L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) concluait sa saison finale avec Yefim Bronfman dans le Concerto pour piano de Robert Schumann et le Ring sans paroles, un collage de morceaux entièrement musicaux provenant de la Tétralogie de Richard Wagner; collage réalisé par le chef Lorin Maazel.
Ce concert marque aussi le départ à la retraite de deux musiciens de l’OSM, la violoniste Monique Poitras et le légendaire cor anglais Pierre-Vincent Plante, dont les innombrables solos ont marqué tant de générations depuis plus de 40 ans.
Le Schumann de Bronfman a généralement déçu. Dès le début, on sent qu’il manque quelque chose mais on prend du temps à mettre le doigt dessus. Puis la réponse tombe : la cohésion. L’OSM accompagne sans trop vouloir se mettre dans les jambes du pianiste, et sort soudainement dès que le piano se tait, pour disparaître presque aussitôt. Bronfman joue sans trop d’éclat, mais son interprétation manque de verve. La mayonnaise commence à prendre dans le court Intermezzo, lorsque la mélodie est confiée aux violoncelles, mais c’est vraiment dans le dernier mouvement que le niveau musical s’est élevé d’un cran, avec des phrasés dansants et énergiques.
Ce fut tout autre avec la fresque du Ring après la pause. En plaçant les cors/tubas wagnériens à l’extrémité droite et en mettant les trombones et trompettes devant eux, Rafael Payare réussit à former un son de cuivre compact, utilisant la rambarde du balcon pour faire rebondir le son des cors vers l’avant. Combiné à l’éclat des percussions, à l’extrémité gauche (Quel coup de marteau !), l’arrière-scène avait tout pour mener cet orchestre à une performance incroyable. Dès le début, le fond sonore de cet interminable accord de mi bémol met en évidence cette disposition, sur lequel se déploie tranquillement l’orchestre vers l’avant.
Les cordes ont une partition très ingrate dans la musique de Wagner. Comme l’avalanche des leitmotivs est surtout présentée chez les vents, ceux-ci ont la tâche d’instaurer l’ambiance, ce dont ils s’acquittent à merveille. Par exemple, après le coup de tonnerre (marteau) mentionné ci-haut dans le prélude de La Walkyrie, les violoncelles s’expriment avec incision et colère, qui ne cesse de bouillir même si on baisse le volume.
Chapeau également à la personne qui a eu la brillante idée d’identifier les différents moments des opéras et d’accompagner ceux-ci de brefs résumés des scènes. Le public pouvait ainsi suivre, ou essayer de, l’action de livret.
Cette œuvre est une parfaite occasion de s’initier à la musique singulière de Wagner. Si vous êtes des fans, sachez que le concert de cette semaine est en fait un prélude, puisque Mélanie LaCouture, présidente et cheffe de la direction, que le prochain cycle de l’OSM sera des opéras de Wagner, à commencer par le premier volet de la Tétralogie, L’or du Rhin. Aucune date d’annoncée, mais on se sent maintenant comme à la sortie du cinéma : la bande-annonce nous en a mis plein la vue et nous attendons de pouvoir mettre un X sur notre calendrier.
Crédit photo: Gabriel Fournier























