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Samedi soir, le trio encore tout jeune Tempête solaire mettra le feu à la scène du Studio Desjardins du CEM avec son mélange éruptif de drones, d’envolées psychédéliques, de grooves et de free jazz. On y retrouve à la basse électrique, Eric Quach, mieux connu comme guitariste sous le nom de thisquietarmy, à la batterie, le vétéran Eric Craven, qui officié aux peaux et aux cymbales pour de nombreux groupes montréalais sous étiquette Constellation, et au saxophone ténor, aux effets et manipulations électroniques, Elyze Venne-Deshaies, qui s’est d’abord illustrée avec son album Les grandes solitudes des femmes sauvages. Jointe à Montréal à quelques jours du concert, Elyze s’est prêtée au jeu de l’interview.
PAN M 360 : Parle-nous d’abord de ton parcours et de quelle façon tu as choisi le saxophone comme instrument de prédilection.
Elyze Venne-Deshaies : J’ai commencé la musique assez jeune. Je suis, en fait, un produit des programmes de concentration en musique des écoles publiques. J’ai d’abord fait de l’harmonie parascolaire au primaire avec un professeur qui avait une vision nouvelle un petit peu.
Ensuite, je suis allée au secondaire à l’école Poly-Jeunesse et après ça, à l’école Curé-Antoine-Labelle où il y a des programmes de concentration à plein de niveaux, dont la musique. C’était assez reconnu en plus à l’époque. Le programme existe encore aujourd’hui, il a survécu à toutes les coupures.
C’est un très, très bon programme. Grâce à lui, j’ai pu jouer du big band dès secondaire 2. Sachant ça, le professeur en secondaire 1 m’a vraiment encouragée à apprendre le saxophone. Comme je jouais de la clarinette, il m’a dit, tu devrais apprendre le saxophone ténor, parce que dans la tradition big band, les personnes qui jouent du sax ténor, quand il y a les doublons, peuvent par exemple jouer de la clarinette. Il m’a dit, toi, t’as déjà l’avantage de jouer de la clarinette, apprends-donc le saxophone ténor.
Parfait ! Let’s go. Je me suis lancée en secondaire 1, puis avec mon ancien professeur, qui s’appelle Benoit Therrien, j’ai commencé à prendre des cours de musique en privé.
En secondaire 2, je suis entrée dans le big band de mon école secondaire et j’ai pas lâché jusqu’à secondaire 5. Après, j’étais vraiment motivée à entrer au cégep en jazz. Je suis donc allée au cégep de Saint-Laurent où j’ai étudié la composition, les arrangements et l’interprétation avec Jean-Pierre Zanella, qui a été mon professeur durant tout mon cégep.
J’ai aussi étudié la clarinette jazz avec Mathieu Bélanger, qui est très connu pour son hommage à Mingus, avec Normand Guilbeault à la contrebasse.
En gros, c’est ça mon parcours, après avoir commencé à 8 ans à jouer de la clarinette. Chez nous, c’était très musical. Il y a beaucoup de mélomanes dans ma famille, de musiciens amateurs et tout. Donc, j’ai été très jeune exposée à plein de styles de musique, que ce soit le classique, le jazz, le rock, la musique québécoise traditionnelle ou la chanson populaire, de Diane Dufresne à Charlebois. Je les ai entendues très, très jeune, et ça m’a toujours inspirée. D’aussi loin que je me rappelle, je voulais jouer de ça. J’ai été chanceuse d’avoir eu un parcours qui m’a permis d’avoir accès à la musique sans que ça coûte une fortune à mes parents.
PAN M 360 : Y a-t-il des disques ou des musiciens qui t’ont à ce point touchée pour que tu décides d’en faire ton métier?
Elyze Venne-Deshaies : Oui, oui ! C’est sûr que, mettons, à la clarinette, très jeune, j’ai vraiment capoté sur Benny Goodman, clarinettiste des années 30 et 40, icône du swing. C’est quelqu’un qui m’a marquée énormément.
Pour le saxophone, quand j’ai entendu John Coltrane pour la première fois, j’ai vraiment attrapé quelque chose. Ç’a été pour moi une révélation. C’est un peu un phare dans la nuit pour moi. Je reviens tout le temps à Coltrane. il a exploré beaucoup. Il nous a amené… le free jazz allait être, Coltrane a quand même mis la table et il a inspiré beaucoup de musiciens, comme Eric Dolphy, Pharoah Sanders, Albert Ayler. Cette gang-là, c’est vraiment des musiciens et des saxophonistes qui, à ce jour, m’inspirent encore énormément.
C’est un band pop qui m’a fait comprendre que je pouvais avoir une carrière à jouer de tous ces instruments-là : Supertramp. Ç’a l’air drôle à dire, ma mère écoutait beaucoup ça. J’ai pensé, je peux jouer de la clarinette dans un band de rock, je peux jouer du sax.
C’est sûr qu’après, il y a eu Zappa aussi. Mon père écoutait beaucoup de ça. Zappa, Supertramp, ça m’a vraiment fait allumer que c’était possible d’avoir une carrière à jouer ces instruments-là.
PAN M 360 : Parle-moi maintenant des deux Eric. De quelle façon vous êtes vous rencontrés et avez-vous décidé de former un band ?
Elyze Venne-Deshaies : Les deux Éric se connaissent depuis plus de 10 ans. Ça faisait longtemps qu’ils partageaient un local, mais ils ne jouaient pas ensemble. À un moment donné, ils se disaient que ça serait le fun de jouer. Éric Quach, qui joue de la basse dans Tempête solaire, est à la base un guitariste, dans son projet thisquietarmy. Lui et Éric Craven, à la batterie, se sont mis à jouer ensemble, mais ça cliquait pas vraiment juste guitare et batterie.
Eric Quach a déjà des projets avec le drummer de Voivod (Michel Langevin) et avec d’autres drummers. Il avait déjà quelques formules guitare-drum. Il se disait, j’explore déjà beaucoup de ce côté-là, ça serait intéressant de faire autre chose.
Il a alors sorti une basse prêtée par un ami et il s’est mis à jammer avec Craven. C’est là qu’il y a eu un déclic entre eux. Ils se sont mis à avoir des riffs et tout et tout.
Moi, je connaissais les deux déjà par la scène de la musique expérimentale et la scène de la musique improvisée à Montréal. J’avais vu les deux en spectacle plusieurs fois. Je leur avais déjà parlé.
Ils m’avaient vu aussi performer dans différents contextes. On va dire des groupes éphémères créés pour des soirées de musique improvisée aussi. J’ai joué dans un groupe qui s’appelait Dark Winds avec une trompettiste-bassiste qui s’appelle Véronique Janosy. Ç’a duré quand même quelques années. C’est surtout avant la pandémie qu’on a été actives toutes les deux. C’est dans le contexte de ce duo-là, avec mes pédales, mes effets, que les gars m’ont connue.
À un moment donné, ils se sont dit que ce serait cool d’avoir une musicienne d’ailleurs. Ils ne voulaient pas un autre garçon. Une fille qui joue d’un instrument à vent, par exemple, ça pourrait être cool pour créer un petit peu de richesse au niveau de la texture sonore.
Ils se sont dit, demandons-le-lui. Alors, ils m’ont écrit et envoyé les maquettes qu’ils avaient. J’ai trouvé ça super bon. Je suis allée jammer avec eux. J’ai vraiment eu du fun. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été dans un contexte de band. Je joue beaucoup avec plein de gens, mais ça faisait longtemps que je n’avais pas été dans un band. Je me suis dit, ça va me faire du bien créativement d’avoir un petit peu plus de poids artistique dans un projet et de pouvoir aller explorer.
J’ai trouvé ça généreux de leur part de m’offrir ça. En même temps, ils m’ont fait rapidement beaucoup de place, parce qu’au début, c’est vraiment eux qui avaient des pièces, des compositions. Plus on avance dans le temps – ça va faire deux ans cet été au mois d’août qu’on joue ensemble – plus j’ai de place.
Récemment, on a composé une nouvelle pièce qu’on va faire au FMC en fin de semaine. On compose toujours ensemble, mais l’impulsion créative vient un peu plus de moi.
Les gars m’ont encouragée énormément. Ils m’ont dit d’apporter une composition, un riff, quelque chose, des idées. J’ai travaillé sur quelque chose avec une pulsation. J’avais deux ou trois idées pour créer des thèmes. On est vraiment super contents de comment ça sonne. On va la faire au FMC en primeur en fin de semaine.
C’est vraiment eux autres qui m’ont approché et qui m’ont offert de jouer avec eux. Plus on travaille ensemble, plus c’est le fun. Tout le monde dans ce groupe-là a de l’initiative, à tous les niveaux de ce dont un band a besoin. Autant pour le booking que la création visuelle, les posters ou les vidéoclips.
Les vidéoclips, c’est vraiment eux autres. J’avoue que là-dessus, je n’ai pas beaucoup de connaissances. Mais au niveau de tout le reste, on partage tous les tâches ensemble. Ça, c ‘est le fun. Je sens qu’il y a un bel équilibre. Il y a une belle synergie aussi. C’est vraiment un band. On prend nos décisions ensemble et on travaille vraiment bien. Je suis assez contente que ça existe. Ça fait du bien.
PAN M 360 : En deux ans, vous avez fait pas mal de chemin. À partir du tout début, de ce fameux premier jam jusqu’à aujourd’hui, comment vois-tu votre évolution ?
Elyze Venne-Deshaies : L’évolution s’est faite de manière naturelle, au sens que je ne me sens pas forcée ni poussée, mais je trouve qu’il y a une bonne vitesse de croisière. Je trouve qu’on est assez… je trouve pas que c’est le meilleur mot, mais disons efficaces.
On est capables de composer des nouvelles pièces, on les enregistre rapidement, on booke ces shows-là, puis après ça, on récupère du nouveau matériel. On est rendus à notre deuxième album en deux ans. Pour un groupe, je trouve que c’est un signe de vitalité finalement. C’est signe qu’il y a une belle cohésion de groupe parce qu’on se comprend bien. On crée ensemble la musique, on l’enregistre, on fait des shows.
Il y a toujours une période où on fait un peu moins de shows pour nous permettre de créer des nouvelles pièces. Je trouve qu’on a un cycle de création, et après ça de spectacles, qui se complètent bien.
Jusqu’à maintenant, je trouve que le développement de ce projet-là, ça va quand même vite. Et ça va bien.
On a aussi une belle réponse de la part des gens. Quand on fait des spectacles ou quand on a lancé nos deux albums, on a eu une belle réponse des médias, tout comme du public.
En deux ans, on a toujours présenté nos spectacles devant des salles pleines. On a ouvert aussi pour d’autres groupes. En février l’année passée, on a fait un spectacle vraiment le fun à faire. C’était en première partie du guitariste touareg Mdou Moctar, au Fairmount en février.
On a ouvert pour lui alors que le groupe avait quelques mois seulement.
Le show affichait complet. Naturellement, grâce à cet artiste-là, c’était une opportunité en or de pouvoir jouer devant un autre public. Même si Moctar a joué en solo, donc sans son band, le public qui était venu a vraiment apprécié notre performance. Les gens ont applaudi fort. Ils ont réagi très positivement. Ils ont même dansé.
Je pense que c’est un peu ça, l’idée de Tempête solaire. Quand on fait nos spectacles, c’est de la musique qui se veut aussi d’une forme dansante, un peu hypnotique.
C’est pas une musique qui est seulement intellectuelle. On est vraiment ancrés dans une tradition de musique improvisée, même si on fait des compositions. Il y a des compositions, mais les structures sont ouvertes.
Je pense que ça, les gens le sentent. Ils sentent qu’il y a une direction aux pièces, mais ils sentent aussi qu’il y a une liberté et qu’on peut danser. Je crois qu’on a aussi une belle dynamique en spectacle ensemble.
Quand les gens sentent que ça change de groove, ils embarquent avec nous. Je crois que ça explique aussi l’engouement. En spectacle, on est généreux dans notre performance aussi.
PAN M 360 : En ce qui concerne l’improvisation – il y a bien sûr des pièces plus longues qui s’y prêtent – mais quelle est la proportion d’impro que vous essayez de conserver dans vos spectacles, ne serait-ce que que pour vous surprendre vous-mêmes ?
Elyse Venne-Deshaies : Sur La précession des équinoxes, on a des pièces qui sont littéralement des improvisations, complètement ouvertes. Il n’y a pas de structure en soi, mais il y a tel élément, par exemple, une tonalité qui est importante à garder. Puis après ça, on veut aller chercher telle groove à un moment donné. Alors là, on parle de ça, de cette balance-là, puis on se dit, OK, ça va être une construction en crescendo, par exemple. On pose des paramètres, mais il n’y aura pas une structure fixe.
Je trouve que c’est une façon de composer qui nous donne une direction claire, mais aussi une grande structure au niveau de l’improvisation.
Quand on construit nos set-lists, on se dit, OK, ce set-là, on a beaucoup de temps. Genre, au FMC, on a 50 minutes. Donc là, on a créé, pour le FMC, un set-list avec des tounes où on a vraiment une direction compositionnelle plus stricte, mais entre ces pièces-là plus strictes, on a inséré des pièces plus libres. Donc des pièces qui, comme Rock Dove Manoeuvre, sur le premier EP, sont plus ouvertes. On a aussi Sphères orbitantes, sur La précession des équinoxes, avec laquelle on a fait un clip, qui est une grande pièce ouverte. Celle-là, elle est vraiment très improvisationnelle, elle nous laisse beaucoup de liberté.
On a une bonne horloge interne, tout le monde. On pratique beaucoup ensemble aussi. On est à deux fois par semaine en ce moment. On a beaucoup d’expérience en improvisation. Une bonne idée, on sait comment ça se « feel ».
PAN M 360 : Pour tous ceux et celles qui ne pourront être des vôtres à Saguenay samedi, prévoyez-vous donner des concerts dans la région de Montréal durant l’été?
Elyze Venne-Deshaies : Oui, on va jouer à Montréal, à l’Escogriffe, le 6 juin. On joue pour le lancement d’un groupe qui s’appelle Flood. On va jouer en premier. Il y a un band heavy de Gatineau qui s’appelle Grandmother qui va être là aussi.
PAN M 360 : En terminant ?
Elyze Venne-Deshaies : J’ai envie de dire aux gens qui vont venir nous voir qu’ils vont faire tout un voyage avec nous. Même si ce sont des sentiers qui semblent peu empruntés, vous allez voir, ça va groover avec Tempête solaire au FMC !























