Ici disparaît la frontière entre le jazz et la musique savante contemporaine. Areas du Torontois Nick Fraser explore avec souplesse tous les interstices qui existent entre le monde de l’improvisation libre et l’atonalisme expérimental de la musique contemporaine. L’album composé de sept plages déstabilisantes à souhait s’amorce sur The Wreckage, véritable appel sans équivoque annonçant ce qui suivra. Stridence initiale qui n’est pas sans rappeler Luigi Nono, le maître de l’avant-garde italienne de la deuxième moitié du 20e siècle. Mimic suit de façon plus posée, avec une atmosphère webernienne, mais accumule progressivement de l’intensité, dans un bouillonnement grandissant qui trahit ici les accointances de Fraser avec Roscoe Mitchell et Anthony Braxton, avec qui il a collaboré. Le reste de l’album du batteur continue cette exploration des zones les plus exigeantes de la musique improvisée de (très) haut niveau avec tout autant de granularité sonore, de fracturation rythmique, de désorganisation structurelle, tout en maintenant un activisme textural exceptionnel de la part des artistes présents (Fraser lui-même, puis Tony Malaby aux saxos, Kris Davis au piano et John Kameel Farah aux extravagances électroniques lors de trois apparitions).
L’excellence musicale au sommet de ses possibilités, mais sans contredit pour des oreilles averties et/ou très curieuses.
Nick Fraser: Batterie, Piano Harpe*
Tony Malaby: Saxophones
Kris Davis: Piano
John Kameel Farah: Électronique et manipulation sonore*
(* Plage 1, 4, 7 seulement)






















