Pays : États-Unis Label : Orchard of Pomegranates Genres et styles : jazz Année : 2026

The Katie Bull Group Project – The Hope Etudes

· par Frédéric Cardin

Il y a quelque chose de Mark Murphy dans l’audace mélodique de Katie Bull. Joni Mitchell aussi, dans la tradition singer-songwriter appliquée au jazz. Voici une artiste allaitée à l’impro de grande tradition par son papa, ainsi qu’au déploiement vocal athlétique par sa maman (chanteuse d’opéra). Bull a intégré dans tout son être, physique et psychologique, la rare dualité d’être totalement à l’aise dans la liberté sans filet, tout en demeurant parfaitement en contrôle de son univers créatif. 

The Hope Etudes offre six compos originales et trois reprises qui survolent bien haut l’ordinaireté d’un certain jazz vocal taillé dans le même plastique tout usage. Katie Bull se plante bien droite dans la tradition, mais elle la déshabille sans vergogne pour s’en parer de manière extravagante et impressionnante. Sa voix puissante, parfaitement centrée, parfois aérienne, mais plus souvent encore presque terreuse dans son grain de basse, virevolte à travers, autour, au-dessus et sous les lignes élégantes des chansons choisies avec une intuition juste, qui suscite autant l’étonnement que la satisfaction esthétique. 

L’attitude mitchellienne se manifeste immédiatement avec la première plage, Home.Coming, alors que la suivante, Assurance, qui semble initialement s’y maintenir, bifurque plutôt vers des envolées confiantes que n’aurait pas renié Sheila Jordan (qui a d’ailleurs, si je ne m’abuse, coaché Katie Bull). Oh, What A Beautiful Morning (Oklahoma! de Rodgers/Hammerstein), ensuite, est totalement transformée en blues appuyé, de quoi revirer à l’envers l’imagerie très très white de ce produit hommage au terroir cowboy colonialiste. 

Scatter pousse la note Hard bop dans des décors habités par Wayne Shorter ou, plus près de nous, Cecile McLorin Salvant (côté vocal). There is no Greater Love, standard de 1936 (signé Isham Jones et Marty Symes) se retrouve ici accéléré un brin au-delà du medium tempo auquel certaines grandes versions nous ont habitués (Dinah Washington), alors que Bull, aux côtés de son quartet débridé, finit par nous convaincre qu’un amour aussi immense ne peut s’apprécier que dans une extase sans trop d’attaches. 

And It Continues On poursuit le voyage en cassant le moule dominant jusqu’alors avec une mélodie initiale bon enfant, d’une belle et touchante simplicité, pleine d’optimisme, puis habilement développée, jusqu’à une vertige qui menace de tout faire basculer, heureusement rattrapé (ou presque) et coloré, pour une rare fois dans l’album, de vocalises opératiques de Katie Bull. Un de mes titres préférés. Jalopy Promises s’amorce sur du spoken word, ensuite de quoi, encore quelques élans lyriques de la dame avant de prendre une allure confortable, un peu post bop. 

Encore un blues, cette fois pour Light My Fire des Doors. Ça fitte, bien sûr, mais Bull va un peu plus loin. Les harmonies glissent vers des zones détonantes, presque inconfortables, avant de se recentrer. Un feu qui ondoie, qui menace constamment de déborder là où on le redoute et d’échapper à tout contrôle. Bull ne se laisse pas submerger et finalise la pièce par un retour au spoken word, apaisé, du début de Jalopy. Gamma Rays, une courte page de deux minutes, conclut le programme dans une atmosphère pacifiée, impressionniste, de façon contre intuitive par rapport au titre, mais en fin de compte très logiquement, après l’ensemble d’émotions vécues jusqu’alors. 

Un album plein d’audace et de beauté, aussi étonnantes qu’elles sont magnifiquement rendues par un ensemble épatant, formé pour la plupart de collaborateurs de longue date de l’artiste new yorkaise. 

The Katie Bull Group Project

Katie Bull, voix

Mara Rosenbloom, Piano

Joe Fonda, Contrebasse

Jeff Lederer, Saxophones

George Schuller, Batterie

Tout le contenu 360

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