre d’instrument. Alors c’est une richesse extraordinaire que nous avons, de pouvoir donc, tout le temps en attirant vers nous un public clairement intéressé par le répertoire du XIIIe, de les amener ailleurs, de garder leurs horizons ouverts, et leur esprit ouvert. Alors ça fait du bien à tout le monde, voilà.

PAN M 360 : Maintenant, on pourrait passer en revue le programme de la saison 2026-2027. D’abord le programme d’ouverture, Iestyn Davies chante Handel.
Bernard Labadie : Iestin Davis est un des plus grands contre-ténors actuels, parmi ceux qui ont les plus grandes carrières. Il a joué les grands rôles d’opéra baroque, dans la plupart des grandes maisons européennes d’opéra, sans compter le Metropolitan Opera, qui n’est pas réputé pour embaucher des contre-ténors. Il est dans une classe à part. Il a déjà chanté avec nous, soit dans le Messie de Handel ou dans l’oratorio Théodora de Handel. Mais c’est la première fois qu’on le reçoit et qu’on lui permet d’offrir toute la palette de son art. Le programme que nous faisons est entièrement consacré aux héros de Handel, que ce soit des héros d’opéra ou d’oratorio. C’est un programme qu’il a construit entièrement, je n’ai eu aucun travail à faire, ce qui est très rare. Le programme a atterri dans mon ordinateur, tout était là, tout était parfaitement calculé. Je crois que ce sera une soirée remarquable, on a rarement l’occasion d’entendre de l’opéra baroque à ce niveau. Ce sera un grand moment de la saison.
PAN M 360 : Un de vos coups de coeur est le programme présenté fin novembre : Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau.
Bernard Labadie : Nous allons nous consacrer à toute la musique orchestrale de l’opéra Les Indes galantes. C’est aussi de la musique qu’on n’entend jamais en concert. Au Québec, Arion Orchestre Baroque fait de cette musique à l’occasion. C’est à peu près l’une des seules occasions où l’on entend de la musique orchestrale de Rameau. Rameau est un compositeur frustrant pour moi, il est un de mes compositeurs préférés du XVIIIe siècle. C’est un compositeur qu’on va considérer aussi important que Bach, Handel ou Vivaldi. C’est un immense génie, très original, qui a écrit une musique qui ne ressemble qu’à la sienne. Ma frustration vient du fait que sa grande spécialité, c’est la musique vocale. Il a composé des nombreux opéras qui sont des chefs-d’œuvres. Or, pour interpréter cette musique vocale, il faut avoir des instruments au bon diapason, soit le diapason français qu’on utilisait à l’époque, sensiblement plus bas que le diapason actuel, et même plus bas que le diapason baroque qui est utilisé par la plupart des enregistreurs. Notre collègue et violon solo Pascale Giguère, vient tout juste de rentrer d’une tournée en France où il a fait un opéra de Rameau et l’orchestre a été accordé à 400 hertz. Le diapason baroque est 415 et le diapason moderne est 440.
Alors quand on demande à des chanteurs d’interpréter Rameau au diapason moderne, c’est très haut. C’est très, très difficile de soutenir cette musique pendant ces longs opéras. Ça sonne plus tendu, ça sonne avec une couleur et une texture qui ne sont pas celles prévues par Rameau. Pour cette raison-là, on a joué très peu de Rameau aux Violons du Roy, mais sa musique orchestrale peut parfaitement être jouée sur des instruments modernes si on maîtrise toutes les difficultés de la musique baroque française, un monde à part. Nous sommes capables de le faire, et c’est pourquoi on consacre un programme entièrement consacré à la musique orchestrale provenant d’un seul opéra de Rameau, environ une heure et quart de musique orchestrale. C’est de la musique absolument géniale! Alors, en une soirée, on va jouer toute la musique des Indes Galantes, qui est l’un de ces opéras les plus connus, puis les plus emblématiques de sa production. Beaucoup d’exotisme, beaucoup de recherche de couleurs instrumentales. Alors, on pense que notre public va être gâté.
PAN M 360 : Pour Noël, votre programme s’intitule À la Messe de minuit, un autre de vos programmes préférés de la prochaine saison.
Bernard Labadie : Nous offrirons pour Noël un programme consacré à la musique de Charpentier, dont l’œuvre principale sera sa célèbre Messe de Minuit, qui a été chantée par nombre de chorales partout dans le monde, au-delà du monde francophone. C’est vraiment un classique de la musique de Noël, qui a comme caractéristique d’utiliser plusieurs cantiques populaires, dont certains sont connus, mais sont encore chantés dans nos églises. C’est quelque chose de très original et très agréable, qui sera précédé par un magnifique oratorio de Noël en latin, toujours de Charpentier pour la naissance de Jésus, vraiment ne œuvre de grande maturité. Et puis on va pimenter ça avec des Noëls instrumentaux de Michel Corrette, un compositeur de la période baroque tardive comme Rameau. Une musique plus simple que celle de Rameau, mais extrêmement efficace.
Alors, ça fait deux gros programmes de musique baroque française dans notre saison, et ça ce n’est jamais produit dans l’histoire des Violons du Roy.

PAN M 360 : Parmi les moments importants de la prochaine saison, vous avez sélectionné le programme consacré à Philip Glass.
Bernard Labadie : Le grand compositeur minimaliste américain aura 90 ans la saison prochaine. La Salle Bourgie à Montréal lui consacre un événement particulier la saison prochaine et nous a demandé de participer à cette célébration en janvier, sous la direction de Thomas-Leduc Moreau, jeune chef montréalais très doué avec qui l’orchestre collabore régulièrement, ainsi que la pianiste Elisabeth Pion dans le concerto n°3 pour piano et orchestre. Il y aura aussi de la musique d’Arvo Pärt , dont l’œuvre au programme est littéralement un hommage à Mozart.

PAN M 360 : Un autre de vos coups de coeur, l’opéra Didon et Énée de Henry Purcell.
Bernard Labadie : C’est quelque chose que j’attends depuis longtemps, c’est l’occasion de refaire cette œuvre qui est très importante dans ma vie, c’est l’ œuvre qui m’a convaincu de devenir chef d’orchestre, c’est la première oeuvre que j’ai dirigée en février 1983, avec un groupe d’étudiants de l’Université Laval. J’avais 19 ans à l’époque, et mes collègues avaient à peu près tous le même âge. Nous avions joué la version concert de Didon et Énée, qui est restée très importante dans mon cœur. Je l’avais refait durant la deuxième saison des Violons du Roy. Et je ne l’ai pas dirigée depuis 1987. Je devais la diriger en 2015, mais j’étais malheureusement hospitalisé, à la suite du cancer qui m’avait frappé en 2014. C’est Richard Egarr, le grand chef baroque, qui m’avait alors remplacé. Je n’ai donc pas dirigé Didon et Énée depuis 1987, alors que c’est une œuvre que je connais par cœur, une œuvre fondatrice pour ma carrière et aussi pour les Violons du Roy. J’y retournerai enfin, fin avril début mai 2027. Le rôle de Didon est un des premiers grands rôles de l’opéra baroque et on aura avec nous la mezzo canadienne Ema Nikolovska, jeune chanteuse dont la carrière est en pleine ascension. Et c’est un rôle fait sur mesure pour elle. Et ça va être vraiment une soirée extraordinaire. Le rôle d’Énée, moins important, sera tenu par le baryton canadien Tyler Duncan. Il y a plusieurs petits rôles dans cet opéra, tous tenus par des membres de la chapelle de Québec.
PAN M 360 : En juin, un autre de vos choix principaux : Bach en fête!
Bernard Labadie : On terminera la saison avec ce bonbon qui va me rendre très heureux et qui rendra aussi notre public très heureux. Vous aurez remarqué que dans tous les coups de cœur de la prochaine saison dont je viens de vous parler, il n’y a pas de Jean-Sébastien Bach, ce qui est complètement inhabituel au Violons du Roy. Or, on conclut avec un programme qui est en fait une collection de concertos avec des instrumentations très variées : le Triple concerto en la mineur, BWV 1044 qui réunit flûte, violon et clavecin; le magnifique concerto pour hautbois d’amour en la majeur avec la participation de l’extraordinaire hautboïste anglaise Sasha Calin; le Concerto brandebourgeois n° 3 en sol majeur, le Concerto pour trois violons en ré majeur, BWV 1064 (Pascale Giguère, Katya Poplyansky, Noëlla Bouchard), une reconstruction du concerto pour 3 clavecins.

PAN M 360 : Autres musts?
Bernard Labadie : Il faut que je mentionne la présence de chefs invités. D’abord Maurice Steger, que notre public connaît très bien comme flûtiste, probablement le plus grand virtuose vivant de la flûte à bec. Or, Maurice s’adonne de plus en plus à la direction d’orchestre. Il avait fait un programme avec les Violons du Roy il y a quelques années, il m’avait beaucoup impressionné dans son rôle de chef. Alors, on le ramène avec nous en octobre, et il ne sera que chef, dans un programme consacré à la musique baroque tardive et musique du milieu du XVIIIe siècle.

Et ensuite, en mars 2027 pour une première fois,on aura la présence du chef anglais Paul Agnew, qui s’est fait connaître d’abord comme ténor. Il a une immense discographie, a enregistré énormément de musique française et des cantates de Bach notamment. Mais, il est maintenant devenu chef d’orchestre, il travaille étroitement avec l’ensemble les Arts Florissants en France et il viendra chez nous pour donner un concert entièrement consacré à de la musique de l’époque classique Mozart, Haydn, Boccherini et Salieri.

Je souligne aussi un programme consacré à la musique française en avril 2027, un de ces programmes qui sortent des horizons habituels de l’orchestre, soit un programme consacré à la deuxième moitié du XIXe siècle et même du début du XXe siècle avec des œuvres de Tournier, Saint-Saëns, Massenet, Fauré, Debussy, Poulenc. L’artiste invitée sera Hélène Guillemette, remarquable soprano que notre public connaît bien et l’orchestre sera sous la direction du chef anglo-américain Johann Stuckenbruck.
Je ne peux mentionner tous les programmes mais je ne dois pas oublier le grand mandoliniste Avi Avital que notre public a eu l’occasion de découvrir il y a quelques années qui est vraiment la superstar de la mandoline en ce moment. Il fait un retour chez nous en en février 2027, pour un programme entièrement consacré à la musique baroque avec évidemment beaucoup de musique pour mandoline et orchestre. Il dirigera l’orchestre lui-même et donc, il sera de retour pour des concerts à Québec et à Montréal. Alors, voilà, ça fait un autre horizon de notre saison.Il reste une chose à mentionner qui est quand même très importante pour nous parce que c’est une série à laquelle on consacre beaucoup d’efforts et de ressources. Pour le public de Québec, nous avons la Série Apéro où nos musiciens donnent des concerts en musique de chambre au Palais Montcalm, mais pas dans la grande salle, mais plutôt dans la petite salle D’Youville. C’est une formule où il y a à peu près 150 sièges, les gens peuvent y venir prendre un verre et des bouchées à l’heure de l’apéro, tout en écoutant nos musiciens qui ont préparé une programmation de musique de chambre très intéressante, puisée dans notre répertoire. Le premier programme est consacré à la musique baroque, le deuxième à la musique classique, le troisième à la période romantique début du XXe siècle qui ont fini la saison avec un concert consacré à l’univers du tango. Alors, ces concerts sont très populaires à Québec. Le public est près des musiciens , c’est une façon de découvrir Les Violons du Roy sous un autre jour. C’est une occasion exceptionnelle pour les musiciens de se mettre en valeur.























