Pays : Canada Label : Genres et styles : hip-hop / R&B / rap / soul/R&B / trap Année : 2026

Kelzk – DLB II

· par Charles Zoula

Une identité qui se révèle sans s’imposer

La direction artistique de DLB II illustre parfaitement cette posture. À travers la pochette — une métaphore visuelle d’un iceberg dont la partie immergée révèle un diamant brut — Kelzk traduit une idée forte : celle d’un travail intérieur longtemps invisible, aujourd’hui prêt à émerger. Cette image fait écho à ce qu’elle dégage en entrevue. Une “force tranquille”. Elle ne cherche pas à imposer son identité avec démonstration. Elle la laisse s’installer progressivement. Et c’est précisément cette retenue qui renforce sa crédibilité.

Une diversité sonore au service d’une cohérence

Sur le plan musical, DLB II se distingue par une richesse d’influences — afro R&B, bouyon, trap et rap, avec des incursions vers des sonorités afrohouse — qui s’enchaînent avec fluidité. L’album s’écoute avec une facilité immédiate. Malgré la diversité des styles, les morceaux s’enchaînent naturellement, sans rupture. C’est un projet qui fonctionne autant en écoute attentive qu’en musique d’ambiance — en voiture, en déplacement ou dans des moments du quotidien. Dès l’introduction avec “Aucun Traka”, Kelzk impose un ton. L’entrée est nonchalante, presque détachée, dans une ambiance qui rappelle par moments l’univers de Missy Elliott, avec ce côté nonchalant et maîtrisé. Une aisance qui installe immédiatement sa présence.

Des morceaux qui incarnent sa palette artistique

Parmi les titres marquants, “Trop parlé”, en collaboration avec Shah Frank, s’impose comme l’un des sommets du projet. Porté par une esthétique afro R&B, le morceau séduit par son équilibre : doux, dansant, avec une énergie fluide et une interprétation maîtrisée. La voix de Kelzk y est particulièrement maîtrisée — calme, mais puissante, portée par une émotion contenue. Le traitement choral de certains passages apporte une profondeur supplémentaire, avec des résonances qui évoquent des influences africaines dans une approche moderne. Dans une direction plus énergique, “Tap” mélange bouyon et trap dans une formule directe et efficace. Le morceau repose sur une rythmique percutante et une énergie immédiate, pensée pour le mouvement. “Mona Lisa” propose une ambiance plus posée, ancrée dans des sonorités afrohouse. Le morceau installe une atmosphère nocturne, presque introspective, avec des textures aériennes et une progression hypnotique. Enfin, “Rap prolifique”, en featuring avec Raccoon, ramène le projet vers une base plus rap. L’instrumentale solide et la complémentarité des flows permettent aux deux artistes de proposer un morceau efficace et structuré.

Une création collective et maîtrisée

Le projet s’appuie sur plusieurs collaborations qui enrichissent ses différentes facettes, notamment avec Shah Frank, Raccoon, Ya Cetidon, MADRiiNA et David Campana. Côté production, des noms comme Majosty, Fistoon, K.Status ou encore Agoldencoast participent à construire une identité sonore cohérente malgré la diversité des influences. Une grande partie des morceaux a été conçue de manière organique, avec une écriture et une production développées simultanément, renforçant la fluidité de l’ensemble.

Avec DLB II, Kelzk franchit un cap évident. Le projet confirme sa capacité à construire un univers cohérent, à naviguer entre plusieurs styles et à affirmer une identité sans surenchère. À travers cet album et cette rencontre, une chose se dégage clairement : Kelzk avance avec assurance, sans précipitation, portée par une vision solide. Si cette trajectoire se confirme, elle pourrait rapidement s’imposer comme l’un des visages à suivre du rap et des musiques urbaines à Montréal. Une artiste qui n’élève pas la voix pour exister — mais qui, progressivement, prend toute sa place.





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