Pays : États-Unis Label : Walt Disney Genres et styles : musique de film Année : 2026

Ludwig Göransson – The Mandalorian and Grogu

· par Frédéric Cardin

Gros contrat pour le compositeur Ludwig Göransson : une sortie Star Wars, côté musique, est toujours scrutée avec attention. Mais bien sûr, puisque le Suédois nous avait déjà envoyé deux belles saisons musicales du Mando, avec deux thèmes marquants et remarqués, on savait qu’il y avait déjà un beau potentiel. Restait à voir (et entendre) si le jeune artiste pouvait faire la transition vers le grand écran, pour lequel une étoffe sonore supérieure est requise face à l’ordinaire d’une série télé. L’orchestre d’abord. Habitués que nous sommes aux fresques mémorables de John Williams, le grand paquebot instrumental qu’est une phalange symphonique doit être maîtrisé et bien campé pour qu’un voyage dans une galaxie lointaine soit un tant soit peu crédible. 

Mais Göransson a l’avantage d’arriver avec sa propre perspective musicale, faite de sonorités électros et d’instrumentations non conventionnelles. La fusion des deux donne ici, disons-le, de très bon morceaux auxquels nous avons hâte de joindre des scènes cinématographiques. 

Le thème plutôt fameux du Mandalorian lance la parade, comme on devait s’y attendre. La version avec ce son de flûte-à-bec basse (oui, basse!) typique est prévue, mais elle se pare plus loin de velléités orchestrales avec accompagnements électros beat prévisibles, avant de se transformer ailleurs en un hymne appuyé aux cuivres. 

Les pulsations électros ont parfois un parfum de déjà mille fois entendu, comme dans pléthore de productions hollywoodiennes contemporaines. Je me tue à dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours à du beatbox réchauffé pour créer de l’action musicale. Allez écouter ce que John Williams ou Michael Giacchino peuvent faire avec un orchestre uniquement acoustique! C’est magique. Mais bon, Göransson n’est pas de cette école. Heureusement, cela dit, il sait varier les effets, et ne pas en faire une béquille de composition. D’ailleurs, ses sonorités électros ont parfois de la saveur et du piquant, et servent de coloration efficace plutôt que d’objectif en soi. 

C’est dans le mélange des styles que Göransson transforme le son habituel d’une musique Star Wars, comme il l’a fait dans la série, mais ici avec plus de muscles. 

Après This is the Way et le thème officiel The Mandalorian and Grogu, c’est la frénétique Pit Fight (un combat entre le Mandalorian et Rotta le Hutt, si je ne m’abuse) qui se laisse tatouer le plus rapidement dans les esprits. Göransson fait exploser le canevas habituel de ce genre de scènes starwarsiennes en désarticulant la fabrique sonore et en la répartissant entre l’électro, des percus (tablas?) improvisées, une ambiance de Carnaval de Rio et un orchestre qui s’élance occasionnellement dans des élans dignes d’un James Bond signé John Barry. L’une des plages les plus tripantes de l’album. Rien que pour ça, j’ai pas mal envie de voir le film, et surtout la scène de combat entre la grosse larve et le Mando. 

Dans Rotta Chase, on a l’exemple contraire des percus synthétiques de Göransson : une pulsation ultra banale, comme on en entend dans à peu près toutes les trames sonores contemporaines états-uniennes. Heureusement que l’orchestre est assez bien travaillé. Il y a quelque chose à écouter. On voit que Göransson ne manque pas de bonnes idées, il en a même des tonnes, mais il ne réussit pas encore à maintenir la cohésion totale d’une langue musicale aussi éclectique, et il n’évite pas toujours le piège de la platitude des beats numériques qui remplacent trop souvent l’écriture inspirée. Dans la fusion pléthorique de genres musicaux avec l’orchestre comme centre de gravité, Göransson n’a pas encore atteint le niveau d’un John Powell, Hans Zimmer, et encore moins d’un Ennio Morricone. 

Fort heureusement, le compositeur se reprend habilement ailleurs et nous offre d’autres beaux moments de musique de film. Quelques exemples : Go Kid, ou la flûte basse, mélancolique et distillée à travers des étendues synthétiques, planantes, devient même touchante.  

Grogu’s World, une construction typique du pastoralisme symphonique, teinté d’émerveillement, avec de jolis solos de violoncelle, de hautbois, de flûte, de guitare, etc. Est-ce à dire que nous verrons enfin le monde de Grogu (et incidemment de Yoda)? Réponse en allant voir le film…

Do we run? Or Do We Fight? est lancé sur des textures électro house avant que la flûte basse ne ramène doucement le thème de Mando, puis que l’Orchestre réchauffe le tout avec un chœur (avec le même thème). L’électro accompagne l’ensemble avec des coloris saillants plutôt qu’une simple pulsation automatique. Plus loin, avec un orchestre déchiré, une trame industrielle à la Nine Inch Nails apparaît et nous rappelle, pendant une petite minute, tout ce que la musique de Tron Ares à échoué à être. 

On regrette que l’orchestre manque parfois de puissance sonore face à la lutherie synthétique. On dirait qu’il a été enregistré en retrait du reste. On en aurait pris beaucoup plus. Je pense ici, en termes de mixage studio contemporain, aux sonorités cyclopéennes de Pirates of the Caribbean – At World’s End de Hans Zimmer. 

Si Göransson démontre de belles aptitudes dans ce Mando divertissant, c’est l’Odyssée de Christopher Nolan qui marquera le vrai test en ce qui le concerne. Sa musique pour l’épique relecture du mythe homérique est attendue de pied ferme par les musicophiles cinématographiques, pour qui ce genre de fresque ne peut se permettre un accompagnement musical quelconque. 

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